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Chapitre 30.4

Partie 4.

 

Toi, mon amour

 

Des bruits assourdissants retentissaient les uns à la suite des autres autour de lui. Des grondements de bêtes et des piaillements incessants l’entouraient, si horribles et colériques qu’ils le faisant frissonner d’effroi. Que se passait-il donc?
Un tel chaos régnait alentour, qu’il sentait son corps trembler malgré lui, sous les secousses provoquées par de terribles tremblements de terre, et des trombes d’eau, de feu, et de pierres mêlées qui s’abattaient près de lui sans toutefois le toucher. Apparemment, la nature environnante s’était déchainée, mais d’après les cris de douleur et les collisions qu‘il entendait, les ondulations de pouvoir et les attaques massives de magies bienfaisantes comme malfaisantes qu’il percevait, il y avait pire : non loin de lui, deux armées bien distinctes semblaient se livrer une bataille féroce dont la violence n’avait d’égale que leur esprit de vengeance qui envahissait l’atmosphère, occupant le moindre espace encore existant, et empuantissait l’air de sa présence.
Un combat sanguinaire et bestial que rien ne semblait être en mesure d’interrompre sinon la mort de chacun des soldats.
Comment en étaient-ils arrivés là?
Toujours étendu sur son lit, Elizia aurait donné cher pour pouvoir ouvrir ne serait-ce qu’un œil. Car il n’avait pas peur à proprement parler, mais ne rien voir du carnage qui semblait se dérouler tout juste à ses pieds lui donnait des sueurs froides. Que se passait-il bon sang?
Paélia et les autres se battaient-ils? Etaient-ils en difficulté? Gagnaient-ils ou perdaient-ils? Et plus important encore : où était donc Florent?
S’il l’avait pu, le jeune homme en aurait crié de frustration!
Peu de temps auparavant, Elizia se souvenait avoir entendu le Maître torturer ceux qui lui résistaient et leur promettre les pires souffrances. Puis un peu plus tard, il y avait eu quelques instants d’intense agitation provoquée par les arrivées successives de démons et de plusieurs autres personnes - dont l’identité échappait encore au jeune baron -, destinés à grossir les rangs du Maître et à amenuiser les chances de Paélia et de ses comparses de le vaincre. Durant ce glaçant laps de temps où seuls les actes et paroles perfides de l‘incube avaient monopolisé l‘attention de tous, le jeune homme avait perçu les pleurs et les gémissements de ses alliés blessés. Des bruits et des sons étouffés pour la plupart, qui n’avaient d’ailleurs troublé que partiellement le silence tout relatif de la Chambre, mais qui n’avaient absolument rien de commun avec les grondements qui lui assourdissaient actuellement les tympans! Aucun signe avant coureur n’avait indiqué qu’un tel déluge apocalyptique se préparait, et Elizia éprouvait toutes les difficultés du monde à rester calme.
Il savait au fond de lui que son enfant le protégerait de toute attaque extérieure, quelle soit naturelle ou non. Mais c‘était plus fort que lui, il ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter pour les autres comme pour lui-même. D’autant plus qu’il était toujours involontairement aveugle, et qu’il ne savait absolument pas si Florent et ses compagnons étaient toujours en vie ou mortellement blessés, appelant à l‘aide.
Florent…
Immobile et les yeux clos, le jeune homme s’obligea à respirer lentement, s’interdisant d’imaginer le pire et de paniquer. Si son amant allait mal, il l’aurait senti. Or, aucune émotion alarmante ne lui indiquait ce malheur, c‘est donc qu‘il n‘était pas à l‘article de la mort comme son esprit torturé cherchait désespérément à lui faire croire. C’était là une arme bien maigre pour lutter contre l’angoisse qui menaçait sans arrêt de l‘assaillir, mais il n’avait pas le choix. Il devait y croire, s’en persuader à tout prix, ou alors il perdrait la raison. Et aucun d’entre eux n’avait besoin de ce genre de problème supplémentaire.
Un avis qu’il ne sembla pas être le seul à partager, car comme pour manifester son approbation, l’enfant le gratifia d’un coup de pied vif et appuyé.
Amusé, Elie caressa doucement l’esprit du bébé du bout du sien.
Depuis qu’il avait été contraint et forcé de rester allongé sur ces draps, tout deux avaient eu tout le temps nécessaire pour trouver un moyen de se parler, ou tout du moins, de communiquer, en se transmettant leurs émotions par le psychique. Pareille expérience l’émouvait chaque fois qu’il la pratiquait, et il ne se lassait pas de la réitérer encore et encore, pour leur plus grand bonheur à tous les deux.
Elizia s’abîmait dans les sensations que lui procuraient ce contact psychique, lorsqu’un retentissant « cours » fit frémir les tréfonds de sa conscience. N’était-ce pas là la voix de la Gardienne? A qui sommait-elle de fuir? Et pourquoi?
Son cœur battant soudain à tout rompre, Elie entrevit le fol espoir qu’il puisse s’agir de son amour. Et alors qu’il se sentait sur le point d’étouffer sous l‘expectative, une main poisseuse d'une substance qu'il ne reconnut pas se posa sur la sienne et la saisit puissamment, tandis qu’un souffle haletant lui effleurait la joue, et qu’un murmure, porteur de la réponse qu‘il attendait si fort, résonnait à ses oreilles.
- Mon aimé… Je suis là maintenant. Je vais prendre soin de toi.
Il était en vie.
Malgré la folie qui se déchainait sur le monde autour d’eux Florent était en vie! Que le Ciel soit loué!
Bouleversé par l’émotion, Elizia sentit monter en lui, puis déborder sur ses pommettes et ses joues, des larmes de joie mêlées d’un amour et d’un soulagement infinis.
Comme il était heureux! Comme son bonheur lui semblait complet à présent! Il aurait donné très cher à ce moment précis, pour pouvoir ouvrir les yeux, plonger son regard dans le sien et admirer les yeux magnifiques de son amant ne serait-ce qu’un instant!
Mais rien de ce qu‘il désirait ne lui était permis, et il maudit alors le destin traitre qui l’empêchait de bouger et de se redresser pour serrer le blond dans ses bras.
Par pur entêtement, il tenta tout de même un geste. Mais malgré tous ces efforts, rien ne se produisit. Et de nouvelles larmes, cette fois amères et chargées de frustration comme de colère pure, s’ajoutèrent aux premières qui se tarissaient déjà sur sa peau hâlée.
« Pourquoi m’inflige-t-on pareil supplice? N’ai-je pas encore assez donné? Assez perdu? Ou bien s’agit-il là d’une épreuve destinée à éprouver davantage ma résistance? N’ai-je donc pas assez souffert pour que je doive encore soupirer après celui que j’aime, et qui, pourtant, est si proche de moi? C’en est assez! »
Redoublant alors de détermination dans sa lutte contre les forces invisibles qui le statufiaient, le jeune homme s’obstina et recommença, encore et encore. Longtemps… Longuement…
En vain.
Sa bravade inutile n’eut d’ailleurs pour effet que de le rendre plus frissonnant et transpirant qu‘auparavant, ainsi que de laisser épuisé, essoufflé, et sans plus d’autre conscience de son corps que son cœur - qui martelait sa poitrine haletante à grands coups furieux, aussi rapides et cadencés que ceux d’un cheval lancé au triple galop. Son être physique était en piteux état, mais cela n’empêcha pas son esprit buté de continuer à réfléchir. Incapable de se résigner, Elie commença à lister les multiples moyens psychiques qu’il pourrait utiliser pour se libérer. Et alors qu’il s’apprêtait à les essayer, le souffle chaud de Florent balaya à nouveau son visage et s‘immobilisa juste au-dessus de l’arête de son nez, capturant toute son attention.
-  Mon tendre amour, si seulement tu pouvais te réveiller… Juste ouvrir les yeux et me sourire…
Le baiser qu’il déposa ensuite sur ses lèvres fut doux, amoureux et presque timide. Mais la réaction immédiate qu’il déclencha eut sur eux l’effet dévastateur d’un coup de tonnerre.
Pris par surprise, Elie et Florent n’eurent pas le temps de réaliser ce qui était en train de se produire, car l’instant d’après, leurs cœurs et leurs corps furent transpercés par une flèche de magie pure. Acérée et glaciale, elle plongea au centre même de leurs êtres, établissant en eux une connexion presque matérielle et plus tangible encore que tout ce qu’ils avaient connu auparavant. Quelque chose, au fond d’eux, se déchira puis se renoua, et alors ils comprirent : l’enfant avait attendu que Florent touche Elizia pour venir au monde.
Certain de ses sentiments passionnés, de son dévouement, et de son désir de les protéger Elizia et lui, le demi-démon avait choisit Florent pour être celui qui seconderait son Réceptacle dans l’avenir et qui l’élèverait comme son propre enfant. Par son toucher chargé d’espoir, le jeune homme avait permis qu’ils soient tous liés par une magie plus puissante encore que toutes celles qui faisaient rage autour d’eux : celle d’un amour aussi pur et durable que le plus indestructible des diamants.
 
