Elizia fixait toujours le Miroir, trop captivé et choqué par la scène qu’il voyait se dérouler devant lui pour s’en détourner. S’approchant lentement de lui, il toucha du bout des doigts la douce surface polie et transparente. Étrangement, elle n’était pas froide comme elle aurait dû l’être, mais tiède… Comme si elle était…vivante?
Ses doigts glissèrent jusqu’à la figure pâle et si familière de Florent, comme pour la caresser, puis se déplacèrent sur celle de l’homme qui l’enlaçait.
- Je sais qui est cet homme.
Il se retourna, plongeant son regard dans celui du Maître, le défiant de toute sa colère et de toute sa haine, pour bien lui faire comprendre qu’il ne jouait plus. Cette fois, les joueurs mettraient carte sur table.
Sa voix se fit coupante et sèche:
- Me prenez-vous pour un imbécile? Croyez-vous que je ne voie pas clair dans le petit jeu odieux que vous jouez sans arrêt? Alors quoi? Vous commenciez à vous lasser de moi, et vous vous êtes dit qu’il serait plus amusant de me torturer d’une autre manière que celle que vous utilisez habituellement, et vous avez kidnappé Florent pour le donner à votre Pantin de luxure! Vous êtes immonde! Me briser psychologiquement n’était pas assez pour vous? Il vous fallait en plus me briser le cœur?
Le Maître continuait de l’observer, sa dague toujours à la main, un sourire ignoble sur les lèvres.
- Ce n’était pas prémédité. Je comptais, en effet, me servir de ton amant pour te faire plier à mes désirs, mais…ils s’en sont occupé mieux que moi, on dirait. De toute façon, tu n’as plus d’autre choix à présent, Elie. Te donner à moi est la seule chose sensée qu’il te reste à faire puisque désormais, tu n’as plus d’amant.
Ces mots furent ce qui fit déborder le vase, déjà rempli à ras-bord.
Dégoûté, blessé, et à bout de nerfs, Elizia vit rouge et fit la seule qu’il s’était juré de ne pas faire, et qu’il savait ne pas devoir faire : se jeter sur l‘origine de tous ses malheurs, toutes griffes dehors.
Il n’en pouvait plus de toute cette histoire, il était à bout.
La colère et le chagrin l’étouffaient, creusaient un puits béant de souffrance aux creux de sa poitrine, une blessure douloureuse qui ne cessait de s’approfondir au fur et à mesure qu’il prenait conscience de la situation : Florent était désormais prisonnier de l’emprise du Pantin de luxure qui allait se faire un plaisir de lui faire oublier son existence et l’amour qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre. Et le pire, c’est qu’il ne pouvait rien faire pour l‘en empêcher.
Elizia n’avait plus rien à quoi se raccrocher, plus de raison de se battre ni de se défendre. Alors à quoi servait-il de lutter pour une cause déjà perdue d’avance?
Éperdu de douleur, il frappa.
Il frappa pour laisser libre-cours à la colère dévastatrice qui l‘animait. Il le fit encore et encore pour oublier cette image de trahison et pour se libérer de la déception qui lui lacérait les tripes et qui martelait en lui : « mais pourquoi Florent s’était laissé faire si facilement? ».
Ses hurlements de haine se mêlaient à ses sanglots que des larmes n’inondaient pas, et désertés par elles ses yeux restaient secs, car ce n’était que la colère qui le guidait.
Alors il se jura de ne jamais plus montrer de signes de faiblesse quels qu‘ils soient. Plus rien ni personne ne le ferait plus pleurer.
- As-tu terminé de saccager mes coussins? J’ai beau être un démon, j’accorde tout de même de l’importance à ce qui m’appartient, même si ce n’est que matériel!
Tantôt aveuglé par sa propre douleur et ses pulsions meurtrières, il n’avait pas réalisé que ce sur quoi il se déchainait n’était pas le Maître, mais des coussins de satin.
Il interrompit sa débâcle furieuse, et l’air hagard, et le souffle court, il se senti ridicule. Comment n’avait-il pas remarqué que le Maître l’avait esquivé?
