- Lâchez-moi ! Espèce de monstre ! Lâchez-moi ! Ne me touchez pas!
Fou de colère et d’horreur, Elizia se débattit aussi violemment qu’il le put lorsque le Maître l’attira d’une main d’acier vers le lit. Au fur et à mesure de son avancée, le jeune homme redoublait d’efforts pour se libérer, mais c‘est à peine s’il gagna quelques millimètres. L’emprise sur son bras était trop solide. Se défaire d’elle était impossible.
- Que voilà d’intéressantes pensées… Continue comme ça, et il y aura peut-être des chances que tu comprennes enfin toute l’étendue de ta situation...
Puis d’un mouvement puissant et rapide, il l’envoya bouler sur le lit avec une force et une facilité qui n’avaient rien d’humain.
Haletant de colère et d’incompréhension, Elizia atterrit brutalement sur les draps et heurta de plein fouet la montagne de coussins qui s’y trouvait. Le choc fut violent mais ne l’étourdit cependant pas assez pour lui faire oublier son désir de fuir. Les bras repliés sous lui et les muscles bandés, son corps en sueur se contracta pour bondir hors du lit. Mais alors qu’il allait sauter, la poigne implacable et décidée du Maître s’abattit sur ses jambes et les immobilisa fermement contre l’amas de soie.
- Où crois-tu aller comme cela?
Tout en gloussant d’amusement, le Maître ramena le jeune homme au milieu du matelas d’un geste sec, et lia ses membres aux montants de l’immense couche.
- Lâchez-moi !
Un tourbillon de rage et d’aversion assaillait Elizia depuis le font de ses entrailles, si violent et dévastateur qu’il lui contractait l’estomac et lui donnait la nausée. Au fond de ses profonds yeux noirs, des éclairs brillant d’un éclat meurtrier foudroyaient celui qui le surplombait avec arrogance, tandis qu’il retenait difficilement les haut-le-cœur que lui inspiraient son visage désormais à découvert.
- Espèce de monstre…Comment… Comment pouvez-vous posséder son visage! Que lui avez-vous fait ? Qu’avez-vous fait à mon père!
Debout près du lit, et fredonnant comme si l’apostrophe assassine ne lui était pas adressée, le Maître se déshabilla lentement, retirant ses gants, sa chemise, et son pantalon avec la nonchalance de celui qui sait qu’il maitrise la situation, révélant avec la plus grande des tranquillités, la perfection sculpturale de son corps nu raidit par l’excitation.
- Une autre chose à savoir Von Waldorf : je ne supporte pas les insultes. Je ne suis certes pas humain, mais je ne suis pas un monstre. Enfin…pas selon ta conception de la chose.
Puis jetant un à un les tissus au sol, il s’avança vers le lit d’une démarche ondulante et répandit ses charmes sensuels à travers la pièce, afin d’exciter le baron qui sentit, malgré lui, poindre en son bas-ventre un désir croissant.
- Vous avez parlé d’un enfant, un héritier. Qu’est-ce que…
- Chut… Tu vas trop vite. Laisse cela pour plus tard. D’abord nous allons unir nos corps, et ensuite seulement nos aborderons les sujets qui fâchent.
Réduit à l’impuissance par les liens qui le maintenaient allongé bras et jambes écartés à l‘extrême, Elizia était incapable d’esquisser le moindre mouvement de fuite. Cette position offerte donnait accès à tous les endroits de son corps et encourageait toutes les audaces qu’un déséquilibré pourrait oser éprouver. Pareille humiliation dépassait en force toutes celles qu’il avait endurées depuis son arrivée dans ce château, et il se sentit tout d’un coup l’âme d’un meurtrier en puissance. S’il ne s’était pas retrouvé attaché, Elizia se serait jeté sur l’être immonde qui l’emprisonnait pour lui tordre le cou!
- Oh que non Elie. Même si tu n’avais pas été attaché, tu n’aurais pas pu me tordre le cou… Maintenant sois bien sage. J’ai du temps à rattraper.
Ses mains, nues et brûlantes, glissèrent le long de son corps en une caresse aérienne - à peine un frôlement -, puis s’enfouirent avec voracité sous la tunique, la déchirant en deux, réduisant le délicat tissu en lambeaux.
- Mmmh…Vraiment magnifique. Ton corps est devenu celui d’un homme…Que c’est appréciable. La dernière fois que j’ai eu le plaisir de l’admirer, tu sortais à peine de la puberté.