Toutes les pièces du puzzle étant désormais à leur juste place, l’enfant libéra son père de sa magie, lui permettant à nouveau d’ouvrir les yeux. Et sur un simple coup de son minuscule talon, il déchira de l’intérieur membrane et peau constellées de veinules violacées, abattant ainsi les derniers obstacles qui le retenaient encore, et repoussaient le temps de sa venue au monde.

***

Grinçant des dents, Asmodée se jeta sur le côté afin d’éviter une attaque directe du géant sur sa personne.
Cette satanée Gardienne l’avait prit par surprise, et il n’avait rien vu venir. Encore une fois!
Comment cette garce avait-elle pu rendre cela possible? Il était omniscient!
Quoi que…
Un jet de magie blanche et mortelle le prit soudain pour cible, l’obligeant à faire un rouler-bouler pour ne pas finir en cendres. Ce mouvement le propulsa dans un coin de la Chambre, une opportunité de replis qu’il mit à profit. Il avait besoin de réfléchir.
Accroupit dans le coin, Asmodée s’enfonça dans l’obscurité et se couvrit de ténèbres. Ses yeux étaient brûlants de colère et fureur, ses dents aiguisées saillaient hors de ses gencives, démangées par le désir de déchiqueter la chair de ses ennemis, ses poings griffus se contractaient douloureusement, criant du besoin de tuer, de massacrer. Sa rage n’avait pas de limite.
Comment…
Ses défenses avaient toujours été impénétrables. Sa connaissance des esprits n’avait pas de limites. Personne ne pouvait se cacher de lui, ni être à l’abri de son regard psychique. Son plan n’avait aucune faille…
Et pourtant.
Cette satanée entité de lumière avait réussit à le berner lui! Elle avait acquis la confiance de ses propres Pantins puis en avait pris le contrôle pour mieux les retourner contre lui…
Sa guerre prenait une tournure détestable, mais il allait la reprendre en main.
Les yeux fixés sur la bataille qui faisait rage devant lui, l’incube regarda les créatures de lumière combattre leurs ennemis de ténèbres et mourir aux côtés de la Bête - qui massacrait ses frères et décimait à elle seule des rangées entières de son armée de démons à grands coups de pattes, de crocs, et de jets de magie brûlante. Immense et laide, elle effectuait sa tâche avec une précision redoutable et une détermination sans faille. Son corps saignait et des membres lui manquaient, mais elle poursuivait, semant sans pitié des corps sur son chemin.
Pareille abomination n‘aurait jamais dû pouvoir naître. Il avait manqué quelque chose.
Lui.
Refoulant encore un peu sa fureur et la magie qui l’accompagnait, l‘incube souffla de frustration. Il lui fallait d’abord se souvenir des derniers jours passés, et réfléchir à ce qu’il avait manqué avant d‘assouvir sa soif de sang. Il ne tolèrerait plus aucune erreur. Celle qu’il avait commise serait la dernière.
Selon ses souvenirs, Elizia et Tessa étaient encore sous son emprise lorsqu’il avait commencé à assimiler le pouvoir des Eléments. Le premier ayant enfin endossé son rôle de Réceptacle tout en continuant à suivre les cours qu’il pensait être réels, et la seconde exécutant ses ordres en gardant un œil à la fois sur le jeune homme et sur Adonis.
Puis Belzébuth s’était rebellé. Cet imbécile inutile.
S’étant souvenu tout à coup de son statut de prince héritier, il s’était crut en droit de remettre son autorité en question, de le défier et, oh, de le menacer! Asmodée grinça des dents à ce souvenir.
Puis il y avait eu ce jour - Asmodée en gardait un souvenir en demie teinte - au cours duquel, dévoré par la fièvre provoquée par l’ingestion des pouvoirs élémentaires, il avait été surpris par l’arrivée inopinée d’Elizia, qui était venu le voir sans avoir été convoqué, et lui avait révélé son nom et sa véritable apparence. Oui, c’est là que tout avait commencé.
Rien que le fait que l’humain soit venu de son plein gré aurait dû lui mettre la puce à l’oreille! Mais trop affaibli par son état, et voulant croire que son Réceptacle s’était enfin résigné à son sort - il avait su se montrer persuasif -, l’incube, tout à son arrogant orgueil, l’avait crut et était tombé tout droit dans le piège. Un piège qu’à sa plus grande honte, il avait été incapable de déceler.
Par la suite, Elizia était devenu plus que distant et Tessa s’était montrée de moins en moins à l’aise en la présence de son Maître. Son aura ayant été en pleine transformation à cette période, Asmodée avait mis sa nervosité inhabituelle sur le compte de ces modifications perturbantes, mais il s’était trompé. Tous s’étaient joués de lui au moment même où la fièvre avait commencé à lui dévorer l’esprit et le corps, étouffant chacune de ses aptitudes à lire dans les âmes, et permettant ainsi à leurs intentions et leurs pensées de lui filer entre les doigts…
Voilà quelle avait été sa faille, son erreur.
S’il avait eu toutes ses facultés à cet instant, il aurait pris soin de vérifier leurs pensées, et il aurait constaté la fourberie. Mais son état maladif l’en avait empêché, et Elizia avait exploité la seule faiblesse qui s’était présenté à son avantage.