Dénué de toute force, Elizia se laissa tomber sur les oreillers, le regard et l’esprit vides.
Il avait du mal à croire qu’il se soit réellement dérobé. Avait-il donc si eu peu envie de sa battre qu’il avait sciemment évité un combat qui aurait aisément tourné en sa faveur?
Tout cela était étrange, mais ses réflexions s’interrompirent lorsqu’il senti une présence s’approcher de lui, mais il préféra fermer les yeux pour ne pas avoir à affronter le regard de glace.
Il soupira de lassitude, puis grimaça lorsque l’air pénétra dans ses poumons en feu. Seigneur, comme son cœur lui était douloureux!
- Je vous déteste.
Son ton était calme, mais empreint de lassitude.
- Oui, je le sais. Mais ce que tu ressens n’a pas d’importance, ce qui compte c’est de savoir si oui ou non tu vas signer ce pacte, et j‘apprécierais que tu te dépêche. Je m’impatiente.
Un élan de profond agacement embrasa tout le corps du jeune homme en un temps record, et les mots franchirent ses lèvres avant même d’avoir pu les retenir.
- JE ME FOUS DE CE QUE VOUS VOULEZ! J’EN AI ASSEZ DE VOUS ET DE VOS EXIGENCES! JE SUIS A BOUT! FICHEZ-MOI LA PAIX!
Le silence qui succéda à ses mots fut si froid et lourd de menace qu’il se tassa, malgré lui, sur le sofa.
Il savait qu’il n’aurait pas dû dire ça, mais sa colère n’était pas calmée, et son cœur, autant que son âme, criaient vengeance pour son amour désormais perdu.
- Mmmh, tu demandes réparation hein? Vois-tu, c’est tout à fait le genre de pensées qui me donne une envie folle de te faire du mal mon petit Elie.
- Laissez-moi tranquille…
- Sûrement pas.
En un clin d’œil, Elizia se trouva une fois de plus propulsé sur le lit avec force. Il fut ensuite écrasé par le poids du démon qui lui immobilisa immédiatement les bras et les jambes dans une poigne de fer, ne lui laissant aucune porte de sortie.
Une langue brûlante lui caressa la gorge pendant que sa pomme d’Adam se faisait doucement mordiller par des dents en réalité plus pointues qu’elles n’y paraissaient.
Elizia haletait. Il savait très bien ce qui allait se passer, et ne voulait surtout pas que ça recommence.
Il savait qu’il n’y survivrait pas.
- D-d ’accord, je vais le signer ce contrat! Alors maintenant laissez-moi!
La bouche gourmande du Maître exhala un long rire de gorge des plus sadiques, et reprit sa lente exploration sur le corps convoité comme si de rien n‘était.
Mais Elizia vit le poignard refaire brusquement apparition dans la main du Maître - d’ailleurs, quand avait-il disparu? -, et il retint un hoquet de surprise teinté de peur, lorsqu’il senti la lame effilée courir sur la peau de son torse offert.
- Non! S’il vous plait…
- Oh que si Elie, et cette fois je ne serais pas tendre. Tu n’as pas encore pris conscience de la situation dans laquelle tu te trouves, mais ça viendra. Tu as promis de signer le Pacte de Sang, et je vais faire ce qu’il faut pour. Mais avant cela, je vais recommencer à la leçon numéro un, celle qu’apparemment tu n’as pas encore comprise.
Le Maître lui lança un regard de fauve.
- Je vais t’apprendre le respect.
***
« Mais qu’est-ce que tu es en train de faire Florent? Ne vois-tu pas que tu en embrasses un autre? Ecarte-toi immédiatement! »
C’était ce que le jeune homme se répétait depuis qu’Adonis avait posé ses lèvres sur les siennes, mais étrangement, il ne parvenait pas à mettre ce mantra en application.
Il savait très bien qu’il ne devait pas se laisser aller de cette façon, mais il se sentait délicieusement aspiré par ce baiser, comme s’il était sous l’emprise de quelque sort inconnu dont il lui était impossible d’en sortir seul.
