1.
Un doux rayon de soleil matinal vint éclairer le couple qui s’enlaçait sous des draps couleur de sang, illuminant la chevelure du blond qui semblait tissée de fils d’or pur, et faisant briller celle du brun d’un noir ébène aux reflets bleutés.
S’éveillant lentement de son sommeil réparateur, Elizia Von Waldorf ouvrit doucement ses yeux d’un noir profond et posa son regard endormi sur les formes sensuelles et lascives de son compagnon.
Ainsi assoupi, Florent ressemblait vraiment à un ange avec ces cheveux blonds et cette lumière matinale qui le nimbait telle une auréole céleste. Il ne lui manquait que l’innocence et la pureté saintes pour coller totalement au personnage, sauf que le brun était suffisamment bien placé pour savoir qu’il n’en était rien.
Les doigts de sa main, déjà posés sur sa poitrine imberbe qui se soulevait doucement au rythme d’une respiration calme et mesurée, caressèrent doucement la peau d’albâtre, puis taquinèrent les tétons roses et les abdominaux, et enfin, s’infiltrèrent dans le nombril si tentateur. Mais il ne descendit pas plus bas, craignant de le réveiller. La nuit dernière avait été très intense, et le jeune homme préférait laisser son ange dormir. Leur fougue avait été si grande qu’ils s’étaient épuisés l’un l’autre, leur passion fouettée jusqu’au sang par l’audace, toute nouvelle et surprenante, de Florent.
Elizia n’avait pas prévu que tant de passion le rende aussi fou de désir, et rien que d’y repenser, il se sentait durcir à nouveau sous les draps.
- Eh bien, eh bien, eh bien… Que me vaut cet air ravi de si bon matin?
Brusquement arraché de ses pensées par une voix rauque de sommeil, Elizia tourna la tête et se perdit dans le regard vert de son compagnon, où brillait une lueur malicieuse.
- Depuis combien de temps es-tu réveillé?
- Oh… Assez longtemps pour deviner que cette nuit te laissera d‘inoubliables souvenirs!
Il gloussa.
- Il fallait bien que je te souhaite un bon retour à la maison! Tu m’as tellement manqué…
Touché, Elizia l’embrassa doucement, pressant ses lèvres contre les siennes. Florent aussi lui avait manqué. Son absence à ses côtés durant les six mois qu’il avait passé à l’étranger pour affaires, avaient failli le rendre malade de solitude et de frustration.
Un grand sourire aux lèvres, Florent se redressa, s’assit à califourchon sur son amant et lui passa les bras autour du cou. Le mouvement de ses hanches sous les draps fit dangereusement butter leurs sexes l’un contre l‘autre, et un violent frisson les parcourus de la tête aux pieds.
- Attention, Florent, si tu me provoques tu devras en assumer les conséquences.
Il ponctua sa menace d’un sourire taquin.
- Et je ne pense pas pouvoir être aussi doux que cette nuit. Je me sens d’humeur plutôt…féline.
- Mmmh, dois-je avoir peur… Mon Seigneur?
- Tu joues avec le feu…
- Oui… Mais qu’importe? Si cela signifie risquer de mourir de plaisir, je veux bien m’y brûler tout entier…
S’approchant alors lentement, Florent offrit goulûment sa bouche à celle d'Elizia, qui ne se fit pas prier pour l‘envahir d’un baiser intense et langoureux, leurs langues se caressant avidement. De plus en plus excité, le blond s‘écarta brièvement pour lâcher dans un souffle :
- S’il te plait mon amour, donnes-en plus que cette nuit…
Son regard brûlant parcourait lentement le torse offert de son beau brun dans une silencieuse invite, sa bouche impatiente butinant les lèvres moelleuses et humides, qui s‘étiraient en un sourire amusé.
Résistant difficilement aux supplications sensuelles de son amant, Elizia murmura doucement :
- Blondinet…Cesse de m’embrasser comme ça ou je ne réponds plus de rien…
Florent ricana, collant alors plus étroitement leurs corps enflammés, donnant de petits coups de bassin provocateurs qui les fit frémir.
- Et si je n’ai aucune envie d’arrêter? Mmmh? Qu’est-ce que je risque Môssieur le baron?