« Par l’enfer! Comment l’avait-il su? »
Fébrile, son regard erra sur les reliefs de la pièce qui n‘était que ruines et poussières, et tomba sur la seule silhouette dont il ne supportait pas la vue. Et il comprit.
Paélia.
La source de ce savoir ne pouvait provenir que d’elle. Il comptait bien lui faire regretter son acte. Laissant échapper un grondement bestial Asmodée fixa son regard sur la stature immense de la Bête. Ivre de colère, il psalmodia envers elle, des malédictions qui promettaient mille morts et autant de tortures toutes plus imaginatives et redoutables les unes que les autres. Il se jura de faire payer l’esprit protecteur de la tailler en pièces, de la réduire en cendres, et de vouer son âme aux feux de l’enfer qui la dévoreraient pour l’éternité, tandis qu’il la regarderai brûler tout en se délectant de sa souffrance éternelle.
Un sort qu’il se ferait une joie délectable de mettre en place, une fois qu’il aurait définitivement éliminé l’humain qui tentait de protéger Elizia des débris tombant du plafond. Depuis le temps qu’Asmodée connaissait l’existence de cet homme, il avait tout fait pour l‘évincer de la vie de son Réceptacle. Mais le voir de nouveau à ses côtés, malgré tout ce qu’il avait fait pour l’en empêcher, fit monter sa rage d’un cran.   
Son corps tremblant de fureur contenu s’avançait hors de son manteau d’ombres lorsque des pensées étrangères et belliqueuses surgirent toutes en même temps dans son esprit et l‘obligèrent à s‘immobiliser de nouveau tant elles étaient fortes.
« Frère! Où te caches-tu lâche! »
« Rejoint le combat où nous te tuerons également… Nous avons eut tord de t’écouter, de te faire confiance… TU VAS LE REGRETTER! »
« Tu nous as trahis…! »
« Comment oses-tu nous réunir ici puis nous livrer à l’ennemi! Tu nous le paieras! »
« Viens goûter au fer de mon épée! Je te traverserai de part en part pour ta trahison! »
Ses frères l’insultaient et le jugeaient ans avoir aucune idée de ce qui se passait. Une injustice qui ajouta du bois au feu de sa colère déjà immense.
«  Mes frères, je ne suis ni lâche ni traitre. J’ai pris le temps de savoir ce qui a mené jusqu’à cette guerre, et dorénavant je connais les points faibles. Abattez le plus d’ennemis blancs possible et envoyez nos serviteurs noirs aux pieds de la Bête pour la distraire. Moi je m’occuperai du reste. »
Les ordres donnés, Asmodée n’attendit pas de savoir si ses frères allaient lui obéir ou le chercher pour l‘abattre. Comme il les savait plus opportunistes que vengeurs, dans quelques minutes, ils verraient où était leur intérêt.
Dissolvant son ombre dans la lumière d’un feu et abandonnant même le sol ce qui restait de son enveloppe humaine, l’incube fit craquer ses articulations et s’avança vivement dans la lumière des feux qui incendiaient la pièce.
Le corps irradiant de puissance, il darda sa queue épineuse et fit scintiller ses crocs de venin tandis que ses griffes s’armaient, prêtes à passer à l’attaque, impatientes de déchirer et de déchiqueter.
Jetant un coup d’œil reptilien sur le côté, l’incube constata que ses frères obéissaient à ses ordres, et son sourire se fit alors plus carnassier encore. Dressé de toute la hauteur de ses quatre mètres, il tendit une main griffue et formula un sort qu’il lança en direction de l’humain blond. La boule de feu atteignait sa cible, lorsqu’un jet de magie pure et blanche la fit dévier, mais hélas, avec un cran de retard. La boule coupée en deux, vit sa première moitié disparaitre en fumée, tandis que la seconde explosait au visage de Florent, lui blessant cruellement les deux yeux.
Rugissant de fureur et de frustration, Asmodée fit volte-face et braqua son regard sur la Bête, désormais entièrement concentrée sur lui, et chargea.
Durant sa course, tous deux échangèrent des jets de magie tantôt verte, tantôt blanche. Certains atteignirent leurs cibles, d’autres causèrent plus de dégâts alentours ou parmi leurs alliés. Mais lorsqu’ils se heurtèrent de plein fouet, la Bête était déjà entravée dans ses mouvements par Mammon et le Léviathan qui faisaient tout pour la déstabiliser. Profitant de sa gêne, Asmodée lui asséna coups de griffes et morsures, alternant les jets de magie pure et les sortilèges élaborés pour lui causer le plus de dommages irréversibles possibles. Puis très vite, ses frères se joignirent à lui, ce qui leur permit de prendre peu à peu le dessus. Usant d’épées et de sorts, de venins et de tentacules empoisonnés, de coups de queues et de pattes aux extrémités acérées, leurs attaques conjointes finirent par avoir raison de l’endurance puis des sorts de protection de la Bête. Ils œuvrèrent tant et si bien contre elle, qu’une lame tranchante et retorse parvint à lui transpercer la poitrine de part en part, l’affaiblissant tant qu’elle finit par tomber à genoux, la tête tombant sur le torse.

