Il faisait déjà jour dans la Chambre des Plaisirs, lorsque Idalgo sortit du bain.
Cet oubli le dérangeait un peu, car il n’avait pas pour habitude d’être si négligeant. Mais le combat contre Belzébuth avait apparemment épuisé les forces de son corps d’emprunt et il s’était endormi dans l’eau sans s’en rendre compte.
Par chance, et également grâce à la magie, sa peau n’avait pas subi de dommages. Nu et luisant d’eau, il s’approcha des fenêtres, les yeux fermés, afin de se nimber de lumière matinale.
Ce bain de soleil le détendait presque aussi bien que celui des sources chaudes, et il sentait déjà ses membres se réchauffer au contact des rayons dorés. Mais tout son plaisir fut gâché lorsqu’en rouvrant les yeux, son regard tomba sur l’étendue de terre calcinée.
Toute personne ordinaire, en voyant ce champ désolé, en déduisait qu’un incendie avait ravagé les lieux. Mais le Maître n’était pas dupe, et savait parfaitement que, sous cette apparence de terre noircie qui n’était qu’un leurre, se dissimulait ce qui ne devait pas être vu par n’importe qui.
Car bien sûr, il avait depuis bien longtemps deviné qu’un sort de Protection s’y cachait, et qu’il s’activait une fois la nuit tombée.
Moqueur, il offrit son visage à la douce chaleur du soleil avant de laisser ses lèvres s’étirer en un sourire narquois. Que croyaient donc ceux qui l’avaient emprisonné dans ces lieux? Que jamais ce secret ne serait découvert de lui? Eh bien, malheureusement pour eux, ils s’étaient trompés.
Il connaissait bien la Divinité chargée de ce sort de Protection ainsi que les moyens qu’elle utilisait pour l’appliquer. Il l’avait détestée dès la première fois qu’il l’avait vue, et depuis ce jour, sa haine n’avait plus connu de limites.
Paélia, ou la Grande Gardienne comme elle se faisait appeler, restait en état de sommeil latent entre chaque Pleine Lune, puis s’éveillait dès que l’astre était à son zénith, amplifiant de ce fait son pouvoir protecteur. Pendant ce laps de temps, et à chaque nuit tombée, son champ de fleur éclosait et chantait pour diffuser autours de lui, son chant.
Ce qui était un véritable poison pour les ses frères démoniaques et lui.
Désormais bannis de l‘Enfer, et condamnés à rester enfermés pour l’éternité, ils ne pouvaient pas sortir la nuit à cause d’elles, ni tenter quoi que ce soit le jour sous peine de mourir brûlés par les rayons divins du soleil.
Le Ciel et l’Enfer avaient donc construit la prison parfaite pour les démons trop dangereux et ambitieux comme lui, et un horrible sentiment de frustration le parcourut lorsque lui revint à l’esprit, le jour maudit de son coup d’Etat raté.
Un rictus mauvais étira ses lèvres sensuelles alors que ses traits se durcissaient à ce souvenir. Il s’en était fallu de si peu pour prendre la place du roi! S’il avait été plus fort, ne serait-ce que d’un niveau, il aurait été le Souverain des Enfers depuis des millénaires!
Mais à présent, la situation était différente.
Dans moins d’une année, jour pour jour, il posséderait bientôt l’immense pouvoir des Eléments et alors, jamais plus rien ni personne ne serai en mesure de lui résister! Il prendrait la place du Seigneur des Ténèbres et du Dieu Tout-Puissant, afin de combiner leurs deux pouvoirs en un seul, et régnerai enfin en maître absolu sur la Terre, le Paradis et les Enfers!
Ses rêves de gloire furent interrompus par quelques coups discrets tapés à la porte de la Chambre.
- Entrez.
A son ordre, la porte s’ouvrit sur Tessa et Adonis. Dans un silence presque religieux, ils s’approchèrent de lui, s’agenouillèrent à ses pieds et le saluèrent.
- Nous vous souhaitons le bonjour Maître. Avez-vous passé une agréable nuit?
Habitué à ces marques de politesses qu’il leur avait lui-même enseignées, Idalgo ne prit pas la peine de leur répondre.
