Alors que la poigne du Pantin se refermait inexorablement sur la gorge de l’écuyer, la porte de la prison s’ouvrit soudain dans un vacarme assourdissant.
Une ombre énorme, sombre, et menaçante en surgit, comme venue de nulle part, toutes griffes et crocs dehors, laissant surgir d’entre eux de longs grognements de colère.
- Adonis, cela suffit!
Bien trop absorbé dans sa tâche meurtrière, Adonis fit comme si rien ni personne ne l‘appelait, préférant soulager sa haine plutôt que de penser aux conséquences de son acte.
La bête grogna de nouveau, bien plus proche de lui qu’auparavant.
- Je t’aurais prévenu Pantin! Lâche-le!
Désormais totalement dédaigneux des ordres, et tout entier livré à sa douleur mêlée de rage, Adonis
accru encore son emprise, faisant blanchir d’avantage les jointures de ses mains, en une amorce assassine qui tuerait Florent à coup sûr.
Mais il n’eut pas le loisir de pousser plus loin son geste, car c’est à cet instant que Tessa bondit sur lui et le déséquilibra.
Alors qu’ils tombaient, elle ouvrit grand la gueule et planta profondément ses crocs dans la chair tendre du bras offert. Puis, en un geste gracieux et véloce, elle arracha le membre du torse sculpté d’un coup de tête, faisant jaillir le sang et des éclats d‘os.
Elle reprit contact avec le sol dans un bon souple, rattrapant Florent au passage, à présent totalement inconscient et laissant Adonis s’écraser au sol avec fracas.
Elle allongea délicatement le jeune homme sur le sol, puis le renifla, prenant soin de vérifier son pouls afin de s’assurer qu’il vivait encore, ne se préoccupant pas le moins du monde d’Adonis qui se trainait lamentablement sur les dalles de pierre.
Dégoûtée, elle renifla.
- Mais quel idiot! Décidément, les hommes ne valent pas mieux que des bêtes! J’espère pour toi que le Maître t’arrachera l’autre bras, ne serait-ce que pour t’infliger le dixième de la douleur que tu as fait ressentir à ce pauvre homme!
Le Pantin manchot s’était assis loin d’elle et de l’écuyer. Blottit dans une niche creusée à même la pierre, il pansait ses blessures et marmonnait des formules pour accélérer la repousse de son membre arraché.
Agacé et frustré, il murmura:
- Tss, tu n’y es pas allée de main morte, c’est pas joli à voir.
Elle feula d’indignation.
- Espèce d’animal! Je viens de t’empêcher de commettre un meurtre qui t’aurais coûté la vie, et tu ne penses qu’à la blessure de ton bras!
Le ricanement amer d’Adonis lui fit dresser les poils de sa nuque.
- Comme ce que tu viens de dire est spirituel ma chère Tessa! Me sauver d’un acte qui aurait pu me coûter la vie! Mais une question: quelle valeur a-t-elle donc cette vie? Mmmh? Peux-tu me le dire? Non? Eh bien moi je vais te le dire: AUCUNE! Ha! Ma vie n’a plus aucun sens depuis que cet Elizia, ce…ce fils de catin, est arrivé ici! Je ne suis plus d’aucune utilité! Je suis mort! Mon rôle est terminé! Ma vie est finie! Alors pourquoi, POURQUOI, au nom du Ciel, ne m’as-tu pas laissé le tuer pour que ma vengeance m’apporte un semblant de soulagement, puis ensuite être châtié, pour être enfin en paix?
Tessa connaissait déjà la réponse à cette question en son for intérieur:
« Parce que tu es le seul en ces lieux qui me comprend et avec qui je peux être moi-même sans être rongée par la peur ».
Mais jamais elle ne la lui avouerait.
C’était là, une raison bien trop égoïste mais c’était plus fort qu’elle: elle ne supportait pas l’idée de se retrouver seule un jour avec le Maître sans n’avoir plus personne à qui parler, à qui raconter ses rêves ou avec qui échanger ses différentes pensées - ce que d’ailleurs, elle ne pourrait jamais faire avec Sorrel, lui qui ne parlait ni ne semblait penser.