Après un dernier coup de reins qui l’électrisa violement, Elizia s’empara de la bouche de Florent avec fougue et les fit basculer d’un geste sur le lit. Se redressant vivement, il maintint les poignets de Florent au-dessus de sa tête, et le domina de toute sa hauteur.
- Très bien, tu l’as cherché. Je vais vous montrer ce qu’on risque lorsqu’on me provoque, Berscham.
Hilare, Florent éclata d’un rire franc qui s’étrangla bien vite dans sa gorge lorsqu’Elizia fondit sur lui et pénétra sa bouche de sa langue impatiente.
Fou de désir, Elizia se sentait l’envie d’être violent, brutal et passionné, de jouer avec le corps fin et gracile qui se tortillait déjà de plaisir sous lui, et de le faire languir de désir jusqu’à l’imploration.
Quittant sa bouche, Elizia laissa lentement glisser ses lèvres le long de son cou, puis sur sa poitrine haletante. Affamé, il suçota, mordilla et lécha longuement les tétons qui se dressaient déjà, durs de désir et de plaisir, prenant tout son temps, s‘attardant sur chaque centimètre de peau disponible. Faisant durer le plaisir encore et encore, jusqu’à ce que…
- Elizia…Qu’est-ce que tu fais? Prend-moi maintenant!
Gagné.
Elizia sentit un horrible sourire sadique éclairer ses traits.
- Non, non, non. Tu as été reconnu coupable de provocation sexuelle sur ma personne. Tu dois subir ta punition maintenant… N’est-ce pas toi qui désirais mourir de plaisir?
Désormais victime et prisonnier de son propre jeu, Florent se tortilla longtemps en gémissant sous les coups de langue de plus en plus provocateurs de son bourreau, les joues rougies par le plaisir, le souffle irrégulier, et les mains crispées sur les draps rouges qu’elles froissaient violemment.
Son air torturé fit doucement rire Elizia.
Poursuivant sa tâche, le brun laissa glisser sa langue sur le ventre contracté, contourna doucement le nombril puis le membre dur et dressé à l’extrême, prêt à exploser. Florent haletait et lui jetait des regards implorants mais Elizia les ignora, amusé par cette impatience croissante lui donnait des envies trop tentantes pour qu’il ait la moindre envie d’y résister. Taquin, il souffla doucement sur la verge tendue et sensible, et savoura la réaction immédiate, un sourire carnassier sur le visage.
- Elie!
- Mmmh, oui, tu es très excité... Voudrais-tu que je m’occupe de cette partie-là ?
- Elizia… Ne me fais pas attendre plus longtemps !
Son ton raide et son regard rempli d’éclairs étaient éloquents, mais ils ne suffirent pas à convaincre Elie de cesser enfin son petit jeu. Au contraire, ce visage torturé eut l’effet inverse, et l’excita violement. Reprenant alors ses caresses humides le long de l’aine, puis vers l’intérieur des cuisses avec une passion décuplée, le jeune homme lécha et caressa amoureusement les testicules offertes de son souffle brûlant. Puis sans prévenir, il prit le membre turgescent et chaud en bouche pour entamer de puissants va-et-vient.
Le cri de plaisir mêlé de surprise de Florent, qui récompensa son initiative lui fouetta les sangs, et le poussa à aspirer plus fort encore. Accélérant donc la cadence et raffermissant sa prise en serrant un peu plus les lèvres, Elizia fixa ses regards sur le corps joliment cambré de plaisir qui s’abandonnait à la jouissance. Et alors que quelques gouttes d’élixir paraissaient sur sa langue, il libéra le membre humide et fit lentement glisser ses lèvres jusqu’au sommet rougit dont il titilla le bout, les suppliques de Florent qui lui ordonnaient de le prendre immédiatement allant crescendo.
Pénétrant alors profondément l’antre chaud et serré d’un doigt humidifié, Elie le fit doucement aller et venir, pendant que sa langue s’activait toujours sur le petit creux sensible du gland. Quelques secondes seulement s’écoulèrent avant qu’il ajoute un second doigt au premier, les faisant bouger ensemble plus rapidement.