- Tessa, j’ai appris que tu avais eu un différend avec Elizia la nuit dernière?
La Songeuse cligna des yeux, plutôt mécontente de ce souvenir.
- En effet Maître, lui et moi avions…des avis divergents sur certains points de détails. Je voulais qu’il cesse de penser à son passé et qu’il se considère désormais comme l’un des nôtres. Mais il a persisté dans son entêtement, et s’est cru en droit de me donner des ordres. Ce que vous êtes le seul à pouvoir faire Maître.
Idalgo soupira.
- C’était un conseil très sage que tu lui as donné. Dommage qu’il ne t’ait pas écoutée. Je lui en parlerais.
Elle inclina la tête en signe de soumission et de reconnaissance.
- Je vous remercie Maître.
Le Maître balaya sa gratitude d’un mouvement de la main.
- Ce n’est rien. En revanche Adonis, n’attend pas de remerciement de ma part. Ton acte envers le…prisonnier m’a énormément servi, même s’il n’était ni prémédité, ni ordonné de moi.
Le Pantin entra la tête dans les épaules.
- Oui Maître, je vous demande pardon Maî…
- T’ai-je autorisé à parler?
Mortifié, et couvert de honte, Adonis serra les lèvres et se contraint au silence.
La tristesse, le sentiment d’humiliation et la faim de sexe et d’affection qui émanaient de lui, étaient comme un parfum de bonne odeur aux narines d’Idalgo, et ce fumet de soumission était d’un arôme grisant.
- Tu as obéi aux ordres que je t’ai donné qui consistaient à le nourrir certes, mais tu m’as également désobéi. Sache que le poids de ta désobéissance pèse bien plus dans la balance de mon jugement que celui de ta soumission.
Transporté par la puissance qu’il sentait battre en lui, et connaissant très bien les effets qu’aurait la vision de son corps nu sur Adonis, le Maître se tourna vers eux, et plongea son regard de cristal dans celui, soudain enflammé du Pantin.
En voyant son air affamé et son regard suppliant, le sourire et la lueur dans le regard du Maître, se firent cruels.
- Tu as parlé de mes projets avec lui, tu t’es montré amical et tu l’a pris dans tes bras, et tu l’as même embrassé! Peux-tu me dire comment je dois punir de telles fautes, hum? Ne t’avais-je pourtant pas expressément interdit de lui adresser ne serait-ce qu’un regard? Tu as été un mauvais Pantin Adonis, et c’est pour cela que j’ai décidé que jamais plus tu ne remettras les pieds dans cette chambre. Tu ne mérites pas que je pose ne serait-ce qu’un œil sur toi. Maintenant va!
Mais au lieu d’obtempérer, Adonis se jeta à ses pieds et le supplia de le pardonner. Il pleurait, et à travers ses larmes, transparaissait un gouffre de douleur inimaginable pour qui ne serait qu’un humain ordinaire. Idalgo sentait parfaitement le parfum de ce désespoir sans fin, et il s’en repaissait avec une délectation sans bornes. Avoir du pouvoir était si bon!
- Maître….je vous…je vous en supplie…tout mais pas cela! Par pitié…j’ai…j’ai besoin de vous!
Le Maître se détourna, et reporta son attention sur l’étendue de terre brûlée.
- Peut-être, en effet, mais moi, je n’ai plus besoin de toi.
***
Tessa assistait à ce déchirant spectacle dans l’impuissance la plus complète.
Elle sentait son cœur se serrer pour son ami, mais elle ne parvenait pas à haïr le Maître, elle n’avait pas été créée avec cette capacité. Pourtant, seul le Ciel savait ô combien elle aurait aimé pouvoir le faire!
Cet acte était monstrueux de cruauté, et elle ne pouvait rien faire pour soulager Adonis de son agonie.
- Ce sera tout pour aujourd’hui Adonis. Tu peux disposer.
Elle vit avec un effroi non dissimulé, le visage ravagé de larmes de l’Apollon. Il parvenait à peine à marcher.
- Pourquoi ne…ne me tuez-vous pas? Tout serait si simple de cette façon…
- Oui, je pourrais le faire. Mais on ne sait jamais, tu pourrais peut-être me servir à nouveau, et puis, je n’aime pas détruire mes créations. Tu es encore très beau et désirable, ce serait un vrai gâchis de t’anéantir.