Cette reddition signalant la fin de la bataille, Asmodée et ses frères s’autorisèrent un sourire victorieux.
Toujours à genoux et à bout de souffle, la Bête croulait sous le poids de la fatigue et de ses blessures trop nombreuses pour être comptées, l’armée de lumière avait été décimée par les Entia Tenebris, dont il ne restaient que quelques créatures agonisantes, et les démons, bien qu’ils aient aussi essuyé de lourdes pertes, respiraient toujours, avaient tous leurs membres et étaient en surnombre. Blessés, mais tenant encore sur leurs jambes, le Péchés s’avancèrent vers la Bête en formant un cercle, Asmodée à sa tête.
- Rend-toi Gardienne.
Sa voix était caverneuse, résonnant en échos menaçants dans l’espace, telle le grondement d’un roulis de pierres en pleine montagne.
- Supplie-nous. Demande-nous grâce. Rien ne garantit que nous te l’accorderons, mais soumets-toi à nous, demande-nous de te prendre comme esclave, ou nous nous chargerons chacun notre tour de te faire regretter d’être née! Gardienne!
Il cracha ce dernier mot comme une insulte. Et devant le silence de la Bête, Asmodée darda la langue d’un air dédaigneux, avant d’activer au creux de sa main, une boule de magie des plus meurtrières.
- Alors tu as fait ton choix. Meurs!

