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Chapitre 29.2

Partie 2.

Adonis resta un long moment étourdit avant de retrouver lentement conscience, et douleur, Asmodée le sentit. Cet idiot de Pantin avait eu la déplaisante idée de s’attaquer directement à son Réceptacle, et il l’aurait tué de ses propres mains si son enfant bien-aimé n’avait pas protégé Elizia de ses pouvoirs. Au contact de la lame sur la poitrine de son père, l’enfant avait repoussé l’arme par une onde de choc à la puissance incroyable, projetant ainsi Adonis contre un mur à l’opposé de la Chambre. La force de l’impact avait été telle, que le crâne du blond s’était fissuré en plusieurs endroits et qu’un important filet de sang s’en échappait. Bien fait pour lui.
A l’origine, l’incube n’avait pas prévu d’assister à pareil spectacle. A vrai dire, il ne savait même pas qu’un tel drame était en train de se dérouler à quelques dimensions seulement de sa prison, ce qui était un comble!
Lorsqu’un peu plus tôt, il était remonté du Tombeau, nouvellement chargé de puissance et totalement invulnérable, il s’était mis en quête d’Elizia. Constatant que le jeune homme ne se trouvait pas dans la Chambre aux murs blancs et dorés, Asmodée avait fouillé le Château, se prêtant volontiers à une partie de cache-cache qu‘il croyait être en train de jouer. Mais au bout d’une heure, il s’était vite lassé du jeu qui n’en était finalement pas un, et s’était résolu à utiliser le lien qu’il partageait avec le jeune homme pour le retrouver. Car grâce à ses nouveaux pouvoirs, plus aucun pouvoir étranger, pas même celui du Mondrose, n’avait d’effet sur lui. Désormais, il pouvait aller là où il le désirait, et ce rien qu’en utilisant la pensée. Il n’avait plus besoin de Sorrel ni de fil d’Ariane, il n’avait plus à craindre qui ou quoi que ce soit. Il était libre, il était fort, il avait tous pouvoirs.
Pourtant quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il parvint devant la porte de la Chambre Bleue!
Il s’était brièvement demandé ce que faisait son Réceptacle dans cette dimension de sa prison, avant qu’un cri inhumain et une énorme déflagration coupent court à ses pensées et ne le poussent à ouvrir la porte.
Ce qu’il avait découvert alors faillit le laisser sans voix. La pièce toute entière était sans-dessus-dessous, Sorrel avait été décroché du mur puis brisé, et dans l’air étrangement crépitant subsistait comme une odeur de roses, de fureur divine, et d’océan déchainé. C’était un étonnant spectacle qui se déroulait devant lui, et il n’en appréciait pas les trois quarts. Les pensées qu’il percevait étaient floues, agitées, et choquées, mais ce n’était pas ce qui l’intéressait le plus. Car le but de sa visite était étendu là, sur le lit, marqué du Signe, et presque prêt.
Un petit sourire satisfait et sarcastique aux lèvres, l’incube regarda Tessa s’élancer au secours du presque meurtrier, et l’humain - qu’il avait cru avoir fait mourir dans les cachots les plus profondément enfouis de sa prison - se placer devant son bien comme s‘il était de taille à le protéger de lui.
La seule idée que ce hanneton veuille le défendre alors qu’il n’était pas de taille à lutter contre lui était risible, mais il restait tout de même quelques points moins drôles à éclaircir, car jamais cet insecte n’aurait dû pouvoir se trouver là. D’ailleurs qu‘y faisait-il? Comment y était-il parvenu?
Et depuis quand y était-il? A toutes ces questions, il ne lui fallut qu’un instant pour en obtenir les réponses, car à présent que les Eléments étaient complètement absorbés, leurs effets secondaires n’avaient plus cours. Il possédait à nouveau toutes ses facultés psychiques, dix fois plus décuplées qu’auparavant, et cela ne lui demandait aucun effort.
Explorant alors chaque pensée des occupants de la pièce en profondeur, Idalgo se fit la réflexion que de nos jours, personne ne pouvait décidément plus faire confiance à personne. Tous, ou presque, l’avaient trahit : Adonis de par son alliance avec l’humain dénommé Florent, Tessa de par le partage de ses connaissances sur les forces, les secrets et les faiblesses de son Maître, Elizia de par la tromperie de son corps et de sa mémoire avec cet infâme humain blond qu’il aimait toujours! Par l’enfer et les damnés, ils s’aimaient encore!
Chacun de ses Pantins, amis ou prisonniers, était impliqué dans un complot visant à le détruire, même Belzébuth, la Reine, et Paélia en faisaient partie! Le plan en lui-même était ingénieux : découvrir son véritable nom, puis le donner à la Gardienne du Mondrose pour qu‘elle l‘utilise comme arme ultime et mortelle! En voilà une brillante idée, qui aurait été bonne si les lois de la nature n‘avaient pas contrecarré leurs plans! Car malheureusement pour eux, leur petit chef Elizia était tombé en Sommeil avant de pouvoir leur transmettre l’information capitale qui aurait pu permettre la réalisation de tous leurs rêves et empêché Paélia de croire qu’elle avait été dupée par l’hypocrisie humaine.
Si ça ce n’était pas de l’organisation!
Esquissant un rictus effrayant, Asmodée goûta l’âcre amertume de la trahison, découvrant et savourant chaque nouvelle saveur qu’il découvrait en lisant tour à tour dans leurs pensées si écœurantes et si pleines d’espérances brisées!
S’il avait cherché du réconfort, il en aurait eu pour ses frais, car dans son entourage, qu’il avait pourtant confectionné avec amour, il n’y avait hélas que Sorrel, ce pauvre Sorrel encore tout brisé mais en bonne voie d‘autoréparation, qui n’avait pas fauté. Mais qu’à cela ne tienne, le démon ne craignait rien, il était fort, mille fois plus fort qu’il ne leur était à tous humainement concevable. Il avait un plan absolument délicieux pour chacun d’entre eux, alors il allait leur faire comprendre à quel point ils s’étaient leurrés de croire qu’ils pouvaient être plus malins que lui. Asmodée allait se faire une joie de s’amuser avec leurs corps et leurs esprits, de les faire souffrir et de les malmener comme un enfant l’aurait fait avec ses jouets, et ce, avant de les tuer un par un, et très, très lentement.
Après tout, ils étaient là pour ça, et lui avait tout le temps du monde. En ce qui concernait Elie, il allait devoir attendre la naissance de son enfant avant de mettre fin à sa vie, mais pour lui, attendre n’était pas un problème. Il avait passé la majeure partie de sa vie à attendre, alors un jour ou deux de plus où était la différence? Il n’était pas pressé.