- Mais je…Je ne suis pas un objet!
Saisie d’horreur, Tessa vit comme au ralentit, la réaction désespérée d’Adonis, et pria pour que le Maître ne le tue pas sur-le-champ.
Adonis, qui ne parvenait plus à contrôler son chagrin et sa colère, s’était jeté sur le Maître, et rossait le corps de son créateur de coups de poings et de pieds, en hurlant.
- JE NE SUIS PAS UN JOUET, NI UN OBJET QUELCONQUE QUE L’ON UTILISE PUIS QUE L’ON MET DE CÔTE! JE SUIS UN ÊTRE HUMAIN! VOUS M’AVEZ CREE, ET M’AVEZ DONNE UNE VIE! NE NIEZ PAS CETTE VERITE!
La terreur avait remplacé l’horreur en Tessa, et son cœur battait si vite, qu’elle eut peur qu’il ne s’arrête lorsqu’elle vit le Maître se retourner une nouvelle fois et saisir Adonis par le cou.
Puis il murmura:
- Tu n’es pas un humain.
Et il le projeta contre le mur d’en face.
Le choc fut si violent, qu’Adonis s’évanouit, et une marque se creusa dans le mur.
- Tu n’es qu’un vulgaire Pantin construit à partir de sang et de magie, et autrefois conçu pour satisfaire ma faim. Tu n’es rien! Alors disparais!
D’un claquement de doigts, le Maître le fit disparaitre, laissant dans la Chambre, une atmosphère étrange et chargée de tension électrique.
Tessa tressaillit lorsque son regard de glace se posa sur elle, et qu’il lui demanda d’une voix dure:
- As-tu, toi aussi, quelque chose à me dire?
Domptant ses frissons de peur, elle hocha la tête.
- Et bien parle!
Elle sursauta, mais se força à parler.
Elle raconta avec détails ce qu’il s’était passé dans les cachots, sans rien oublier des paroles d’Adonis au moment où il tentait de tuer Florent, ni du fait qu’elle avait dû les arracher le bras pour l’arrêter.
Elle raconta ensuite ce qu’elle avait perçu dans l’esprit du prisonnier, et retint son souffle au moment où elle prononça les mots suivants:
- Et je…J’ai de bonnes raisons de croire que…qu’il est entré en contact avec la Divinité du Mondrose, et qu’à cause de ce lien, elle s’est éveillée.
Bien sûr, elle savait que cette nouvelle ferait déferler la colère du Maître, mais jamais, au grand jamais, elle n’avait imaginé la proportion qu’elle aurait.
Car ce qui s’était déclenché dans la Chambre, était une véritable tempête.
Les meubles et les draps volaient en tous sens. Les murs et les sols du château tout entier s’étaient mis à trembler, et les vitres des fenêtres se brisaient toutes les unes après les autres avec une rapidité et une violence effrayantes.
La taille du Maître doubla soudainement de volume, faisant subir à son corps d’emprunt des étirements extrêmes, et ses yeux avaient repris leur couleur blanchâtre originelle. Sa voix avait perdu ses accents veloutés et portaient des tonalités rocailleuses, et basses, telles un éboulement de pierres sur un pan de montagne.
- QUE VIENS-TU DE DIRE?
Terrorisée, Tessa se tassa sur elle-même dans une tentative désespérée d’échapper à la colère démoniaque de son créateur.
- Je…je vous en prie Maître, je ne faites pas de mal, je n’y suis pour rien. Je…je suis venue vous avertir, j’ai…J’avais pensé que si vous étiez informé vous pourriez…
- T’AI-JE DIS D’ARGUMENTER?
Elle se tassa un peu plus.
- Non Maître.
Mais elle sursauta de plus belle sous le cri de bête sauvage qu’il poussa.
- HORS DE MA VUE SONGEUSE! HORS DE MA VUE!