L’incube levait la main d’un geste leste pour lancer la boule vers le cœur de la Bête lorsqu’un cri déchirant retentit dans la pièce,  immédiatement suivit par un long craquement sonore, puis par une explosion de lumière blanche, si puissante, qu’elle libéra une onde de choc et renversa tout ce qui ce trouvait sur son chemin. Sa pureté était telle qu’elle mit feu à la peau des démons et obligea les Péchés à se couvrir les yeux pour ne pas qu’ils se mettent à brûler comme leur épiderme.
De longues secondes s’écoulèrent avant que la lumière ne commence à se résorber, mais une fois qu‘elle eut disparut et que l‘obscurité eut repris ses droits, une vision des plus étranges leur fit écarquiller les yeux.
Un bébé, nu et en plein éveil se tenait en position fœtale sur le ventre intact, dénué de veinures ou de craquelures d’Elizia. Les cheveux blancs, et le regard violet, ce petit être pourtant innocent exsudait une puissance et une ancienneté d’âme séculaires, encore jamais vues chez un nouveau né. Pareille sagesse  - aussi effrayante que phénoménale -, n‘était pas humaine.
Emergeant de sa torpeur, l’incube s’ébroua et tituba jusqu’au lit où se trouvait son héritier.
- Mon fils… Si beau, si parfait… Donne-le moi… DONNE-LE MOI!
Egalement nu, haletant et transpirant, Elizia prit l’enfant dans ses bras et se redressa en position assise. Durant un instant, ses yeux papillonnèrent pour s’adapter à la lumière chiche que les flammes qui crépitaient toujours autour d‘eux diffusaient…et une pensée fugitive le traversa tandis qu’il regardait l’incube se précipiter vers lui.
« Je n‘arrive pas à croire que j’ai pu le désirer la première fois que je l’ai vu »
Dégoûté, il déplia le poing où se trouvait un morceau de papier froissé et murmura :
- Je t’avais dit qu’un jour je te tuerais, espèce de monstre. Maintenant tu vas payer pour toutes nos souffrances!
Un sourire carnassier fleurit alors sur les lèvres d’Elizia. Sa gorge était sèche et parler lui était douloureux, mais il sa détermination était plus forte. D’une voix rauque où perçait la jubilation et la victoire, il s’écria, triomphant :
- Paélia! Ceci est pour toi! Notre ennemi se nomme Asmodée!
- NOOOOOOOON!
Les yeux écarquillés, l’incube s’élançait vers le lit à toute allure, hurlant des ordres à tue-tête, des boules de magie meurtrière dans chaque main :
- Empêchez-là de parler vous autres! Bâillonnez-lui la bouche!
Mais c’était trop tard.
En un instant, Paélia se dissocia de ses alliés, mettant ainsi fin à l’existence de la Bête, et repris sa véritable apparence. S’élevant dans les airs tel un esprit vengeur, elle étira ses bras diaphanes et tempêta de sa voix cristalline :
- ASMODEE! PAR LE POUVOIR DE TON NOM JE T’INVOQUE ET TE POSSEDE! PAR LE POUVOIR DE TON NOM, JE POSSEDE LE LIEN QUI TE LIE A TES FRERES! SOYEZ REDUITS A MOINS QUE POUSSIERE ET QUE L’EXILE DANS LE NEANT SOIT VOTRE PENITENCE POUR LES SIECLES DES SIECLES! QUE VOS NOMS SOIENT OUBLIES ET AINSI VOS EXISTANCES, EFFACEES! DISPARAISSEZ!
Puis comme un claquement de fouet, l’ordre prit effet immédiatement.