Ce contact non désiré fit frémir Elizia autant de dégoût que de plaisir. Il se tortilla autant qu’il le put pour tenter d’y échapper.
- De quoi, diable, parlez-vous? Vous et moi ne nous sommes jamais rencontrés ailleurs qu’ici. Vous ne pouvez pas… Non! Ne me touchez pas !
Il esquissa un geste violent du buste pour échapper aux caresses qui se dirigeaient vers ses hanches.
- Je vous interdis de me toucher, vous m’entendez ? Vous n‘avez pas le droit !
Les yeux fixés sur le corps qui s’étendait sous lui, le Maître darda la langue en ricanant doucement. Puis penché sur le torse mis à nu, il s’en servit pour en titiller longuement une pointe - qui se dressa sous la caresse humide -, pendant qu’il faisait durcir l’autre sous les pincements insistants de ses doigts froids.
- J’ai tous les droits sur toi mon cher. Tu m’appartiens depuis que ton père et moi avons passé un accord, il y a bien des années avant ta naissance.
- Non ! C’est impossible. Jamais…Jamais il n’aurait fait une chose pareille!
Amusé par sa loyauté aveugle, le Maître eut un sourire condescendant.
- Oh que si mon petit. Il l’a fait, et son empressement a été manifeste. Ton pauvre père était avant tout un homme cupide, avide et égoïste, qui nourrissait une kyrielle de rêves glorieux, mais ne possédait pas le cran nécessaire à leur réalisation. Cette misérable faiblesse l’a fait prendre la voie de la facilité : faire usage de magie noire pour m’invoquer et pactiser avec moi. Le prix qu’il a négocié pour obtenir de moi, renommée, terres et richesses ? Son corps, ainsi que celui du premier enfant qui naitrait de lui. Voici pourquoi tu es à moi, corps et âme, et ce, depuis avant même ta conception. L’air que tu respires, l’eau que tu bois, la nourriture que tu manges, les vêtements que tu portes… Tout a été fait dans un seul et unique but : t’élever, et te rendre fort, afin que plus tard, tu puisses m’appartenir et me servir.
Un éclat de lumière joua dans ses prunelles bleutées lorsqu’il leva un sourcil moqueur.
- Mais il ne t’en a jamais parlé n’est-ce pas? Evidemment que non. Jouer le beau rôle était bien plus agréable que de révéler la vérité. Dans sa lâcheté, ton cher papa n’a pas osé t’avouer sa plus grand honte, sa plus belle infamie ! Auquel cas, tu ne m’aurais pas rejeté de ta couche la nuit de tes seize ans. Bien au contraire. S’il l’avait fait, tu m’aurais accepté à bras ouverts !
Pendant un long moment, leurs regards s’affrontèrent et le jeune homme sentit malgré lui, sa colère faiblir de quelques menus degrés. Sourde et lancinante, sa nouvelle compagne rugissait toujours entre ses côtes, menaçant de le faire hurler. Cependant, quelque part ailleurs, dans une autre partie profondément enfouie de son âme, la perspective que ces révélations puissent être vraies commença à se frayer un chemin en lui, teintant sa rage de méfiance.
Se pouvait-il que ce qu’il dise soit vrai ?
L’espace d’un instant, le doute et la crainte le submergèrent, le déstabilisant suffisamment pour qu’il baisse sa garde et relègue sa colère au second plan. Puis il se souvint très exactement des raisons pour lesquelles il se trouvait en ces lieux, et sa haine et sa fierté reprirent le dessus, marquant sa bouche d’un pli méprisant.
- Vous êtes infâme et ne savez rien faire d’autre que mentir ! En réalité, vous n’avez plus aucun autre tour de passe-passe planqué dans vos manches et ne savez plus quoi faire pour m’effrayer ou me dominer, alors vous avez décidé de jouer la carte du pacte familial pour me faire perdre le sens des réalités et me rendre aussi docile qu’un animal ! Mais vous vous trompez sur mon compte. C’est vrai, je crois à votre histoire d’Eléments et de commencement du Monde, mais il est hors de question que je tombe dans le spiritisme diabolique! Vous êtes un menteur, Monsieur. Un menteur ! Vous n’avez et ne savez strictement rien à propos de mon père, alors ne… Mais qu’est-ce que… Non !