***

Quelque part au fin fond des Enfers, Belzébuth, Lilith et Alouqua assistaient avec stupeur à ce qui se déroulait ailleurs dans la prison dorée de l’incube Asmodée. Agglutinés tels des abeilles sur une même fleur, les trois démons entouraient le Puits de Vision des Parques, et ils n’appréciaient pas du tout ce qu’ils voyaient.
Pour une étrange raison, Asmodée semblait être entouré d’un halo sombre d’une étrange teinte verdâtre et vaguement phosphorescente. Jamais encore ils ne l’avaient vu détenir un tel pouvoir. Le savoir en possession d’une telle force destructrice les fit tous frémir, mais ce qu’il fit ensuite aux occupants de la Chambre Bleue qui les mit hors d’eux.
Soudainement soulevés du sol par les invisibles tentacules de pouvoir du Maître, Tessa, Florent et Adonis furent violemment plaqués au mur, puis bâillonnés et punaisés comme de vulgaires insectes sur un tableau de collectionneur. La douleur des tortures infligées aux jeunes gens tordaient leurs figures, parcouraient leurs corps de spasmes affreux, et faisaient monter vers les sommets de la pièce des cris de souffrance inhumains.
Supporter plus longtemps cet infâme spectacle sans rien faire pour l’arrêter rendait Belzébuth malade d’horreur. Jamais il n’avait estimé les humains, et aujourd’hui encore il ne les considérait que comme de vulgaires animaux dont, par le plus grand des hasards, la viande était bonne à manger. Mais voir de ses propres yeux à quel point ils pouvaient souffrir par la faute de l’incube, le Prince préférait ne pas imaginer ce qu’il en serait une fois qu’il s’intéresserait aux démons.
Ils devaient l’arrêter coûte que coûte, et ils devaient le faire maintenant.