- O-oui Maître, tout de suite Maître…
Trop heureuse, elle s’enfuit en direction de la porte, en prenant soin de bien refermer le battant derrière elle. Mais elle ne s’était pas encore éloignée de la porte lorsqu’elle entendit:
- RAAAAH! PAR TOUS LES DÉMONS DE L’ENFER PAÉLIA, SI JAMAIS TU AS PRIS CONNAISSANCE DE MES PROJETS ET QUE TU COMPTES T‘INTERPOSER, JE JURE QUE J’AURAI TA PEAU!
***
Lorsque Florent s’éveilla, ce fut pour se rendre compte qu’il se trouvait dans le noir le plus total. Aucun rai de lumière ne filtrait de nulle part, et il lui était impossible de connaitre l’heure qu’il était ni de se repérer quant au lieu où il se trouvait dans la prison.
Il se sentait encore un peu déphasé et endormis. Car après un tel rêve, il ne se sentait plus vraiment les pieds sur terre, et commençait à se demander si tout ce qu’il avait vu n’avait été que le fruit de son imagination. Parce que, seul dans cette geôle, qui lui donnerait la preuve que ce qu’il avait vu était bien réel? Qui lui donnerait les réponses aux questions qu’il se posait encore? Et qui serait là pour lui confirmer l’existence de Paélia ainsi que ses dires?
Avec tous ces doutes, il sentait, malgré l’obscurité, la tête lui tourner et une bile amère lui remonter dans la bouche. Il se mit à tousser, et en portant la main à sa gorge, il se souvint.
Quelques instants avant de s’évanouir, Adonis avait voulu l’étrangler, et manquant de souffle, il avait perdu connaissance en se sentant être aspiré vers un gouffre sans fin. Il s’était cru en train de mourir…. Avant d’atterrir dans le Mondrose.
D’ailleurs, étant donné les circonstances qui avaient mené le Pantin de Luxure à de telles extrémités, il s’étonnait d’être encore en vie.
Sceptique, il se tâta le cou et ne ressentit que de légères douleurs dues à des bleus.
Mais pourquoi Adonis ne l’avait-il pas tué finalement? Il n’avait eu aucune raison valable de le garder en vie, sans parler du fait, qu’il ne lui avait pas laissé une seule chance de s’expliquer!
Il en était là de ses réflexions, lorsqu’un bruit sourd se fit entendre près de lui. Pris par surprise, il s‘écarta prestement de l‘apparition, mais une fois le choc passé, il s’en rapprocha pour toucher la chose du bout des doigts.
Ses mains entrèrent d’abord en contact avec une peau douce et chaude. Il réalisa qu’elle était humide aussi, et il porta un de ses doigts à sa bouche pour le goûter: il était salé!
Il écarta ses mains vers le haut puis vers le bas, songeant avec humour qu’il agissait comme un aveugle dans cette obscurité en n’utilisant que son sens du toucher.
Il découvrit peu à peu qu’il avait à faire à un corps humain, et face à son immobilité, craignit un instant qu’il ne soit mort. Il ne percevait pas de pouls, et il n’y avait aucun mouvement respiratoire non plus!
Pris de panique à l’idée de rester enfermé avec un cadavre, Florent se força à respirer lentement, et plusieurs fois afin de garder le contrôle de lui-même. Il allait attendre, et voir ce qu’il allait se passer. Mais si, d’ici ce qu’il allait compter comme deux jours, personne ne venait prendre de ses nouvelles, alors il tenterait de crier, d’appeler à l’aide.
Un peu plus tard, alors qu’il en était à quatre-vingt-quinze minutes, Florent cru entendre comme un bruit de vêtements froissés….et prit peur.
Le mort revenait à la vie!
- Mmmh, où suis-je?
Sa peur disparu aussi vite qu’elle était apparue au moment même où il reconnut la voix d’Adonis, et il se senti stupide.
C’était donc pour cela qu’il n’avait pas relevé de battements de cœur ni de respiration!
Mais sa joie fut de courte durée, que faisait-t-il ici?
Le souffle court, il prit soin de garder un ton calme lorsqu’il murmura:
- Tu es dans ma cellule. Et tu as essayé de m’étrangler.
Il sentit qu’Adonis avait dû sursauter.
- Ah, tu es là. Alors, il m’a confiné avec toi. A bien y réfléchir, ce n’est pas plus mal, de cette façon, chacun de nous aura de quoi…s‘occuper.