Les mains qui, pendant ce temps, caressaient lentement son ventre offert, se crispèrent en de longues serres sur sa peau et s’y enfoncèrent brutalement. Le pouvoir qui s’infiltra dans son corps fusa directement jusqu’à la partie de son cerveau qui abritait ses souvenirs et s’y enfouit. Profondément enfoncées dans sa mémoire, les mains psychiques fouillèrent, et remuèrent, explorèrent et furetèrent longuement, avant de parvenir à extirper, puis à stimuler le bien convoité. Elizia qui, auparavant, ne voyait pas de quoi parlait le Maître, fut subitement plongé dans une réminiscence bien précise et si profondément ensevelie dans sa mémoire, que la quantité d’énergie nécessaire qu’il avait usée pour l’y oublier l’étonna lui-même.
Première nuit de Novembre. Il venait tout juste de célébrer ses seize ans. Au dehors la neige et le vent faisaient rage, tandis que l’obscurité recouvrait les terres du domaine. Son père l’ayant autorisé à veiller jusqu’à minuit pour l’occasion, Elizia avait profité de chaque minute jusqu’à l’heure fatidique. Puis la cloche de l’immense horloge du salon avait retentit douze fois, et les festivités s’étaient terminées. Il lui avait fallu monter se coucher, et contenir en lui toute l’agitation que son nouveau statut lui conférait. Mais il l’avait fait, et non sans une certaine fierté : il était devenu un homme, et il allait veiller à se comporter en tant que tel !
L’excitation et euphorie le tinrent longtemps éveillé sous ses couvertures avant qu’il parvienne enfin à s’assoupir. Il dormait profondément depuis quelques heures lorsqu’une sensation étrange – celle de quelque chose en train de se glisser près de lui sous ses draps, de lui murmurer des choses effrayantes à l’oreille, et de le caresser doucement sous ses vêtements – le réveilla en sursaut. Croyant d’abord qu’il s’agissait d’un cauchemar, il ne réagit pas tout de suite. Mais à l’instant même où il constata qu’il ne rêvait pas, et que ses ressentis étaient réels, son âme inexpérimentée et superstitieuse céda à la peur et le poussa à quitter sa chambre à toute vitesse. Par la suite, plus traumatisé par les évènements que honteux de sa lâcheté, il n’avait plus jamais sommeillé sans qu’une bougie n’éclaire l’obscurité de sa chambre.
- C’était vous.
Le corps aussi raide et tendu que la corde d’un arc, Elizia déglutit péniblement.
- La présence qui m’a effrayé. C’était vous. Depuis le début.
Le Maître eut un petit sourire suffisant.
- Une de mes projections astrales, pour être exact. Mais oui, c’était moi. Me fuir fut une grande erreur Elie. Cela n’a fait qu’aggraver la faim que j’avais déjà de toi à cette époque. Bien sûr, j’avais Adonis pour pallier à l’attente, mais il n’était qu’un pis-aller en attendant de te posséder enfin. Tu évolues dans la nature depuis bien trop longtemps mon ami, il est temps que tu remplisses ton rôle à présent.
Soudainement pris de panique et toute colère enfuie, Elizia se crispa sur le bois du lit et chercha fébrilement un nouveau moyen de s’enfuir. Mais il avait beau réfléchir, la conclusion était toujours la même : les liens autour de ses membres étaient trop serrés, et le poids du corps de son geôlier sur le sien trop important.
- Non!
Les légers pincements que les mains du Maître exerçaient auparavant sur ses tétons n’étaient plus des caresses, mais s’étaient muées en de violentes pressions, qui lui donnaient l’impression qu’ils allaient lui être arrachés.
Le Maître siffla entre ses dents.
- Oh que si, Elie. Et tu vas être bien sage.
- Plutôt mourir ! Espèce de….Non ! Non…
Avide et goulue, la bouche du Maître engloutit son sexe sans prévenir, et presque instantanément, Elizia sentit disparaitre toute envie de protester ou de se débattre.
Désormais sans force sur les draps, le baron se laissa engourdir par le parfum entêtant de l’encens et la fumée des bougies qui amplifiaient toujours plus sa sensibilité et son désir, le transportant dans un monde de coton si agréable et grisant que, lorsque la langue agile et taquine du Maître glissa lascivement sur toute la longueur de son membre turgescent - s’enroulant et tournant encore et encore autour de son gland rosé, pour le lécher et le sucer avec gourmandise - puis que ses lèvres se resserrèrent pour avoir une meilleure prise et l’aspirer plus fort encore, il n’eut pas d’autre réaction que celle de gémir et de frissonner. Son esprit de plus en plus léthargique ne parvenait pas à recouvrer sa clarté originelle, et sa respiration se faisait de plus en plus laborieuse. Une fine pellicule de sueur commençait à poindre sur sa peau comme la rosée du matin sur de l’herbe fraiche, criant témoignant de son excitation qui, à son plus grand dam, prenait autant d‘ampleur que la longueur de son sexe en érection.