Certes, elle aimait son créateur, elle éprouvait d’ailleurs les mêmes sentiments qu’une fille éprouverait pour son père, mais sa relation privilégiée avec Adonis était bien plus chère à son cœur, et elle se refusait de la perdre à cause d’un acte irréfléchi dont les conséquences auraient des proportions dramatiques.
Elle ronronna doucement au serrement de cœur qui affecta sa poitrine et s’approcha en trottinant de son ami blessé, désormais certaine que le prisonnier ne risquait rien.
- T’ai-je fais mal petit homme?
Adonis lui lança un regard affectueux et triste, empli des souvenir d’avant, du temps où ils étaient encore ignorants de ce que signifiaient la douleur et la solitude.
- Non, pas vraiment en fait, et ne t’en fait pas, je ne t’en veux pas. M’arracher le bras était nécessaire, et préférable à ma tête. C’est juste que c’est très dérangeant, et que…ça me démange!
Le sourire amusé qui éclairait son visage, fut seulement trahit par une larme cristalline et solitaire, lui donnant une expression un peu étrange qu’elle ne lui avait encore jamais vue: une sorte de mélange entre le rire teintée de chagrin et la douleur au goût d’amertume.
- Oh Tessa, c’est si dur d’être séparé de lui! Pourquoi me fait-il cela? Ne l’ai-je pourtant pas toujours satisfait? Ai-je fais une erreur quelque part? Je t’en prie, si tu sais quelque chose, apprend-le moi!
Cédant face au regard implorant, la panthère lui raconta l’histoire d’Elizia. Elle lui révéla le pourquoi de sa présence et les raisons qui faisaient de leur situation ce qu’elle était.
Adonis resta un long moment silencieux, le cœur battant et le souffle lent. Tout dans son apparence, laissait à penser qu’il était apaisé, mais elle sentait qu’il en était tout autrement en lui.
Et elle en eu la nette certitude lorsqu’elle vit l’expression torturée de son visage ravagé de larmes et de douleur. Son cœur se serra lorsqu’elle entendit sa voix rauque et sanglotante:
- Alors…Durant tout ce temps, je n’ai été qu’un…pis-aller…un moyen de passer le temps en attendant l’amant promis! Comme j’ai été bête! Et comme je porte bien mon nom! Je n’ai jamais été qu’un Pantin du début à la fin! Qu’elle cruauté de m’avoir donné la capacité de ressentir des émotions!
Tessa sentait au fond d’elle son cœur saigner de tristesse, mais elle ne savait comment le réconforter. Alors, elle se colla à lui et lui offrit sa chaleur, ainsi qu’une oreille compatissante et une épaule où pleurer.
- Et quand je pense que cet homme veut signer un Pacte avec le Maître! Mais est-il donc stupide?
N’a-t-on pas idée de se lier de cette façon avec un démon de sa trempe! Cet Elizia ne sait pas dans quoi il met les pieds…
Elle était assise près de lui depuis un bon moment, l‘écoutant se lamenter puis s‘indigner tour à tour, lorsque, malgré elle, le parfum entêtant d’un songe vint effleurer sa Conscience.
Le moment étant peu propice, elle tenta de repousser cette insistante approche, mais l’Attraction était bien trop puissante, et elle ne put résister plus longtemps au besoin de s’ouvrir et d’accueillir en elle le rêve qui débutait en l’esprit de Florent.
Mais alors qu’elle s’approchait de la limite de leurs deux consciences, elle se heurta à un mur invisible.
Ce n’était pas normal.
Elle tenta de forcer un peu, de trouver des failles dans cette muraille de puissance infranchissable, mais elle ne trouva rien.