Lorsqu’il le sentit s’ouvrir et se refermer sur ses doigts, s’y empalant convulsivement de lui-même, Elizia retira ses doigts et se plaça entre les cuisses écartées, admirant l’entrée dilatée et prête à l’accueillir. Le regard brûlant d’une fièvre vorace, il s’allongea sur Florent, le maintint contre lui, et lui mordit l’oreille, murmurant doucement :
- Je vais y aller mon amour, mais je ne serais pas doux avec toi ce matin…
- Elie…. Non, s’il te plait, ne…Ha!!
Sans égard pour ses protestations, Elizia le pénétra violement, son sexe dur écartant les chairs tendres sans aucune douceur. Des larmes de douleur roulèrent alors sur les joues rouges du blond, silencieuses et accusatrices.
- Espèce de sal…
- Chut, chut, chut… Ne dis pas des choses que tu serais susceptible de regretter… N’oublie pas à qui tu t’adresses mon chéri. Tu es fautif, tu dois être puni.
- Mais ça fait mal Elie!
- Je sais, je sais, mais regarde : tu gémis déjà de plaisir. C’est meilleur maintenant, non?
Florent se cambrait effectivement sous les coups de reins puissants d’Elizia, s’agrippant à ses épaules et lui griffant le dos, ses petits ongles pointus creusant de longues cicatrices qui se perlaient de sang vermeil.
- Tss, voilà que tu me griffes maintenant…
D’un geste vif, il lui saisit les hanches et accéléra ses coups, s’enfonçant le plus loin possible dans la chair douce et palpitante, ses testicules claquant violement contre les fesses rougies de son amant. Eperdu de plaisir, Florent entoura les hanches actives d’Elizia de ses jambes et emprisonna son cou de ses bras. Collant leurs torses l’un à l’autre comme pour se fondre en lui, il réclama sa bouche et mêla sa langue à la sienne.
Ils jouirent à l’unisson après un ultime va-et-vient. Epuisés et le souffle court, les deux amants laissèrent retomber leurs corps transpirants sur les draps rouges, un soupir satisfait s’échappant d’entre leurs lèvres entrouvertes.
Presque une heure s’écoula avant que l’un ou l’autre ne puisse prononcer le moindre mot. A moitié endormis et les corps alanguis, les deux hommes se regardaient les yeux dans les yeux, les mains jointes. Au loin, un oiseau pépiait sur sa branche, célébrant le matin de son chant mélodieux et reposant.
- Je t'aime Elie...
Frissonnant, Florent se blottit contre Elizia qui l’enlaça. Il aimait cette proximité après l’acte, cette douceur que son amant montrait si rarement et qu’il ne destinait qu’à lui.
- Dors maintenant.
- Mais…et toi?
- Moi, je dois rentrer au manoir, je suis déjà en retard. Je te rappelle que j’ai des obligations… Un peu comme toi d’ailleurs, même si je t’autorise un repos plus tardif que celui de tes confrères.
Le jeune homme soupira. Ce rappel à l’ordre n’était pas nécessaire. Depuis le temps que sa famille était au service de la famille Von Waldorf, Florent savait depuis l’enfance qu’elles étaient ses corvées. Il connaissait l’emploi du temps de son maître comme sa poche, et pouvait se déplacer dans le manoir les yeux fermés, et ce, même dans le noir.
***

De retour au manoir - une immense bâtisse en pierres taillées, parée d’une multitude de fenêtres de bois sombre et de vieux vitraux - Elizia, franchit le seuil d’un pas ferme et décidé. Il revenait de la petite maison cachée dans la forêt voisine. Il l’avait faite construire en prévision de ses ébats nocturnes - ou diurnes - et chaque fois il en revenait frais et plein d’énergie.
En maître incontesté des lieux, il s’installa confortablement dans un sofa de velours noir et convoqua ses domestiques.
Une femme replète portant un plateau de thé, et deux hommes en habit rappliquèrent aussitôt. Elle déposa le plateau, servit le thé et s‘en alla, tandis que les deux hommes attendaient sagement les directives.
- Ai-je reçu du courrier Walkins?
- Oui monsieur.
- Très bien, donnez-le-moi. Hank, dites à Berscham de sceller mon cheval, je dois me rendre chez les Hatcher au plus vite.