Les yeux humides de honte, Elizia articula difficilement d’une voix pâteuse.
- Si…S’il vous plait…M-Maître…Je vous en supplie…A…Arrêtez…Non!
Comme pour le provoquer, la main qui tenait la base de son sexe glissa subitement vers l’arrière de son corps et pris en coupe ses testicules gonflés et offerts pour les caresser fermement de sa paume. La seconde, encore inactive, se positionna précisément sur le léger renflement de l’entrée, entre ses fesses, et y effectua de petits cercles de plus en plus appuyés et ciblés, y insérant d’abord un doigt, puis un second, agrandissant progressivement l’ouverture serrée et récalcitrante.
Ce double contact inattendu et forcé provoqua un éboulement sismique au creux du corps d’Elizia.
Sous le choc du plaisir qui le submergeait, son regard voilé disparut subitement derrière ses paupières et un hoquet de désir s’échappa d’entre ses lèvres humides.
Ses yeux de glace fixés à ceux d’ébène, le Maître resserra alors encore davantage les lèvres et débuta une longue série de va-et-vient énergiques et rapides, ponctués de succions et rythmés par les mouvements de ses doigts qui, plus bas, se frayaient un chemin au fond du corps de sa victime.
Une chaleur d’enfer régnait en maître dans la bouche du Maître, et l’éclair de plaisir que provoqua ce soudain changement de cadence fut si foudroyant et puissant à la fois, que les gémissements d’extase qu’Elizia était parvenu à retenir si longtemps, s’échappèrent dans une longue complainte déchirante. Son corps, torturé par un incommensurable besoin de jouir, était parcouru de tremblements de plus en plus visibles et se recourbait violemment au-dessus des draps, tel un arc bandé. Son esprit affaiblit, tout comme sa résistance défaillante, partaient à la dérive, et menaçaient de céder au plaisir que les lèvres impitoyables lui faisaient miroiter.
Ce ne fut qu’en apercevant la lueur moqueuse dans les yeux de son tortionnaire, qu’il sut que celui-ci lisait ses pensées avec délectation depuis le début de leurs ébats, qu’il connaissait chacun de ses ressentis, et qu’en conséquences, il s’appliquait à les stimuler de manière très calculée.
C’est pourquoi il ne vit pas venir l’orgasme qui lui tomba dessus.
Brutale, impitoyable et dévastatrice, la jouissance s’imposa à lui comme une avalanche, et balaya puissamment tout ce qui lui restait de volonté, réduisant les vestiges de sa résistance à néant. Sa volupté éclata alors dans un puissant grognement d’animal en rut, tandis que sa semence brûlante échouait entre les lèvres du Maître et lui coulait sur le menton.
- Mmmh…Tu es délicieux.
Ce murmure de contentement retentit vaguement aux oreilles bourdonnantes d’Elizia, mais encore trop ivre et pantelant de plaisir pour y faire attention, c’est à peine s’il en comprit le sens. Voguant quelque part entre inconscience et félicité, il n’eut pas la force d’esquisser le moindre geste lorsque les liens qui maintenaient ses bras et ses jambes se défirent, et que deux mains habiles saisirent sa taille pour le retourner sur le ventre.
- Tu es vraiment magnifique….
D’abord insensible aux compliments et aux caresses qui flattaient la rondeur de ses fesses, Elizia n’eut aucune réaction. Mais lorsque les doigts en lui se retirèrent, et laissèrent la place à quelque chose de chaud, de dur et d’incroyablement long, qui se frotta tout contre son intimité vierge en cherchant à y entrer, l’épais brouillard qui amollissait son esprit s’évapora d’un seul coup, laissant à nouveau régner sa lucidité. Sursautant d’effroi, il se recroquevilla péniblement sur lui-même et entoura son corps de ses bras, usant d’eux comme d’un bouclier. Il se sentait si faible, si faible… Même avec toute l’étendue de sa volonté, il n’aurait rien put tenter d’autre.
