Ouvrant les yeux sur le plafond défraichit de sa chambre, Jebediah émergea brusquement d'un sommeil agité. Entortillé dans les couvertures, c'est un peu perdu dans son propre lit qu'il se retourna pour saisir son réveil.
Trois heures cinquante-neuf du matin.
Excédé, il repoussa d'un geste l'amas de tissus de qui recouvrait son corps nu et se dirigea vers la salle de bains.
Ses rétines hurlèrent d'indignation lorsqu'il y alluma la lumière, mais il n'y fit pas attention.
De petites dimensions, la salle d'eau ne contenait que trois composants : un lavabo, une cabine de douche et des toilettes. Le strict nécessaire en somme.
Dans le miroir surplombant la vasque, Jebediah vit luire un éclat inquiétant au fond de ses yeux extraordinaires. D'un savoureux noisette tirant sur le rouge, ses pupilles reflétaient à l'envie les couleurs de l'automne. Tour à tour brunes, ocres, dorées ou carrément orangées, selon son humeur, elles possédaient toujours cette nuance de bronze unique qui fascinait tant les femmes et faisait ciller les hommes.
Mais qu'il détestait par-dessus tout.
Ses yeux étaient des abominations. Un châtiment mérité qu'il avait obtenu pour ses crimes, mais qu'il peinait de plus en plus à supporter.
Etouffant ses réminiscences d'un grognement, Jebediah fourra sa brosse à dent couverte de dentifrice dans sa bouche aux lèvres fermes et perpétuellement pincées en un rictus méprisant. Le reste de son corps subit ensuite un nettoyage règle lorsqu'il passa sous le pommeau rouillé de la douche. Le geste énergique, il savonna l'ensemble de son corps musclé et piqueté de tatouages, tout en ignorant l'érection matinale qui se dressait contre son ventre.
Son visage couturé de cicatrices eut droit au même traitement si peu délicat, puis il coupa l'eau et saisit une serviette pour se sécher.
Le carré d'éponge sentait le moisi, comme tout le reste de son appartement, mais il s'en moquait. Cette fragrance légèrement déplaisante n'était rien en comparaison à ce qu'il avait déjà pu humer par le passé.
Il en avait vu d'autres.
Couvert de mousse et de gouttelettes d'eau, le rasoir jetable courut sur sa peau rosie par la chaleur, débarrassant ses joues d'une bonne partie de sa pilosité rousse en un seul passage. D'un geste adroit et rapide, Jebediah repassa l'outil de rasage encore deux fois sous son menton et sa lèvre supérieure, puis il le jeta dans le vieux seau cabossé qui lui servait de poubelle près des toilettes.
Reprenant sa serviette, il essuya de son visage les dernières traces de mousse, puis retourna dans sa chambre pour s'habiller.