La voix du Pantin venait de se briser, et il lui était devenu impossible de prononcer la moindre parole cohérente sous la violence des sanglots qui l’agitaient.
Un peu perdu, Florent ne comprenait pas vraiment ce qu’il lui arrivait. Pourquoi cette crise de larme si soudaine?
- Je…je…s’il te plait Florent, je…Je t’en…t’en prie…prend…prend-moi dans tes…tes bras….je t’en…prie…
- Mais…
Florent ne savait pas quoi faire. Adonis semblait avoir de graves problèmes, et lui apporter du réconfort était la seule chose à peu près humaine qu’il pouvait faire. Mais il n’oubliait pas sa tentative de meurtre, et il ne voulait pas risquer de s’approcher à nouveau de lui, même s’il comprenait plus ou moins les raisons qui l’avaient poussé à agir de cette façon.
- Je ne sais pas trop. Je n’ai pas gardé un très bon souvenir de la fois où je me suis rapproché de toi.
Il n’avait pas non plus oublié la scène du baiser et ne désirait pas recommencer.
- Je ne crois pas que ce soit une bonne idée Adonis. Je préfère rester à bonne distance de toi, et rien ne nous empêche de discuter de là où nous sommes.
Il entendit le rire désabusé du Pantin, qui semblait avoir arrêté de pleurer, et réprima un frisson.
- Oui, bien sûr, je te comprends. L’attraction que j’exerce sur toi est trop forte, et cela te fait peur. Mais je ne vois pas de quoi tu t’inquiètes. Je suis en train de mourir, alors que tu sois près ou loin de moi…au fond, qu’est-ce que cela change?
Il renifla avant de poursuivre:
- De toute façon, je ne vaux rien! Personne ne ressentira jamais rien pour moi, et je mourais seul, sans jamais avoir reçu la moindre affection de la part de celui que j’aime et que j’ai toujours aimé…
Touché au cœur par sa déclaration, Florent relâcha sa méfiance et se laissa guider par sa bonté et par sa compassion d’homme amoureux. Lui aussi avait connu cette tristesse et cette angoisse provoquée par le comportement blessant de l’être aimé, et il ne pouvait s’empêcher de souffrir en même temps que les personnes victimes de ces souffrances.
S’approchant à tâtons, il parvint finalement jusqu’au Pantin, et le prit dans ses bras pour le bercer.
- Là, là, appuie-toi contre moi. Ne t’en fais pas, tout va s’arranger.
Mais alors qu’il continuait d’enlacer Adonis, celui-ci se tourna vers lui et emprisonna son visage entre ses mains. Lorsqu’il lui murmura ces mots à l’oreille, la voix sanglotante avait laissé la place à une voix sensuelle et séductrice.
- Oh, Florent, si tu savais…J’ai tellement faim de sexe…et tellement besoin d’affection! Dis, tu ne voudrais pas qu’on…se fasse du bien?
- Hein? Non ! C’est hors de question, je te l’ai déjà dit!
Dégoûté, le jeune homme tenta de s’éloigner d’Adonis, mais celui-ci avait plus d’une idée derrière la tête, et s’accrochant fermement à son cou, il se colla à lui et frotta son bassin contre le sien.
- Tu sais, c’est le matin là-haut, et tous les hommes au réveil le matin sont…vigoureux. Et je sais que tu viens de te réveiller. Tu dois sûrement te sentir très à l’étroit là-dedans non?
A présent plus agacé qu’autre chose, Florent écarta violemment sa main de son sexe, et s’éloigna de lui.
- Ne me touche pas!
Ils restèrent un instant immobile, puis le silence fut bientôt brisé par la voix aux accents dangereux d’Adonis.
- Très bien. J’ai essayé la manière douce, mais il semblerait que cette technique ne fonctionne pas avec toi. Alors je pense qu’utiliser la manière forte s’impose. Sache que le Maître m’a rejeté, mais je ne veux pas mourir avant de m’être vengé de lui. Pour l’instant j’ai des encore des réserves, mais je m’affaiblis de jours en jours. Et pour éviter cela, je dois me nourrir quotidiennement. Or n’ai plus qu’une seule et unique source de nourriture à ma disposition, et c’est toi.