Ainsi prononcés par une entité du Bien, leurs noms révélèrent leur véritable essence et se retournèrent contre leurs propriétaires. Le Mal ne pouvant être invoqué par le Bien sans en subir une profonde modification au niveau originel, les Péchés ne purent demeurer ce qu’ils étaient et se muèrent en Vertus. Progressivement, Avarice, Convoitise, Colère, Orgueil, Gourmandise, Paresse, et Luxure devinrent respectivement Charité, Générosité, Humilité, Modestie, Tempérance, Courage et Chasteté.
Déformé par la douleur causée par le sortilège et par l’essence des Eléments qui s’extrayait brutalement de son organisme, l’incube hurla et jura jusqu’à ce que sa voix se brise.
- SOYEZ MAUDITS! SUR MON NOM, JE JURE DE REVENIR, ET DE VOUS POURSUIVRE DE MA VENGEANCE JUSQU’AUX TREFONDS DE L’ENFER!
Les échos de leurs cris retentirent longtemps parmi les décombres de la Chambre Bleue après  que leurs enveloppes charnelles aient pris feu, et soient devenues cendres puis néant.

Le silence s’installait enfin de nouveau dans les décombres enflammées de la Chambre, lorsque quatre âmes purifiées, vestiges des Eléments que l‘incube avait maintenu en son pouvoir, se manifestèrent sous la forme de corps vaguement humanoïdes. Silencieuses et lunaires, les silhouettes semblèrent s’attarder un instant, comme pour leur transmettre un dernier adieu. Puis s’élevant doucement vers les nuées, elles s’unirent d’un mouvement gracieux et disparurent dans une pluie d’étoiles.

***

D’un geste las de la main, Paélia renvoya par des portails, Mammon, le Léviathan, et ce qui restait de l’armée des ténèbres aux Enfers. Puis elle redonna un aspect convenable au château, avant de se pencher sur les blessés pour aider à les soigner. Sauf qu’elle se rendit bientôt compte qu’il n’y avait pas grand-chose qu’elle puisse faire tant les dégâts étaient grands.
Le coup d’épée qu’elle avait reçu en plein cœur sous sa forme de Bête, ne lui avait pas été fatal - son corps n’étant pas matériel dans ce monde -, mais ce n’était malheureusement pas le cas de tous ses alliés.
Mortellement blessée, Alouqua gisait, inanimée sur le sol de la Chambre.
Ce qui l’avait tuée n’étaient pas les coupures ou les lacérations qui meurtrissaient sa peau et défiguraient son visage à de multiples endroits, mais la plaie béante et suintante qui perçait le centre de sa poitrine et qui laissait couler un intarissable flot de sang. Si Paélia l’avait prise en charge plus tôt, la démone aurait eut plus de chance de s’en sortir. Mais hélas, son pouls ne battait plus depuis longtemps, et ressusciter les morts n’était pas en son pouvoir.
Prostré aux côtés  de sa femme et blessé au flanc droit, Belzébuth la tenait dans ses bras en pleurant à chaudes larmes. Son grand corps écailleux parcouru de tremblements et de sanglots, tressautait par intermittences, courbé sous le poids du chagrin.
- Elle… Elle était toute ma vie… Ô ma si douce…Jamais plus je ne retrouverais une démone pareille… Ma si belle Alouqua… Ma si belle…
Son cri de désespoir fut si déchirant, qu’il ébranla les murs du château nouvellement dressés. Le cœur brisé et la patte trainante, Lilith, qui avait perdu un œil dans la bataille, entoura son fils et sa bru défunte de ses bras pour pleurer avec lui.
La scène, émouvante et cruelle, nécessitait une certaine intimité que Paélia et Elie s’empressèrent de fournir. Les larmes aux yeux, ils se détournèrent donc pour cesser de les regarder.
Plus loin, dans la pièce, Tessa elle aussi pleurait un être cher.
- Un jet de magie à faillit m’atteindre lorsque vous avez défait le sortilège qui maintenait la Bête. Il s’est jeté sur moi pour me protéger, et le sort l’a atteint à ma place… Quel idiot… Je lui avait pourtant dit de ne pas…
Sa voix se brisa. La tête posée sur le visage d’un Adonis blême et sans vie, elle laissait glisser des larmes cristallines sur la peau craquelée de son ancien compagnon qui n’était désormais plus qu’une enveloppe vide. Sans la magie de leur créateur, les Pantins ne pouvaient pas espérer garder leur apparence dans cette réalité, ni même continuer à y vivre. D’ailleurs, Tessa elle-même commençait doucement à disparaitre.
Elizia, quant à lui, tentait tant bien que mal de soigner les blessures de Florent tout en surveillant d’un œil son fils qui somnolait entre les draps, occupé à suçoter ses petites lèvres en orme de bouton de rose.
Le sort qu’Asmodée lui avait lancé et que Paélia avait fait ricocher ne l’avait pas tué - Dieu soit loué! -, mais l’avait tout de même atteint aux yeux. Le jeune baron ne savait pas si les dégâts étaient graves ou irréversibles, mais il était reconnaissant. Son amour était blessé, mais surtout en vie.
- Mes amis.
La voix était emprunte de fatigue et de chagrin, mais aussi douce que la caresse d’une plume. Et c’est cette douceur qui aida les endeuillés à lever la tête de leurs aimés perdus pour l’écouter.
- Nous avons gagné la guerre, nous sommes victorieux. Mais nous sommes aussi perdants car des êtres chers nous ont été enlevés. Mon temps parmi vous est bientôt écoulé. Le Mondrose étant détruit, par conséquent, je me dois de retourner d’où je viens. Mais avant de vous quitter, je compte effacer ce qui c’est produit ici de la mémoire des humains innocents qui ont été enlevés. En outre le fait que je compte pleurer les disparus pour l‘éternité, c‘est le moins que je puisse faire pour les aider maintenant, puisque je n’ai pas pu être là pour les protéger avant leur massacre. Je peux faire ce même cadeau à ceux, qui parmi vous, le désirent.
L’air triste, elle consulta chacun du regard, mais tous refusèrent d’un signe de tête accablé et elle comprit aisément pourquoi.
Belzébuth voulait conserver le souvenir de son épouse défunte. Ainsi, il n’oublierai jamais ce que lui avait coûté la duperie de l’un de ses sujets à qui il avait donné son amitié et son affection, et l’empêcherait de refaire la même erreur.
Lilith préférait se souvenir de ces instants alliés avec son fils. Il y avait si longtemps qu’ils n’avaient été si proches!
Tessa, désirait chérir et garder en mémoire les moments partagés avec son frère de création. Personne d’autre que lui - même pas Sorrel - n’avait pu comprendre à quel point leur vie de servitude était pesante. Durant toute leur existence, ils s’étaient soutenus l’un l’autre, et il était hors de question qu’elle efface des siècles de vie commune à cause d’un seul souvenir malheureux. La douleur finirait par s’estomper un jour, mais les bonnes choses du passé continueraient à réchauffer son cœur jusqu’à la fin de ses jours, et ça, ça n’avait pas de prix.
Elizia quant à lui, refusait son offre car les derniers mois passés faisaient désormais partie de celui qu‘il était devenu. Sa vie toute entière en avait été transformée. Florent, cet enfant, et même son propre corps. Rien ne serait plus jamais pareil. Son amant et lui avaient vécu des tribulations, mais ils les avaient affrontées ensemble, ils avaient montré un front uni et cela avait renforcé leur amour mieux qu’aucune autre épreuve n’aurait su le faire, leur apportant en prime, un cadeau qu’ils n’auraient jamais pu espérer avoir : un enfant de leur sang.
- Paélia, merci mais nous refusons. Ton offre est généreuse, mais nous tenons à nous souvenir de ce que nous avons vécu, de qui nous sommes devenus, de ce que nous sommes capables de faire et de ce qu’on nous a pris. Tout cela nous a façonné et fait désormais partie de nous. Chacun d’entre nous fait partie de l’autre dorénavant. Nous formons un tout, et je ne tiens pas à en supprimer le moindre morceau.
Tous acquiescèrent d’un geste imperceptible et la Gardienne s’abstint d’insister.