- Laissez-moi, par pitié…
Agacé, le Maître claqua de la langue.
- Il suffit ! Ne fais pas l’enfant ou je serai forcé de sévir!
Ne se souciant pas le moins du monde de la supplique, le Maître étendit à nouveau le jeune homme sur le ventre et attira ses hanches vers l’arrière de façon à ce qu’Elizia se retrouve à quatre pattes. Puis il inséra de nouveau un doigt préalablement mouillé entre ses fesses, arrachant au jeune homme, un hoquet consterné qui le fit glousser.
- Quelle jolie fleur… Personne ne t’a encore jamais touché ici, n’est-ce pas, Elie? Evidemment que non, toi tu es l’homme, c’est toi qui domine. Ce genre de traitement, tu préfères le réserver à ton écuyer, ce cher amant qui donnerait sa vie pour toi s’il le fallait…. Comme c’est charmant.
Faire allusion à Florent dans un moment pareil fut, pour Elizia, l’équivalent d’une épée plantée en plein cœur. Déchiré par la souffrance qui lui transperçait la poitrine, il s’interdit de laisser couler les larmes de rage, de honte et de tristesse qui lui brûlaient les yeux et menaçaient de déborder d’entre ses paupières closes. Il se refusait à faire d’avantage preuve de faiblesse devant cet être qu’il commençait à haïr plus que tout au monde.
Au-dessus de lui, le Maître gloussa à nouveau.
- Quel sens de la dignité!
Le doigt qui le titillait poussa alors plus fort et le pénétra aussi profondément que cette position le lui permettait. Ferme et humide, il s’enfonça vivement puis ressortit tout aussi vite. Un deuxième et puis un troisième doigt succédèrent au premier, élargissant l’orifice en de rapides va-et-vient qui, pour Elizia, furent à la fois une source de plaisir, de souffrance et d’humiliation des plus écœurantes. Et ce, principalement pour une raison : ce que lui infligeait le Maître était une version odieusement pervertie des attouchements que lui-même dispensait à Florent lorsqu’ils faisaient l’amour.
Des caresses qui, de son point de vue, avaient toujours été douces, affectueuses et bien accueillies par son amant, car prodiguées par amour et surtout par désir de le satisfaire. Mais à présent qu‘il était à sa place, allongé sous un autre homme et soumis à son bon vouloir, Elizia se demanda avec angoisse si son amant avait déjà vécu ces intrusions en lui comme une souffrance, plutôt que comme une union, un acte d’amour. Torturé par cette soudaine prise de conscience, il se demanda s’il en avait un jour éprouvé du plaisir ou s’il en avait toujours souffert sans le lui dire, s’il avait accepté de lui être soumis parce qu’il le désirait vraiment ou uniquement à cause de sa position de serviteur qui ne lui laissait jamais beaucoup de choix…
Ces questions tourbillonnantes en amenèrent d’ailleurs une autre, plus essentielle et cruelle, qui entailla la chair de son âme plus profondément que n’aurait pu le faire une lame : cet être qu’il aimait plus que tout, et pour lequel il vendrait son corps et son âme s’il le lui demandait, l’aimait-il vraiment ? Ou était-ce une façade, un rôle qu’il endossait pour mieux servir son maître ?
Cette perspective lui fit si mal, qu’elle faillit le briser. Cet homme qui le tourmentait faisait trembler les fondations de toutes ses certitudes. A présent, il ne savait plus qui croire, et il doutait de tout.
Soudain dégoûté de lui-même, Elizia perdit à la fois son courage et son envie de combattre. Peut-être était-il un monstre après tout ? Si tel était le cas, ne méritait-il pas ce qui lui arrivait ?
Prostré comme un malheureux au milieu des draps, il frissonna lorsqu’un doux murmure glissa sur sa peau nue.
- La capitulation ne déculpabilise pas Elizia. Te punir – si c’est bien le but de tout ce mélodrame inutile – ne changera strictement rien au fait suivant : ton amant, en plus d’être ton serviteur, est le plus faible de vous deux, sa position de dominé est donc naturelle. Pourquoi la remettre en question ?
Elizia préférait ne rien répondre. Il ne faisait pas assez confiance à sa voix pour masquer la peine qui l’habitait.