Le dénommé Hank s’en fût du salon au pas de course vers les écuries. Walkins, revint quelques minutes plus tard avec une pile de lettres et un coupe-papier sur un plateau puis se posta derrière son maître.
Epluchant les nouvelles, Elizia dénicha une lettre dont le cachet ne lui était pas totalement inconnu : une rose illuminée par la pleine lune.
Il la décacheta, parcouru les lignes de la missive avec attention puis la froissa brusquement.
- C’est une plaisanterie! Walkins! Qui l’a apporté? A quoi ressemblait le porteur?
Intimidé par la soudaine colère du baron, le domestique s’efforça de répondre calmement.
- Elle est arrivée hier soir en votre absence monsieur. Le porteur a réveillé tout le manoir, son insistance nous a tous étonné. Il était entièrement vêtu de noir, sa cape et ses gants étaient d’un rouge pourpre et son masque…
Elizia eu un sursaut.
- Son masque?
- Oui monsieur, cet homme était masqué. Nous avons su qu'il était un homme qu'après avoir entendu sa voix.
- Et ce masque, comment était-il?
- Il était blanc monsieur, avec des arabesques noires serties de diamants. Je me souviens que sa cape en était parée elle aussi.
Les sourcils froncés, Elizia serrait les dents. Il voyait peu à peu le piège qui se dressait sur son chemin. Or, il refusait que cela soit possible.
- Et que représentaient ces arabesques Walkins? Soyez précis je vous prie.
Le domestique, sentant son maître devenir de plus en plus tendu, s’obligea à rester calme.
- Et bien monsieur, elles représentaient des roses illuminées par la pleine lune.
- Bon sang!
Elizia, était fou de rage, il n’en revenait pas de s’être fait avoir de la sorte.
- Walkins, annulez mon rendez-vous chez les Hatcher et faites appeler ma mère. Il faut que j’éclaircisse toute cette histoire!
Le domestique, trop heureux de fuir les foudres de son maître, s’exécuta dans la seconde. Resté seul, le baron, faisait les cent pas en grinçant furieusement des dents.

Une heure plus tard, Madalegna Von Waldorf, une femme au visage de poupée pénétra dans la pièce. Elizia retint sa colère pour la saluer, ce contrôle ne dura qu’un court instant.
- Mère puis-je savoir ce que signifie cette mascarade?
- Je ne sais pas de quoi vous parlez Elie.
Elle l’appelait par son diminutif? Bien! C’est donc qu’elle avait donc quelque chose à se reprocher!
- Vous ne voyez pas de quoi je veux parler?
Il brandit la lettre sous son nez, en rage.
- Admettez, mère que vous y êtes pour beaucoup!
- Vous m’accusez mon fils, mais vous n’avez aucune preuve de ce que vous avancez.
Elizia contempla sa mère avec dégoût. Son visage de porcelaine semblait si doux, si innocent que l’on ne pouvait deviner la noirceur qui s’y dissimulait. Il savait que sa mère haïssait son mode de vie. Elle rêvait de l'en voir changer et pour parvenir à ses fins, lui avait joué un tour magistral.
- Déposer mon nom comme candidat à l’Académie Mondrose a été la pire idée que vous ayez eue pour me nuire !
Un petit sourire vicieux joua sur les lèvres rosées de la femme, ternissant quelque peu sa beauté.
- Je l’ai fait pour votre bien…
- Pour mon bien? Je pense plutôt que vous avez agi dans votre propre intérêt! Voir votre fils, votre unique héritier au plus haut de la société aristocratique ferait vos choux gras!
- Je vous rappelle que vous êtes encore mineur Elizia. Malgré cette apparence d’homme virile que vous vous donnez et l’attitude froide qu’il vous plait d’afficher, je suis encore en droit de vous donner des ordres et de vous contraindre à y obéir!
Plus que la trahison de sa mère, c’était la perspective de se séparer de Florent qui l’insupportait. Il n'imaginait pas pouvoir s’éloigner de lui, ne plus l’avoir à ses côtés, le perdre pour des ambitions qui n’étaient pas les siennes!
Plongeant son regard sombre dans celui si vert de sa mère, il cracha, haineux :
- Je ne vous le dirai qu’une fois mère : je refuse de me plier à vos caprices, et rien de ce que vous direz ne me fera changer d’avis !