- Quoi? Mais non! Je ne v…Hum!
Mais Florent n’eut pas le temps de finir sa phrase, car déjà, Adonis lui jetait un sort d’Attraction assez particulier, et le choc l‘en laissa muet.
Puis, s’approchant de lui à pas de loups dans le noir, le Pantin s’assit près de lui et emprisonna ses lèvres entre les siennes afin de sceller le sort.
Florent aurait voulu protester et se débattre, mais la Brume du Désir faisait déjà effet en lui retirant toute envie de résistance puis en supprimant chacune de ses pensées.
Séduit, malgré lui, le jeune homme se laissa faire, offrant ainsi au sort, tout aussi sensuel que persuasif, la possibilité de s’infiltrer profondément en lui, et de prendre aisément le contrôle de son esprit et de sa volonté.
Il n’était plus qu’une poupée de chiffon et de ressentis, et c’est dans la plus parfaite passivité qu’il laissa Adonis le déshabiller et l’allonger sur le sol pour lui faire l’amour.
Très vite, il parcouru chaque centimètre de son corps par ses mains fines, ses lèvres gourmandes et sa langue humide et brûlante.
Florent haletait et gémissait fortement sous l’érotisme de ces attouchements, et son corps était déjà si excité par le sort, qu’il jouit immédiatement dès que le Pantin le prit en bouche. Puis, en animal insatiable, celui-ci s’empressa d’en avaler la semence, et gémit de plaisir lorsqu’il sentit le liquide couler dans sa gorge jusqu’à son estomac et revitaliser son corps sans vie.
Mais ce n’était pas encore assez, et ce fut d’une voix rauque que le Pantin lui murmura à l’oreille:
- J‘en veux plus, Florent, vite! Donne m’en beaucoup plus!
Perdu dans un brouillard de sueur, de sexe et d’érotisme, Florent ne ressentait rien d’autre que le plaisir à l’état pur, et il ne résistait pas à la jouissance à chaque fellation. Il s’abandonna à l’extase à un nombre incalculable de fois, en cédant, encore et encore, au plaisir que lui prodiguait Adonis, lorsque celui-ci le taquinait de sa langue et de ses dents avec une lascivité des plus démoniaques.
La bouche d’Adonis quitta bientôt sa verge gonflée et humide, et il se positionna à califourchon au-dessus de Florent après s’être préalablement préparé.
Mais avant, il murmura avec passion:
- Oui, c‘est cela! Offre-moi ton corps, et je te ferais oublier jusqu’à l’existence de cet Elizia que tu aimes tant!
Puis il s’empala lentement sur lui.
Le cri de plaisir que Florent poussa lorsqu’Adonis l’introduis en lui, se répercuta en échos dans toute la prison. Il ne s’était pas attendu à une telle explosion de sensations et de ressentis, et il ne parvenait plus à réfléchir. Être en Adonis était si bon! S’il avait su qu’être dominant était aussi grisant, il aurait essayé depuis bien longtemps, et même s’il appréciait aussi d’être dominé, il comprenait mieux à présent ce que devait ressentir Elizia lorsqu’ils faisaient l’amour.
« Comment ça lorsqu’Eliza et lui faisaient l’amour? Qui était cet Elizia? Pourquoi pensait-il à un autre alors qu‘il possédait déjà le meilleur amant au monde? »
Ce n’était qu’une pensée parmi tant d’autres, mais celle-ci provoqua en lui un bouleversement immédiat.
Il ne savait pas exactement ce que c’était mais, il sentait que quelque chose venait de changer dans son esprit lorsque cette pensée y avait surgit : comme si une pensée fondamentale lui avait été arrachée et qu’elle tentait de reprendre sa place.
Mais il n’eut pas le temps d’analyser plus en avant cette intuition car Adonis accéléra la cadence au même moment et lui fit perdre le fil de sa réflexion.
Chacun de ses va-et-vient sur lui, l’envoyait de plus en plus loin sur m’échelle du plaisir, et lorsque l’orgasme le surprit, il s’y abandonna dans un long gémissement emplis d’un bonheur sans mélange.