Troublée et désorientée, elle essaya de comprendre le pourquoi de cette anomalie. Elle huma le parfum une seconde fois, en goûta les arômes, et frémit, certaine de déjà avoir connu ces fragrances soutenues.
Jamais encore, elle n’avait été confrontée à pareille situation, et tous ses repères en étaient chamboulés.
Elle sentait confusément que ce parfum ne lui était pas inconnu, et qu’il était…extrêmement dangereux.
Mais d’où pouvait-il provenir? Et surtout, comment un tel rêve pouvait surgir d’un vulgaire prisonnier?
Tous ces éléments étaient bien trop étranges, ce n’était pas normal… Puis soudain, elle comprit.
Saisie d’horreur, elle se raidit puis sentit son corps de couvrir de frissons et son poil de hérisser, ses muscles tressautant en cadence avec le sang qui battait à ses tempes.
Le contact d’une main caressant son dos la fit sortir de sa torpeur et la ramena à la réalité avec une brutalité qui la laissa flageolante.
Adonis, qui avait remarqué son état de transe, la regardait un sérieux mêlé de crainte, toute trace de chagrin ayant instantanément disparu de ses iris d’azur.
Très lentement, il s’approcha d’elle, et plongea ses yeux dans les siens.
- Que se passe-t-il?
L’air un peu hagard, Tessa tourna vers lui ses pupilles rougeoyantes, et respira profondément afin de garder le contrôle sur son rythme cardiaque.
- Je pense que nous avons un très sérieux problème petit homme.
Si elle pensait bien à ce qu’il était en train de se passer, il leur faudrait remonter immédiatement chez le Maître, et le déranger pendant son repas pour l‘alerter du danger.
Ce qui équivaudrait à une punition immédiate.
- Je peux en savoir un peu plus?
Mais à cet instant, même la notion de punition ne lui faisait pas plus peur que la vue d’une souris, aussi redoutable soit-elle.
Car c’est bien pire qui risquait de leur arriver s’ils n’intervenaient pas immédiatement.
Elle prit une grande inspiration pour tenter de maîtriser la peur qui rampait en elle, avant de chuchoter dans un souffle:
- Je crois que le Champ des Roses s’est réveillé.
***

Florent était étendu sur le sol, inconscient et semi-comateux.
Sa respiration calme ne trahissait rien de l’agitation intérieure qui l’animait, car dans ces rêves, bien des choses étranges s’y déroulaient.
Il s’éveilla au beau milieu d’une vaste étendue de terre brûlée.
Se redressant lentement, il parcouru la plaine d’un regard circulaire afin d’en évaluer la dimension, mais en conclu bien vite que rien d’autre ne la limitait, sinon le néant.
Puis il leva les yeux vers le ciel étrange qui la surplombait, et remarqua qu’il n’était en fait qu’un amas de couleurs et de textures perpétuellement changeantes.
Il tendit l’oreille longtemps, mais ne perçut aucun autre bruit que le silence Il ne put réprimer le long frisson de crainte qui le parcouru à l’idée qu’aucun être vivant, volant ou rampant, ne hantait cet espace désolé, à part lui.
Mais où se trouvait-il donc?
Se pouvait-il que ce lieu abandonné ne soit que le fruit d’un rêve étrange, d’une imagination un peu trop débordante? Ou bien le reflet psychédélique de son angoisse et de son traumatisme récent?
Et puis qui sait? Peut-être même ne rêvait-il pas?
Alors il était devenu fou.
Saisit d’une peur panique, Florent se mit à faire les cent pas, dans une tentative désespérée pour se raisonner et rester calme.
Mais dans son déplacement, il souleva un peu de cendre et éternua, brisant le silence auparavant dominant.
C’est alors que tout s’éveilla.
En un instant, Florent se senti soulevé de terre par une poigne invisible, puis se mis à flotter doucement dans les airs comme soutenu par un coussin d’air.
Et il assista, émerveillé, à la métamorphose de ce monde bien trop étrange.