Quelques heures plus tard, Belzébuth et sa mère finirent par ouvrir un portail donnant sur leur antre. Sur un dernier adieu, la Reine et son fils s’engouffrèrent en rapatriant Alouqua à leur suite, de grosses larmes inondant toujours leurs joues.
Tessa quant à elle, s’arracha difficilement à la dépouille de son défunt compagnon de vie. D’un coup de patte, elle réduisit la carcasse en poussière, puis fit volte-face, fixant sur Elizia son regard d’un rouge rubis flamboyant.
- Petit homme… Florent et toi allez-vous bien?
A demi surpris qu’elle pense à s’adresser à lui à un moment pareil, le jeune homme mit un certain temps à répondre.
- Je pense que oui Tessa. Je te retourne la question : vas-tu bien?
Elle émit un son de gorge à mi-chemin entre le grondement et le miaulement.
- Je pleure la perte d’un être cher, et je te jalouse d’avoir échappé à ce sort. Prend soin de cette chance petit homme. Ne te sens pas permis de la négliger ou de la prendre pour acquise, ou je reviendrai te rappeler à quel point c’est inexact.
Elizia aurait facilement pu s’offusquer de la menace, mais il comprenait sa peine. La Songeuse souffrait et l’injustice la rendait simplement folle de rage. Il estimait donc normal qu’elle se venge sur lui qui ne souffrait pas autant qu’elle.
- C’est bien compris, je la chérirais. Tu as ma parole.
- Bien. Alors adieu.
- Adieu mon amie.
Et sur ces dernières paroles, Tessalimarya Dael’Bassem et Songeuse de rêves, s’en fut rejoindre le monde des chimères, la tête haute.