- Aucune contestation ? Non, naturellement… C’est tellement plus commode de jouer les martyrs, de croire que tu as fait souffrir cette pauvre chose pendant des années… Tu es si pitoyable et prévisible mon pauvre Elizia… C’en deviendrait presque pathétique …
Les doigts qui travaillaient son corps depuis de longues minutes, se retirèrent alors et laissèrent la place au membre imposant du Maître, qui glissa lentement le long de sa raie offerte jusqu’à son entrée pour s’y frotter doucement. Ce contact intime – et encore très inhabituel pour le jeune homme – fit réagir son corps de manière si positive à la perspective d’être pénétré qu’il en fut sidéré. Comment son cœur pouvait-il tout d’un coup battre la chamade, son anus se contracter en de vigoureux spasmes qui couvraient sa peau de frissons, et son pénis se durcir presque instantanément, alors que son esprit et son âme n’avaient qu’un seul désir : exprimer leur douleur dans un cri qui déchirerait le ciel ?
Sa réaction, illogique et contradictoire, le dégoûta, et le révolta tellement que ses poings se crispèrent de rage sur les draps.
Le Maître murmura, les yeux mi-clos :
- Si humain dans sa misère, et si unique dans sa fierté… Tu n’es qu’une pauvre chose Elizia. Se fustiger pour ces bagatelles ne sert à rien. Accepte le fait que tu me désires. Je le sais et tu le sais, alors pourquoi lutter ? Le désir est ce qui nous définit tous autant que nous sommes. C’est la fatalité, c’est ainsi que fonctionne le monde et tu ne peux pas y échapper. Tu ne peux plus y échapper. Car tu es à moi, et tu m’appartiens.
Puis avant qu’Elizia ne puisse rétorquer quoi que ce soit, le Maître poussa fermement son membre sur son intimité et le pénétra d’un mouvement fluide et inaltérable. Profondément.
La bouche ouverte en un « O » choqué, le baron perdit peu à peu sa capacité à produire le moindre son. Ce qui tentait de pénétrer en lui, en écartant les chairs de cet endroit si étroit de son corps avec assurance, était si gros, si imposant, qu’il n’était pas certain d’en mesurer toute la dimension.
A cause de son étroitesse, Elie se prit à espérer que la tentative échoue et soit finalement abandonnée. Mais au moment précis où cette aspiration vit le jour, le Maître commença à forcer réellement. Et le coup de rein qu’il lui infligea fut si douloureux, qu’il retrouva d’un coup tout ses facultés vocales. Le cri de souffrance qui franchit le barrage de ses lèvres, tel un boulet de canon, fut si puissant qu’il lui brisa la voix, et détruisit les barrières qui empêchaient ses larmes de couler. Brûlantes et amères, Elizia les sentit alors rouler et dégringoler en cascades sur ses joues tel un torrent impétueux, avant de les voir pleuvoir sous lui en gouttes cristallines et silencieuses, mouillant doucement les draps auxquels il s’agrippait avec force.
Sa voix était enrouée et lourde de sanglots, mais il s’obligea à supplier encore et encore.
- Je vous en prie…. Je vous en supplie, Maître….Retirez-vous…Par pitié…
- Chut, ne gâche pas ce si beau moment Elie….
Puis il reçut un second coup de bassin, plus puissant et décidé que le premier, qui le fit hurler à s’en arracher la gorge et agoniser de douleur face à la souffrance cuisante qui le brûlait de l’intérieur. L’immense hampe de chair du Maître était parvenue à se glisser en lui jusqu’à la garde, le transperçant si cruellement qu’elle lui donna l’impression d’être cisaillé en deux. Et alors qu’il maintenait son visage enfoncé dans les draps, le jeune baron sentit soudain quelque chose de doux et de chaud couler le long de l’intérieur de sa cuisse. Tremblant de douleur et presque de peur, il porta donc prudemment la main à sa cuisse et affronta la vue de ce qui s’y trouvait.
Du sang.
L’horreur de la chose le fit suffoquer : son corps était tellement ouvert que la fine peau à l’intérieur s’était déchirée, laissant le sang s’écouler hors de lui, ouvrant une blessure qui lui serait impossible de refermer par lui-même.
Frappé d’effroi, Elizia souhaita s’évanouir dans l’instant pour oublier. Il voulait oublier la douleur, oublier la nausée et les vertiges qui l’assaillaient, et plonger avec bonheur dans l’inconscience pour échapper à toute cette souffrance. C’est pourquoi inlassablement, il priait le Ciel pour que bientôt, sa conscience faiblisse et l’entraîne avec elle dans vapes.