***

- Un, deux, trois… Voyons, voyons, de qui vais-je arracher les membres en premier, hum? Notre très cher Adonis? Ou notre adorable Tessa? Oui, Tessa pourquoi pas? Tu as quatre pattes. Te les retirer sans douceur fera une magnifique mise en bouche pour mon festin!
Puis d’un signe de la main, le Maître fit passer devant lui plusieurs éclats de verre provenant de Sorrel et en choisit le plus grand et le plus fin. Il le destinait à servir de scie. Une scie presque aussi tranchante que le fil d’un rasoir, mais qu’il émoussait légèrement afin que lorsqu’il charcuterait lentement les pattes avant et arrières de la Songeuse, le supplice soit long et la douleur insupportable. C’était pervers, mais il se sentait presque durcir dans son pantalon de cuir rien qu’à imaginer la façon dont cette traitresse à son sang se tordrait contre le mur d’un bleu si pur, répandant son sang et ses cris de douleur jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus fournir ni l’un ni l’autre, tout en le suppliant de mettre fin à son supplice.
Un supplice auquel évidemment il ne mettrait jamais fin. Au contraire, plus elle quémanderait la délivrance, plus il accentuerait la torture.
Mais apparemment, son sanglant projet allait devoir être remis à plus tard. Car alors qu’il dirigeait la lame vers sa victime désignée, les portes de la Chambre s’ouvrirent à nouveau avec fracas, révélant peu à peu les silhouettes étranges et difformes, entourées de fumée sentant le souffre et la pourriture de créatures perverties depuis des millénaires, de leurs majestés la Reine Lilith, de son fils le Prince Belzébuth et de son effrayante épouse Alouqua Grande Maîtresses des vampires et des succubes. D’un pas résolument assuré et plein d‘une fureur noire, tous trois s’avancèrent dans la Chambre dans un tourbillon de magie démoniaque dont la formidable puissance fit trembler le Château sur ses fondations et tout valser sur leur passage. Ils se révélaient à eux sous leurs formes originelles - Belzébuth sous sa forme de démon à cornes et à tentacules, Lilith en tant que femme-serpent aux ailes noires, gigantesques et aux crocs immensément longs et mortellement venimeux, Alouqua dans un corps longiligne, également ailé, et doté de griffes à la longueur éminemment redoutable -, et leurs yeux noirs sans pupilles lançaient des éclairs de feu partout où ils se posaient.
Autrement dit, directement sur Asmodée.
Mais comme protégé par un bouclier invisible, aucune de leurs attaques ne lui firent de mal. C’est alors que les démons royaux s’adressèrent à l’incube d’une seule et même voix :
- Démon, cette fois s’en est trop. L’heure n’est plus à la clémence, mais à la sentence. Tu es joué de nous, maintenant il va falloir payer.
Toujours cloués au mur par l’implacable pouvoir du Maître, Tessa, Florent et Adonis avaient les yeux écarquillés par l’horreur et l’angoisse. Tous trois avaient appris à apprécier Belzébuth dans une certaine mesure, et ils s’en remettaient à lui et aux deux démones qui l’accompagnaient pour les aider à se sortir de cet enfer, mais c’était plus fort qu’eux, ils se sentaient à deux doigts de se mettre à hurler. Leurs apparences incroyablement hideuses, leurs auras malfaisantes, et leurs pouvoirs déchainés leur faisaient tourner la tête, les fascinaient, les effrayaient et les horrifiaient tout à la fois. Aucun d’eux n’arrivait à comprendre comment tant de laideur et de pouvoir pouvait tenir dans des corps aussi petits, si limités, et ils devaient déglutir plus souvent qu‘il n‘en avaient l‘habitude pour éviter de vomir. Seigneur! Mais comment les démons faisaient-ils donc pour se supporter?
C’était là une question qu’Asmodée ne semblait pas se poser. D’ailleurs, à le regarder, rien ne montrait que quelque chose l’indisposait.
Déambulant dans la Chambre comme si personne ne venait de le menacer directement de passer de vie à trépas, l’incube se mit à glousser, puis à rire franchement, faisant du même coup se dresser sur la peau de ceux qui en avaient, tous les poils de leur corps. Car ce n’était pas un rire anodin, le Maitre venait de libérer une petite partie de son pouvoir, et ce n’était même pas un avertissement.
- Allons, allons, mes très chers ennemis. Vous n’allez tout de même pas me forcer à vous tuer, hum? Voyez, le marché est simple : tous les trois, vous retournez dans votre forge infecte, et vous m’oubliez! Ainsi, je ne serai pas forcé de vous tuer, vous aurez la joie de passer des jours heureux en compagnie de vos misérables semblables, pendant que je vaquerai librement à mes occupations et que je remodèlerais le monde selon ma volonté, mon fils à mes côtés.
Sifflant de rage, Lilith fit violemment claquer ses mâchoires et se détacha du trio avant qu‘aucun de ses autres compagnons ne puisse la retenir. Puis serpentant furieusement jusqu’à l’incube à une vitesse impressionnante, elle lança une bordée de jurons avant de susurrer, la voix vibrante de rage :
- Quelle arrogance! Quelle suffisance! Il y a tant de fierté, tant de certitudes en toi infâme! Je vais te briser! Je te jure sur les six cornes de Lucifer que je vais te briser!