Mais bon sang, il lui fallait pourtant y mettre fin!
Luttant contre les vagues de plaisir qui embrumaient son esprit, il s’efforça de penser à autre chose, de se concentrer sur un sujet désagréable qui pourrait détourner son attention et peut-être le libérer du sort qui semblait le lier au Pantin.
D’ailleurs, comment en étaient-ils parvenus à s’embrasser?
Florent se souvenait uniquement de la panique qu’il avait éprouvé en apprenant l’ampleur du danger qui menaçait l’homme qu’il aimait, et du besoin furieux qu’il avait éprouvé d’aller à son secours. Mais ensuite, c’était le trou noir, un gouffre béant et profond dans lequel le plongeait ce baiser non désiré!
Tout son corps se tendit à cette pensée, et, comme si Adonis avait lu en lui, il s’écarta, le libérant ainsi de son emprise.
Ignorant le fugace sentiment de frustration qui en résultat, Florent le gifla aussitôt.
- Non mais! Qui t’as permis de m’embrasser de cette façon? Ne recommence plus jamais une chose pareille; c‘est compris?
Adonis qui massait sa joue meurtrie, lui jeta un regard peu amène.
- Je te demande pardon, pour cela, mais c’était le seul moyen pour moi de te calmer de ta crise d’hystérie sans t’assommer. Je ne pouvais pas prendre le risque de nous faire repérer, alors je t’ai bâillonné comme j’ai pu.
Florent ouvrit de grands yeux surpris, rougissant de sa bêtise. Adonis ne l’avait enlacé ainsi que pour lui sauver la vie?
Gêné, il bafouilla:
- Oh! Euh, et bien excuse-moi, je…hum…merci.
- Pas de quoi. Pff, tu m’as vraiment fait peur tu sais? J’ai cru pendant un moment que tu avais perdu l’esprit en t’agitant comme un dément! De plus si on s’était fait prendre….
Adonis parlait encore, mais Florent n’était plus avec lui. Son esprit vagabondait en lui-même, à la recherche de la réponse à une question plutôt dérangeante : pourquoi se sentait-il si frustré?
Normalement, il ne devrait pas ressentir le besoin d’être enlacé par cette créature, de goûter encore à
ses lèvres et à sa chaleur… Seigneur, il perdait complètement la tête!
- Hey ho! Florent, tu m’écoutes?
Le jeune écuyer revint brutalement sur Terre, et rougit une fois de plus sous le regard inquiet du Pantin.
- Je…oui, je t’écoute.
- Vraiment? Tu as à l’air bizarre, tu es sûr que tout va bien?
- Oui, oui, ça va, ne t’en fais pas. Continue de me raconter s’il te plait, je veux en savoir plus.
Il devait absolument penser à autre chose! Et quoi de mieux que le récit du jeune homme pour lui changer les idées?
- Je t’écoute, le pressa-t-il.
Mais Adonis hésitait.
- Tu sais, je ne suis pas sûr que tu vas pouvoir supporter la suite. Ta réaction démesurée à propos de cet homme…
- Elizia.
- Oui, Elizia. Et bien ta réaction m’a fait peur, et je ne pense pas qu’il faille continuer pour aujourd’hui…
- Moi si! Alors vas-y!
Un court moment de silence s’écoula avant que la voix d’Adonis ne le rompe, hésitante et circonspecte.
- Bien. Tu sais déjà que je ne suis pas humain, et mon maître non plus. Mais je ne suis pas le seul Pantin à lui obéir : il y a Tessa, une Songeuse réincarnée sous la forme d’un félin noir, et Sorrel, le Miroir de Vérité.
Il fit une pause, avant de reprendre d’une voix différente, plus basse et mesurée.
- Mais il y a aussi d’autres créatures, celles qui ne vivent que la nuit et que nous craignons plus que tout. Leur force bénéfique s’accroit les soirs de pleine lune et annihilent tous nos pouvoirs. C’est pour cela que nul n’est jamais autorisé à sortir du château, si jamais un élève parvenait à en franchir les portes….ni moi, ni le Maître ne pourrions l’empêcher de s’enfuir.