Mais malheureusement, sa conscience tint bon, et le Maître ne se priva pas de le lui faire remarquer.
- Défaillir, c’est pour les lâches. N’est-ce pas mon beau ? Toi, tu ne me ferais pas cela, tu es bien trop fier et courageux... D’ailleurs, maintenant que j’y pense, j’ai presque faillit oublier de te répondre : oui, les cours que dispensent mes serviteurs sont réels – ce sont des êtres très érudits et leurs connaissances sont très édifiantes –, et me servent effectivement de couverture. Tu peux choisir de continuer, ou non, à les suivre si cela t’amuse. En ce qui me concerne, je m’en moque complètement.
Puis d’un ample et ferme mouvement de hanches, le Maître entama ses va-et-vient sans plus s’embarrasser de précautions ou de paroles. Aidé à la pénétration par le sang rependu dans l’étroit conduit - qui agissait comme un lubrifiant autour de son membre viril -, il se retira puis se renfonça totalement, de plus en plus profondément, et de plus en plus facilement, labourant, culbutant, et écartelant Elizia avec tant de force et d’emphase, qu’il lui donna l’impression d’être rempli jusque bien plus loin que le tréfonds de ses entrailles.
Ainsi ballotté de tous les côtés par les déhanchements puissants de son violeur, comme on l’aurait fait d’une vulgaire poupée, Elizia perdit soudain tout désir de lutte et se laissa envahir par la honte et le dégoût qui lui meurtrissaient l’âme et lui rongeaient le cœur. Sa situation était si minable. Si lâche… Comment pouvait-il à la fois pleurer celui qu’il aimait et se laisser besogner par celui qu’il rêvait désormais de tuer ?
Il n’était plus digne de porter son nom.
Il se haïssait.
Cette prise de conscience le fit trembler si fort et frissonner si violemment, que les mains du Maître durent resserrer leur prise sur ses hanches pour le maintenir en place, tandis que les allers-retours prenaient plus d’ampleur. Puis, comme un courant d’air venu d’une fenêtre ouverte, Elizia sentit un souffle de pouvoir s’introduire en lui et emplir son être jusqu’à prendre possession de son esprit. Effaçant la douleur et la souffrance physique – qu’il avait ressenties si profondément dans sa chair, si peu de temps auparavant –, s’estompèrent et disparurent de sa mémoire, et le projetant d’une chiquenaude psychique, dans un océan de sensations grisantes et vibrantes – causées par les violents coups de boutoir du sexe immense qui buttait toujours contre la zone si sensible au creux de son corps – qui le poussa, quelques instants plus tard, à crier de plaisir telle une putain dans un bordel.
Visiblement satisfait de lui, le Maître émit un gloussement rauque au milieu de ses râles et accéléra encore la cadence de ses va-et-vient, entrainant Elizia dans un tourbillon vertigineux. Puis d’un geste vif de sa grande main froide, il agrippa ses épaules et les tira vers l’arrière, plaquant avec force son torse glacé contre son dos brûlant, pendant que sa seconde main se refermait autour du pénis tendu qu’elle entreprit de masturber.
Soupirant d’extase comme un perdu, Elizia se surprit soudain à s’empaler de lui-même sur cet obélisque de chair palpitante, et s’immobilisa brusquement. A ce constat aussi étourdissant qu’un coup de massue, son cœur loupa un battement et de nouvelles larmes aussi amères que brûlantes, inondèrent ses joues.
Son corps choqué ne bougeait plus, chacun de ses membres s’étant aussi pétrifiés que ceux d’une statue. Mais n’ayant apparemment cure de son trouble, le Maître continua à s’agiter entre ses jambes. Et au moment précis où son sexe tapa contre ce point si sensible de son anatomie, la résistance d’Elizia vola en éclats, et l’orgasme explosa en lui, le faisant voir un bon millier d’étoiles.
Lorsqu’il retomba lourdement sur les draps et sentit son esprit s’enfoncer dans la torpeur, Elizia se laissa faire et savoura le plaisir de l’abandon. Mais presque aussitôt, le visage de Florent – celui qu’il aimait tant voir rayonner de bonheur et de joie après l’amour –, s’imposa à lui avec brutalité, et lui transperça la poitrine telle une flèche envoyée en plein cœur.
Cédant alors de nouveaux au chagrin et à la peine, Elizia murmura une prière d’une voix dénuée de force.
- S’il te plait mon amour…Pardonne-moi….