Enfin face à l’ennemi qu’elle désirait détruire si ardemment depuis des millénaires la Reine rassembla autour d’elle un nuage de poison toxique et mortel qu‘elle envoya à toute puissance sur lui.
- Non Mère! Non!
Mais toute à sa colère, elle n’entendit pas le cri de son fils.
Enfin elle allait avoir le dessus sur celui qui ne cessait de la narguer sur les maîtresses de son époux, qui la rabaissait, se jouait d’elle et de son autorité en permanence depuis les débuts de la Création! Debout, là en face de son ennemi de toujours, elle se voyait déjà victorieuse, s’imaginait déjà ramener son corps et le déposer aux pieds fourchus de son mari et maître, obtenir en récompense de ses efforts et de ses pleurs, de son amour et de ses espoirs, les louanges et toutes les attentions qui lui avaient toujours appartenues et qui n’auraient jamais dû lui être retirées. Enfin la Reine Lilith, aussi appelée La Bafouée dans les neufs cercles des Enfers, verrait son fils et son époux lui être remis tous entiers, son autorité se rétablir, et son règne redevenir ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être.
Mais malheureusement, enfoncée dans ses rêves de gloire et de vengeance, bien trop perdue dans son esprit enfiévré où elle sentait déjà la chaleur des flammes devant lequel elle avait prévu de danser après y avoir jeté le corps tant haït de cet être maudit, la redoutable Reine ne vit pas venir le piège.
Car si Asmodée n’avait pas lancé d’attaque et avait paru inoffensif, c’était justement pour mieux pouvoir abattre la Reine qu’il haïssait lui aussi si cordialement depuis toujours et qui avait failli faire tomber à l’eau le plan qu’il avait si minutieusement préparé depuis des siècles. Il y avait des mois qu’il rêvait de lui faire payer le risque qu’elle avait presque réussi à lui faire prendre. Maintenant c’était chose faite. Elle était coincée. Elle allait mourir à cause d’elle-même et de sa stupidité. Il n’aurait pu espérer de meilleure fin pour cette garce.
De la petite dose de pouvoir qu’il avait volontairement laissé s’échapper, il avait, au fur et à mesure de la progression de la Reine vers lui, créé autour d’elle une toile d’araignée bardée de fils barbelés psychiques. Et lorsqu’elle lui envoya son nuage mortel, il ne lui suffit que d’une légère pression pour faire tomber le piège sur elle, enfermant du même coup avec elle, le sort qu’elle lui destinait.
- NOOOOOOOOOOOOOOON!!!!
Amusé par la détresse de celui qui n’avait jamais été son ami autrement qu’en apparence, l’incube sourit d’abord, puis éclat de rire. C’était si comique! Il était si fort, et eux si faibles…
- Oh non Mère! Non! Vivez, je vous en supplie! Vivez!
- Oh mon fils…
Les bras croisés sur son torse, Asmodée suivit de loin le petit mélodrame qui se déroulait à ses pieds. D’un air goguenard, il prit grand plaisir à regarder la souveraine qui s’étouffait avec son propre venin, pendant que son fils essayait désespérément de l’aider. Un acte qui allait lui être difficile de mener à bien, car dès qu’il touchait le piège, il se brulait les mains et les tentacules sur les fils couverts de l’acide de sa propre mère.
A ce constat, Asmodée eut un nouveau rire sardonique. Qu’elle ironie!
Mais son rire s’évanouit brusquement lorsque d’un geste, Alouqua le propulsa contre le mur qui lui faisait face. Folle de rage, elle l’y enfonça d’une poussée franche, écrasant son visage si profondément dans la pierre qu’il eut l’impression qu’elle l’y forçait à s’y imprimer.
- Espèce de salaud de fils de catin! Tu es en train de tuer ma mère! TU ES EN TRAIN DE TUER NOTRE MÈRE A TOUS! LIBÈRE-LA TU ENTENDS? LIBÈRE-LA!
Elle s’apprêtait à l’extraire de la pierre pour l’envoyer dans un autre mur, mais l’incube avait prévu son mouvement, et il profita de son élan pour échanger leurs places d’un crochet aux jambes, puis d’un violent coup d’épaules dans ses ailes. Ce dernier geste vicieux la fit crier de douleur, et sans force, elle tomba à genoux.
Se penchant alors sur la démone, il lui retourna un bras dans le dos assez fort pour le lui briser, et lui murmura à l’oreille :
- C’est ton mari qui m’a appris cette prise très originale petite princesse. A l’époque, je ne savais pas vraiment à quoi elle aurait pu me servir, mais maintenant je le sais, et je ne regrette pas de l’avoir assimilée quand même. Je trouve ça très intéressant cette faiblesse évidente que vous avez dans les ailes. Tellement évidente, que je n’y aurais pas pensé moi-même, et pourtant Dieu sait… Enfin Lucifer, sait que je suis intelligent.
Un nouveau rire secoua ses épaules, faisant du même coup bouger sa main, ainsi que le bras presque cassé d’Alouqua qui gémit.
- Oh, pardon. Est-ce que par hasard ton bras te fait mal princesse? J’ai comme l’impression que c’est le cas, alors laisse-moi t’aider. On dit bien qu’il faut retirer le mal par la racine non? Alors je crois qu’il n’y a qu’un seul moyen d’y remédier.
Et reculant de quelques pas, il serra le poing et lui arracha le bras.