Un frisson d’excitation et de jubilation parcouru Florent de la tête aux pieds. Alors il était possible de s’enfuit d’ici!
- Mais ne te leurre pas. Tu ne pourras jamais sortir d’ici tout seul. Les couloirs du château regorgent de mystères que même moi je ne connais pas, et les cachots sont enfouis bien plus profondément que dans ce que vous appelez des souterrains, et ne m’en demande ni les estimations ni les raisons, je ne les connais pas.
Le silence, cette fois, fut plus long que le précédent. Florent demanda d’une petite voix timide:
- Mais…Ne t’est-il pas possible de m’emmener avec toi la prochaine fois que tu…
- Non!
Le ton d’Adonis avait été sec et sans appel, et son regard perçant et froid fit naître des frissons dans le dos du jeune homme.
- Pourquoi? Je ne me ferais pas remarquer, je te le promets! Je ferais tout ce que tu voudras, je…
- Non! Je t’ai dit non, tu entends!
Le Pantin se leva d’un bond, et le jeune put admirer avec un plaisir coupable, la beauté et la vélocité de son corps aux longs muscles déliés.
- Décidemment, tu ne comprends rien! Je croyais pourtant t’avoir expliqué qu’on ne peut rien lui cacher, quoi que l’on fasse, le Maître le sait! D’ailleurs, à l’heure qu’il est, Sorrel doit déjà lui avoir révélé que je te parle! Ha! Je crois que je ferais bien de me préparer à la punition qui m’attend pour t‘avoir adressé la parole et avoir révélé des secrets qui n‘auraient pas dû l‘être.
Il paraissait abattu. Ses épaules et ses bras semblant dénués de toute force.
- Sans parler du fait que je vais devoir affronter le regard plein de pitié de son nouveau jouet! Cet homme, en plus de me voler mon rôle auprès du Maître, se permet d’avoir pitié de moi! C’est le monde à l’envers! C’est plutôt moi qui devrait avoir pitié de lui, mais je ne peux pas, je suis jaloux. Oui, je suis mort de jalousie rien qu’à l’idée que ce soit lui qui doive satisfaire les appétits du maître!
Il se rassit et plongea son visage dans ses mains, des sanglots faisant trembler ses fines épaules.
- Bon sang! J’ai été créé pour le satisfaire! Cela fait des millénaires que je remplis fidèlement mon rôle auprès de lui sans jamais recevoir de plainte, et il a fallu qu’il arrive, cet enfoiré, pour que je me retrouve du jour au lendemain à m’occuper de toi comme un vulgaire gardien de prison!
Il renifla élégamment.
- Et tu sais le pire? C’est que je l’aime. Je suis tombé amoureux du Maître, Florent! Et c’est cet enfoiré d’Elizia qui a le privilège de partager son lit!
Le souffle de Florent se bloqua soudainement dans sa gorge. Avait-il bien entendu?
- R-répète-moi ça…
Jusqu’ici, le jeune homme s’était contenté d’observer le brusque changement de comportement d’Adonis avec un relatif détachement teinté de compassion. Bien qu’il ait été affreusement déçu par son refus de l’emmener avec lui lorsqu’il sortirait de la prison, il n’en avait pas moins ressentis un pincement au cœur devant sa douleur. Mais il venait de citer Elizia en des termes tout à fait insultants en lui attribuant un rôle que jamais, au grand jamais, il n’aurait accepté volontairement, Florent en était certain. Il ne pouvait pardonner un tel affront.
- Comment?
- Je t’ai dit de REPETER! Je veux être sûr d’avoir bien entendu ce que tu as dit sur lui! Je connais Elizia par cœur, et jamais il n’aurait agi de cette façon! Sache que je ne laisserais qui que ce soit l’insulter pantin ou non ! Retire immédiatement ce que tu viens de dire!