Progressivement, le ciel aux teintes mouvantes, s’assombrit. Se chargeant peu à peu d’un bleu profond et uniforme, piqueté des lumières scintillantes d’étoiles argentées, et s’illuminant de l’éclatante lueur blanche d’une lune montante.
Le sol, sous ses pieds, n’était plus une terre calcinée et désolée, mais un champ immense de roses rouge sang tournées vers l’astre lunaire, telles des tournesols tendus vers le soleil.
Ces fleurs rougeoyantes et comme sorties de nulle part, fascinèrent le jeune homme au point qu’il en oublia ses inquiétudes et ses angoisses.
Il se sentait bien là, bercé par leur parfum capiteux et par l’éclat de la lune, enchanté qu’il était par leur beauté perlée de rosée lunaire.
Mais bientôt, les roses se mirent à chanter, et sa félicité enfla, jusqu’à en devenir une sorte d’extase mêlée de béatitude inconsciente.
Elles chantaient à la lune leur mélodie inconnue et sublime, balançant leurs pétales en une danse hypnotique et rythmée qui fit vibrer le cœur de Florent de passion.
Il émanait de leur chant, une telle attraction et une telle énergie qu’il ne se sentait pas la force de résister.
Alors, il s’ouvrit à elles, laissant leur pouvoir pénétrer en lui et s’infiltrer dans la moindre parcelle de son corps offert, le plaisir faisant trembler ses membres relâchés.
Bien vite, alors qu’elles se liaient intimement à son esprit, il sentit une sorte de déclic, comme si l’on avait ouvert une porte en lui.
Mais il n’eut pas le temps d’y réfléchir plus, car il fut éblouit par une explosion de lumière vive qui le laissa presque aveugle.
Une entité faite de lumière et de roses, se dressa soudainement devant lui, sa voix résonnant avec douceur et puissance dans son esprit.
- Pourquoi m’as-tu appelée?
D’abord décontenancé, Florent bafouilla:
- Moi? Mais je… Je ne vous ai pas appelée! Je…je ne suis pas arrivé ici de ma propre initiative, je me trouvais déjà là lorsque je me suis éveillé! Tout ce dont je me souviens, c‘est que je me sentais mourir, mais qu’au dernier moment, j’ai pu recommencer à respirer. Puis j’ai ouvert les yeux, et me voici!
Un peu inquiet, il senti l’entité explorer sa mémoire, puis se retirer.
- Tu as dit la vérité. Mais cela n’explique pas la façon dont tu t’y es pris pour me tirer de mon Sommeil.
Ne le sachant pas lui-même, le jeune homme ne répondit rien, laissant un étrange silence s’installer entre eux.
Mais il sursauta lorsqu’un soupçon de colère colora la voix de l’entité.
- Mais qu’est-ce que c’est? Un Songeur tente d’entrer ici? Dans le Mondrose? Mais c’est impossible! Ils ne sont pas censés pouvoir sortir du Monde des Songes! Que signifie tout cela!
Florent, alors, se souvint des révélations que lui avait faites le Pantin de luxure, et prit son courage à deux mains pour murmurer:
- Si vous me le permettez, je vais vous expliquer.
L’entité riva sur lui, son regard invisible.
- Fais donc.
Et Florent révéla tout ce qu’il savait: l’existence du démon qu’on appelait Le Maître et de ces Pantins, le rôle de l’école dans laquelle il était prisonnier depuis des millénaires, ses projets de domination du monde, l’interdiction formelle de sortir du château par peur de la force bénéfique qu’il y avait au dehors, ainsi que le sujet qui lui tenait le plus à cœur: la situation désespérée d’Elizia ainsi que la sienne.
Bien longtemps, après qu’il eut terminé son récit, l’entité fit apparaitre au loin, la prison luxueuse du démon.
- Est-ce bien de ce lieu immonde dont tu parles?
- Oui.
Il sentit la colère de l’entité enfler si rapidement qu’il n’eut pas le temps de se préparer mentalement à la vague brûlante qui déferla.