Le cri qui suivit cet acte barbare déchira l’air et le silence. Il fit gronder les nuages qui assombrissaient le ciel depuis quelques heures déjà, et trembler les murs de chaque pièce de la prison.
Tant de souffrance résonnaient dans ce cri que Tessa en eut le cœur serré. Florent lui avait détourné les yeux en serrant les mâchoires, luttant contre la nausée qui menaçait de le submerger. Quant à Adonis, son teint était devenu plus pâle encore que celui de la craie, et des larmes de sang marbraient ses joues. Il avait déjà tant pleuré que son corps non humain ne contenait plus d’eau pour alimenter ses sanglots. Il ne restait à son organisme que le sang.
Le spectacle de leur espoir méthodiquement détruit faisait peine à voir. Paélia qui jusqu’ici avait semblé constituer leur meilleure chance de gagner contre l’incube, les avait abandonnés, les laissant du même coup dans protection, leurs alliés démoniaques étaient grièvement blessés et à deux doigts de mourir, et eux-mêmes, pauvres créatures dénuées de pouvoirs, étaient encore clouées au mur comme de vulgaires insectes sans aucune possibilité de s’échapper.
Refermant ses paupières lourdes de lassitude, Florent ne désirait qu’une seule chose : que tout s’arrête. Il aurait donné cher pour pouvoir s’endormir une dernière fois. Oh oui, juste une dernière fois, c’était tout ce qu’il demandait. Son corps était fatigué de tant d’angoisses. Son esprit était fatigué de tant de tension, de tant de visions horribles, de tant de violence gratuite, de tant d’injustice et d’incertitudes. Lui tout ce qu’il désirait, c’était que tout prenne fin maintenant, qu’Elizia et lui soient de nouveau libres d’être ensembles, et que toute cette histoire disparaisse de son esprit. Mais c’était impossible. Lui et les autres allaient mourir ici pire que des chiens. L’incube allait tous les réduire en menus morceaux et les jeter en pâture à… A quoi d’ailleurs allait-il les donner? Quel sort leur réserverait-il juste après les avoir minutieusement dépecés? Désirait-il seulement le savoir?
- Oh, que de mauvaises pensées mon mignon…
Le jeune homme sursauta au contact d’une main banche et glacée sur sa peau. Il tenta de s’y dérober, sans succès.
- Tss, tss, ne me résiste pas. Tu ne gagneras pas. Pour ce que j’ai prévu de faire après votre mort, je suis vraiment désolé de ne pas pouvoir encore te répondre sur ce point. Mais je te promets d’y réfléchir sérieusement une fois que je vous aurez tous tués. Est-ce que cela te convient?
Hésitant un instant, le jeune homme se demanda s’il devait vraiment lui répondre ou lui cracher au visage. Donner une réponse révélerait qu’il ne tenait plus suffisamment à la vie pour se battre. Et lui jeter son crachat lui symboliserait de manière tout à fait définitive qu’il n’avait aucune intention de se laisser faire.
Alors oui ou non voulait-il continuer à vivre?
Détachant difficilement son regard de celui si bleu du Maître, Florent balaya la Chambre qui n’en était plus une du regard. Il observa chaque visage jusqu’à ce que son regard tombe sur celui, si beau, si parfait d’Elizia, et c’est en le voyant si immobile, mais pourtant si paisible, qu’il décida que oui, il voulait continuer à vivre et à se battre. Pour lui. Pour eux. Alors il ne répondit pas, et sous les cris horrifiés d‘Adonis et de Tessa, il cracha toute sa haine au visage de celui qui les manipulait tous.
- Ca tu me le paieras très cher mon petit.
Puis une gifle phénoménale envoya sa tête heurter le mur derrière lui dans un bruit sourd. Pendant un instant il crut que le choc n’avait été que le fruit de son imagination, mais bientôt, il sentit quelque chose de chaud s’écouler le long de sa nuque. Et lorsque l’odeur métallique du sang parvint à ses narines, il en avait déjà tant perdu qu’il s’étonnait que sa conscience ne l’ait pas déjà abandonné.
Mais à l’instant même où il se posa la question, son esprit s’éteignit comme on souffle une bougie, et tout ce qu’il vit ne fut plus que noirceurs et ténèbres.