D’abord, choqué par la véhémence du jeune homme, Adonis afficha un visage surpris, puis un sourire goguenard étira la ligne sensuelle de sa bouche.
- Ah, donc vous vous connaissez. Et moi qui croyais avoir mal entendu lorsque tu as crié « mon amour ». Mais c’est parfait, ainsi je vais pouvoir me venger sur toi de la souffrance que me cause celui que tu dis aimer, le destin fait parfois bien les choses….
La main du Pantin saisit la gorge de Florent, et la serra lorsque celui-ci tenta de s’en extraire.
- Arrête! Adonis je…j’étouffe!
- Non. Je ne vais pas m’arrêter. Tu n’as aucune idée de ce que je ressens, de ce qu’on peut ressentir lorsqu’on se sent préféré à quelqu’un d’autre! De la souffrance que cela m’apporte! Je te l’ai dit, j’ai été créé pour satisfaire les besoins sexuels du Maître, mais si je ne remplis pas ce rôle, je n’ai aucune utilité, et donc aucune raison de vivre! Ma nature profonde se révèle chaque jour plus douloureusement à moi au fil des jours: je maigris et je m’enlaidis! J’ai mal à l’intérieur, tellement j’ai faim d’affection et de chaleur! Tu ne peux même pas imaginer le calvaire que je vis, sans parler du fait qu’il me faudra encore les voir s’unir sur ce lit, où lui et moi avons tant de fois fait l’amour! Non! Je refuse de supporter tout cela sans compensation!
La poigne de fer autours de son cou se resserra encore, réduisant à néant les chances de Florent de respirer.
Les pensées se bousculaient dans sa tête en un ordre anarchique, et il commençait à voir des points noirs danser devant ses yeux révulsés par le manque d’oxygène.
Adonis se trompait. Florent savait très bien comment on se sentait lorsqu’on était rejeté par la personne que l’on aime. Il en avait fait l’expérience.
Ses débuts avec Elizia n’avaient pas été aussi beaux que maintenant, eux aussi avaient eu leur période difficile. Lorsque Elizia avait découvert les joies du sexe, il avait collectionné les amants d’un soir, trompant Florent sans vergogne, qu’il ne considérait encore que comme un banal écuyer. Ce n’avait été que lorsqu’il avait failli mourir lors d’une chute à cheval, que son maître avait réalisé son amour pour lui. Depuis ce jour, ils ne s’étaient jamais quittés, s’étant juré un amour inconditionné et éternel.
Mais Florent ne pouvait lui raconter son histoire. La folie qui brillait dans les yeux du Pantin était meurtrière, et sa force fabuleuse. Le souffle lui manquait, et il se sentait perdre pied.
Dans une dernière tentative pour le convaincre, il rassembla ses dernières forces, et murmura faiblement:
- Je…t’en…supplie…attend! Laisse-moi…te…
- C’est inutile de lutter. Certes, tu es très mignon, mais…ce n’est pas suffisant pour te sauver.
Se sachant désormais condamné à mourir sans pouvoir dire adieu son amour, Florent ferma les yeux, et se laissa glisser dans les bras que l’inconscience lui tendait.
***
- M’apprendre le respect?
Le Maître lui arracha le drap qui couvrait sa nudité.
- Oui. Je vais t’enseigner une fois encore, mais avec plus de dureté, ce que tu n’as apparemment pas compris la nuit dernière. Écarte les jambes.
Elizia se débattit, bouillonnant à nouveau de fureur.
- Je refuse de coucher avec vous! C’est un viol, vous entendez? UN VIOL!
Le rire du Maître se répercuta sur les murs, inquiétant et menaçant.
- Je me moque de la façon dont tu le vis Elie. Tout ce qui m’apporte est de manger à ma faim et, tu es un met de choix. Je te le répète, écarte les jambes.
- Non! Je vous interdis de…Hum!