- Maudit soit cet incube! Maudit soit cette immonde charogne! Abuser des humains de la sorte! Braver l’interdit de créer des êtres magiques pour son propre usage et les destiner à des fins contre-nature! Vouloir dominer le monde par la violence et la souffrance! Nourrir de tels dessins et commettre de tels actes est interdit! Par les Lois Divines, je jure que cette infamie ne sera pas!
Le flot de ses malédictions coulait sans fin, mais le jeune homme ne les écoutait pas, trop occupé à tenter d’endiguer la chaleur suffocante de la colère de l’entité qui envahissait son esprit.
- A l’aide, s’il vous plait…
La supplique détourna l’attention de l’entité de sa colère.
- Qu’y a-t-il?
- Je…j’étouffe!
- Oh! Pardonne-moi humain, je n’avais pas conscience que ma colère te nuisait. C’est la première fois que ma Conscience se lie de cette façon à l’un de ton espèce, et il se trouve que je n’en ai pas l’habitude. Je vais essayer de te protéger.
Progressivement, la chaleur reflua, lui permettant à nouveau de respirer normalement.
- Merci.
- Ne me remercie pas. J’ai failli te tuer, et à ce que je comprends bien tu viens d’en réchapper une seconde fois.
Incapable de prononcer le moindre mot, Florent hocha la tête.
Il flottait toujours sur son coussin d’air, mais ne se sentait plus aussi bien qu’auparavant.
- Puis-je savoir où je me trouve?
L’entité se tourna vers le champ de roses désormais immobiles.
- Tu es dans le Mondrose ou le Champ des Roses si tu préfères. Nous sommes les gardiennes de la prison de ce démon infâme, et nous sommes ce qu’il craint le plus: un pouvoir bénéfique.
- Oui! Vous êtes la raison qui l’oblige à interdire toute sortie nocturne!
- En effet. Ces pouvoirs, une fois la nuit tombée ne sont d’aucune utilité en dehors de sa prison.
L’entité lui tendit la main, et Florent s’y laissa tomber, étonné de voir qu’elle n’était pas constituée que de lumière, mais aussi de poussière de lune et de pétales de rose.
- Qui êtes-vous?
- On me nomme Paélia ou la Grande Gardienne. Je suis un Bon Esprit, une arme conçue pour lutter contre ce que je garde, et une défense pour protéger ce qui est faible. J’ai été mandatée par le Ciel, afin que jamais rien ne puisse s’échapper de cette prison où ton imagination ne peut même pas concevoir ce qui s’y terre.
Florent déglutit.
- Alors dites-le moi, je suis prêt à l’entendre.
Il s’écoula un court silence avant que l’entité ne reprenne.
- Cette bâtisse, que vous humains, nommez château, a été conçu pour enfermer les démons trop puissants qu’on ne pouvait pas renvoyer en enfer. Différentes dimensions contiennent un nombre incalculable de ces…abominations, et l’un d’entre eux à apparemment pu diriger tous les autres.
- Le Maître.
- Oui. Celui qui se fait baptiser ainsi porte plutôt bien son pseudonyme, puisqu’il a réussit
à…maîtriser les autres, bien que je ne sache pas comment il s’y est pris. T’a-t-il révélé son nom?
Florent fit la moue.
- Non, je ne l’ai jamais rencontré et je n’ai entendu parler de lui que par son Pantin de luxure. Je pense que même lui, ne le connait pas.
- C’est normal, un démon qui a en lui de telles intentions meurtrières, ne révèlerait jamais son nom que ce soit à ses Pantins ou à ses congénères. Ce serait trop risqué pour lui.
Intrigué, le jeune homme fronça les sourcils.
- Comment cela?
- Connaître le nom d’un démon permet d’en détenir le contrôle, et ainsi de le détruire. C’est simple, si tu arrives à trouver le nom de ce qui le compose, de son essence première, et bien tu as tout pouvoir sur lui.