***

- Qui va là?
S’ébrouant vivement, Florent regarda autour de lui et ne vit plus rien de la noirceur ni de l’obscurité dans lesquelles il avait été plongé lorsqu’il s’était évanoui. Tout, autour de lui, était d’un blanc immaculé. Il ne savait pas où il se trouvait exactement, ni si ce lieu était un recoin resté pur de son esprit torturé ou un lieu bien réel présent sur Terre. Cette dernière hypothèse le faisait d’ailleurs douter, car aucun animal, aucun humain, aucun bruit, aucun objet, ni aucune plante de comblaient cet endroit. Il n’y avait pas non plus de soleil, de nuages, de ciel! Il n’y avait pas la moindre présence de ciel! Et encore moins de vent! Pas la moindre petite brise.
Se déplaçant légèrement sur le côté pour tenter de distinguer un mur, ou au moins un poteau contre lequel il pourrait s’adosser, Florent fit une découverte pour le moins étonnante : il n’y avait ni haut ni bas. Visiblement la conception des lieux où il se trouvait se basait sur le fondu. Rien n’était dissociable et tout se mêlait à tout. Florent ne distinguait rien que du blanc sous ses pieds nus, au-dessus et autour de son corps. Il sentait certes qu’il marchait sur quelque chose de solide et de dur, mais il n’en discernait pas davantage.
Alors où se trouvait-il?
Un peu inquiet, le jeune homme commençait à transpirer lorsqu’une voix répéta :
- Qui va là?
Le ton était pressant, et un peu angoissé. Et Florent se demanda si quelqu’un vivait ici depuis des années? Seul? Si tel était le cas, ce serait terrible.
Levant alors la tête vers ce qu’il supposait être le ciel, le jeune homme répondit:
- Je m’appelle Florent. Je suis arrivé ici par hasard et je…
- Je sais qui tu es Florent Berscham. Mais tu ne devrais pas être ici.
Un tourbillon, tout aussi blanc que le reste de ce qui l’entourait, se matérialisa soudainement devant lui. Et lorsque la bourrasque s’estompa enfin, révélant ce qu’elle lui cachait, le jeune homme recula précipitamment, le cœur battant à nouveau gonflé d’espoir.
- Paélia!

 

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M
Oh non pitité la suite c'est trop bien j'adore ta fiction !!!
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M
Hein, c'est déjà la fin ? o.o J'ai meme pas vu les chapitres passés ! >o< Hanw mon dieu, je veux la suite T.T
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G
vivement la suite trop dur d attendre :'( qu'est ce qui arrive a flo ? il va se reveiller quand Elizia ?je veux la suite si te plait ?
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L
je reve je viens de lire tes reponse ezt j'apprend que j'aurais pu avoir la suite le jour meme ouinnn je devrais passer plus souvent merci j'ai bien aimer meme si s'est de plus en plus triste j'espere que ca se finira bien felicitation et a bientopt merci pour ton travail
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C
OMG !! Si j'avais été plus intelligente j'aurais attendu que tu publie les derniers chapitres avant de lire les deux parties du chapitre 29. Parce que là je suis dans un état d'impatience, qui va me rendre folle. J'ai vraiment hâte de pouvoir lire la fin !!
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