Sa bouche fut envahie par une langue impatiente, sensuelle et brutale. Elle fouillait, glissait, s’enlaçait en lui, ne lui laissant pas une seconde de répit pour respirer. Mais bientôt, elle fut sur son torse, sur son ventre, à l’intérieur de son nombril, puis sur ses hanches frémissantes.
Elizia su avec horreur qu’il bandait dès que le souffle empoisonné de sucs sensuels effleura sa peau imberbe et rosée, provoquant de violents frissons de plaisirs qu’il s’efforça en vain de contrôler.
Une main enduite d’un étrange liquide rougeâtre saisit son pénis et le caressa doucement, l’enduisant avec dextérité de cette matière gluante jusqu’aux bourses tendres qu’elle cajola avec douceur.
La main continua son chemin, et lui écarta les jambes pour se frayer un passage entre les deux fesses contractées par la peur et le plaisir. Un doigt glissant s’introduit doucement mais puissamment en lui, et le lubrifia également.
Elizia luttait pour garder ses lèvres closes, mais s’il pouvait retenir ses cris, il n’en allait pas de même pour ses gémissements qui trahissaient malgré lui, le plaisir qu’il prenait à ces attouchements.
Deux autres doigts rejoignirent le premier, et s’appliquèrent à titiller sa prostate, le faisant crier tout à fait. La bouche chaude et délicieusement humide du Maître se referma sur son gland, le titillant lui aussi du bout de sa langue, le mordillant tendrement du bout des dents, le suçotant activement de ses lèvres jusqu’à l’émergence soudaine du fruit précieux qu’il convoitait.
Elizia se cambra, et jouit d’un plaisir inouï au moment même où les doigts toujours en lui appuyaient fortement sur cette partie si sensible de son corps. Son cri de plaisir se répercuta sur les murs en des échos qui le firent rougir d’une honte sans nom.
Le cœur battant, et le regard chaviré, il eut le temps de maudire son violeur avant de sombrer dans un lourd sommeil peuplé de rêves étranges.
Plus tard, lorsqu’il s’éveilla, il se rendit compte qu’il était allongé sur le Maître, et que celui-ci le fixait avec un drôle d‘air qui lui fit se dresser les cheveux sur la tête.
Il tenta de se défaire de cette dérangeante étreinte, mais les bras qui le retenaient étaient un étau d’acier trempé.
- Où comptes-tu aller comme ça?
Elizia lui jeta un regard meurtrier, peu enclin à discuter des raisons évidentes qui le poussaient à vouloir s’éloigner à tout prix de ce démon.
- Le plus loin possible de votre immonde personne!
- Et bien, je crois que tu es une tête de mule. Mais ne t’en fais pas, j’ai fait le nécessaire, ça ne devrait plus être très long.
Ayant soudainement un mauvais pressentiment, Elizia plissa les yeux.
- De quoi parlez-vous?
- Tu te souviens de la liqueur rouge que j’ai utilisé sur toi, il y a quelques instants?
- Oui.
Le grand sourire sardonique qui étirait les lèvres pulpeuses du Maître se fit diabolique.
- Et bien, il s’agissait de mon sang. Je l’ai utilisé pour déclencher un processus. Tu n’as pas une petite idée de ce que cela peut être?
Non, il ne voyait pas, mais ce qu’il sentait était loin de lui plaire.
- Arrêtez de jouer aux devinettes, et crachez le morceau.
Le sourire du Maître s’évanouit.
- Bien, si tu n’aimes pas jouer c’est ton droit. J’en ai plus qu’assez de ton impertinence Elizia Von Waldorf, alors j’ai décidé ceci : j’ai glissé en toi un Sort d’Attraction. Cela te donnera automatiquement envie de moi dès que tu me verras, permettant ainsi ton consentement, et rendant nos ébats plus agréables. Oh, bien sûr, tu ne seras pas comme Adonis, mais presque, et cela n’entrave en rien les conditions qui nous lieraient au Pacte, car, comme tu le sais, je ne veux pas d’une attraction ponctuelle, mais perpétuelle. Te voilà enchainé à moi de la façon la plus irrémédiable qui soit, n’est-ce pas merveilleux?