Après que Paélia a effacé puis remplacé les derniers évènements des mémoires des humains survivants, les ai renvoyé chez eux, et ait enseveli la prison et ses portails démoniaques plusieurs kilomètres sous la mer déchainée, elle s’occupa de soigner Florent au mieux puis de le ramener, ainsi qu’Elizia, chez eux, sur la terre des Von Waldorf.
- Elizia, Florent, ma tâche est terminée. Vous avez été vaillants et courageux. Il m’est arrivée de vous juger durement, mais vous avez toujours eut à cœur de me prouver que vous étiez bons. Il se trouve parfois que j’ai tord.
Enlacés, les deux jeunes hommes se serraient l’un contre l’autre pour tenir leur enfant au chaud. Ils portaient des vêtements épais, mais le vent du nord dans cette région avait toujours été frigorifique et vicieux.
- C’est surtout grâce à toi que nous avons réussi. Sans tes pouvoirs et ton savoir nous n’aurions jamais pu réussir à arrêter ce démon ni à nous en libérer. Alors merci.
Le vent la traversant sans lui faire aucun effet, Paélia se sentit malgré elle, touchée par la déclaration d’Elizia. Ne sachant trop comment les quitter, elle posa les yeux sur le petit enfant qui la scrutait de son regard intelligent, tout emmailloté dans ses couvertures.
- Lui as-tu donné un nom?
Elizia jeta un regard tendre à son fils.
- Je comptais l’appeler Zéphir.
Songeuse, elle hocha la tête.
- C’est un nom puissant. Tout comme les pouvoirs qui se révèleront dans quelques années.
Sur son bras, Elie sentit se resserrer les doigts de Florent.
- N’y a-t-il pas un moyen de faire en sorte que cela ne se fasse pas?
La Gardienne fronça les sourcils.
- Tu souhaites lui retirer ses pouvoirs?
- Pour son propre bien, oui. La nature de Zéphir est à moitié démoniaque. Qui sait ce dont il pourrait être capable en grandissant? Elie et moi ne seront pas de taille à l’élever si nous lui laissons ces capacités inconnues. Nous ne sommes que des humains, et nous serons incapables de lui enseigner comment s’en servir! De plus, nous vivons dans un monde sans magie, comment ferions-nous pour le cacher? Les gens ne comprendraient pas ce qu’il est, ce que nous avons vécu. Ils nous prendraient pour des fous, ou pour des adeptes de la magie noire, et nous serions obligés de le brimer, de l’empêcher de se servir de ses dons. Il finirait par nous détester, pire même, par se détester lui-même. Alors oui, Paélia, je veux que vous supprimiez ses pouvoirs. Il ne mérite pas un tel fardeau.
Pensive, la Gardienne resta silencieuse quelques minutes. Puis avec un grand soupir, elle acquiesça.
- Très bien. Tes arguments sont valables. Donnez-moi l’enfant.
Dans ses bras de déesse, le petit paquet qu’était Zéphir sembla encore plus minuscule. Etant placé contre un corps étranger, Elie craignit un instant que l’enfant ne se mette à pleurer, mais heureusement le petit resta silencieux.
Psalmodiant des paroles anciennes, Paélia passa une grande main brillante sur le front, les joues, les tempes et le coeur du petit garçon. Attiré par sa lumière, celui-ci s’agita, tendant les mains pour essayer d’attraper ce qui luisait autant. Tant d’avidité fit sourire ses pères.
Quelques secondes s’écoulèrent encore, puis l’entité de lumière leur rendit l’enfant.
- Voilà. Zéphir est désormais humain, du moins sur le plan strictement physique. Je ne garantit rien concernant ses futurs aspirations ou traits de caractère. Il pourrait tout aussi bien tenir de l’humain que du démon pour ces choses-là.
Florent borda le nourrisson avec un sourire.
- Le temps nous le dira. Merci encore Grande Gardienne.
Elle inclina élégamment la tête, et entama sa lente ascension vers le Ciel.
- Je vous offre un dernier présent. Florent, je n’ai pu te rendre la vue car ce sortilège démoniaque empêche mes pouvoirs d’agir. Mais je t’accorde le don de double vue, ainsi pourras-tu toujours voir l’aura de ton enfant, ainsi que les dangers qui le guettent. Sert-en à bon escient, c’est un don aussi dangereux que bienfaisant. Soyez toujours unis durant l’épreuve, car il se peut qu’un jour, je vienne vérifier que vous l’avez été. Adieu petits hommes. Adieu…
Et dans un éclair de lumière, elle disparut de leur vue.

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I
Merci pour cette fin. Je vais vite lire l'épilogue.
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N
Je viens de massacrer une boite entière de mouchoirs TT très belle fin assez surprenante par certains aspect =) merci pour cette très belle histoire et bravo pour l'avoir écrite jusqu'au bout ça n'a pas du être facile tout les jours, tu peut être fière de ce que tu as accomplis ma belle !
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