Ces mots furent pour lui, comme une bouée de sauvetage lancée à un noyé, et l’angoisse qui le torturait pour Elizia s’évapora, telle la flamme soufflée d‘une bougie.
- Toutefois, petit homme, il est presque impossible d’obtenir cette information sans payer un certain prix: il faut pour cela signer un Pacte de Sang, avec pour objectif, l’honnêteté la plus totale et inconditionnelle. Toute autre condition est invalide et inefficace.
***
Elizia ne savait comment réagir au fait qu’en plus d’être prisonnier et privé de sa liberté de mouvement comme de pensée, il n’avait plus aucun contrôle sur son corps.
L’idée qu’on lui attribuait petit à petit le rôle d’un Pantin s’imposa à lui avec une telle clarté qu’il faillit en vomir.
- Pourquoi…
Il sentit le Maître ricaner sous lui.
- Je viens de te le dire Elie, j’en ai assez que nos ébats soient des viols perpétuels! Je te veux consentant, pire même, je te veux en manque.
Le baron réprima un haut-le-cœur lorsqu’il senti le doigt du démon lui caresser la joue.
- D’ailleurs, ne commences-tu pas déjà à sentir quelques changements en toi?
Bien sûr, le Maître avait mis le doigt sur ce qu’Elizia tentait d’ignorer depuis quelques minutes.
Evidemment qu’il sentait son corps changer!
Cette soudaine faim de sexe n’était naturelle, tout comme cette attraction envers son tortionnaire qui était bien trop puissante pour être normale!
Pressentant que cette fois, toute tentative de résistance ne ferait que lui faire plus de mal que de bien, Elizia rendit les armes, et renonça à lutter, toute notion de haine et de refus se diluant déjà en lui.
Fermant les yeux sous la défaite, le jeune homme concentra son attention sur la pulsation qui battait au creux de son corps et agitait la fine membrane entre ses fesses, tout contre les parois de son anus encore humide de l’acte passé.
A son corps défendant, il sentit cette pulsation s’accélérer d‘un seul coup, pour devenir un feu dans ses entrailles, et se fondre en un besoin inégalable d’être pénétré immédiatement, profondément, sauvagement.
La salive envahit sa bouche et déborda de ses lèvres, ses yeux s’humidifièrent de larmes et ses muscles se contractèrent douloureusement, mus par une inépuisable soif de plaisir qui balaya, puis engloutit toute autre pensée que celle de se satisfaire tout de suite.
- Espèce de monstre! Qu’avez-vous donc fait de moi…
Il n’était plus lui-même, et gémissant faiblement, il se mit à se déhancher voluptueusement sur le bas-ventre du Maître, excitant volontairement l’énorme pénis qui reposait sous ses fesses, afin de s’y empaler avec appétit.
Les mains soyeuses du Maître se posèrent sur ses hanches pour le caresser du bout des doigts, et le jeune homme crut mourir à ce contact: c’était si bon!
Se penchant un peu plus vers l’avant, il perçut sur son visage, le souffle brûlant du démon qui le possédait.
- Oui Elie, c’est cela! Vas-y, et laisse libre cours à ton désir!
L’esprit brouillé par le plaisir, et tous ses repères perdus dans un océan de chaleur, Elizia se démenait sur le phallus gonflé, hurlant et gémissant sous les spasmes qui le parcouraient.
Bientôt, les coups de reins en lui se firent plus brutaux, la poigne autour de son sexe forcit, et les caresses sur son torse plus prononcées.
Jamais pareil plaisir ne l’avait emporté si loin sur l’échelle de l’orgasme, pas même lorsque Florent et lui avaient été au plus haut de leur forme et de leur amour l’un pour l’autre.
Mais au moment où l’explosion de plaisir jaillit en lui en l‘aspirant dans un vertigineux tourbillon de luxure, le visage de celui qu’il avait aimé s’effaça de sa mémoire, pour ne laisser que le vide sombre d’un trou noir.