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Chapitre 21

21.

Les deux jeunes femmes étaient déjà devant sa porte lorsqu’Elizia sortit de sa chambre pour aller à leur rencontre.
Il lut une joie et un soulagement tellement profonds dans leurs yeux, que son cœur se mit à battre plus rapidement qu’à l’accoutumée.
Elles l’enlacèrent de leurs bras frêles, lui transmettant dans cette accolade, toute l’affection qu’elles éprouvaient à son égard.
Célestina la première, lui chuchota au creux de l’oreille:
- Nous avions tellement peur de vous avoir perdus! L’idée que vous soyez mort vous aussi, nous terrifiait!
Et Olivia de confirmer:
- Je ne saurais mieux dire que Celly!
Touché par tant d’attention, le jeune homme leur proposa de s’asseoir dans sa chambre pour y être plus à l’aise. Mais elles reculèrent subitement de plusieurs pas, l’air horrifié, comme s’il les avait giflées.
- Surtout pas Elizia!
- Avez-vous oublié que c’est interdit!
- D’autres sont morts pour moins que ça!
Perplexe, Elizia referma la porte et s’y adossa, observant d’un œil critique leurs mines affolées. Seraient-elles devenues folles?
Peut-être souffraient-elles de troubles sérieux, sinon pourquoi parleraient-elles s’en arrêts d’un risque de mort?
- Veuillez m’excusez mesdemoiselles, mais j’ai du mal à saisir. Saisissant au vol le regard soupçonneux qu’il leur adressait, Olivia porta la main à sa bouche, l’air choqué.
- Seigneur, voilà qu’il nous croit folles!
Célestina lui renvoya son regard, et murmura doucement:
- C’est aussi ce que je me demande ces temps-ci, si je ne suis pas folle. Il se passe des choses si étranges dans cette école que j’ai parfois l’impression de ne plus savoir démêler le vrai du faux.
Elizia croisa les bras sur son torse, l‘ai pensif. Il avait déjà fait l’expérience de ne plus savoir faire la différence entre ce qu’il vivait et ce qu’il croyait vivre. Néanmoins, il avait l’impression que leur histoire traitait d’un tout autre sujet. Il s’était tenu à l’écart de la réalité pendant si longtemps!
Las de se tenir debout, il invita ses amies à s’asseoir à même le sol. Il se souvenait qu’au matin, il avait voulu les presser de questions, mais à présent, il souhaitait d’abord les écouter.
- Racontez-moi tout.
Célestina prit une grande inspiration, et tenta de calmer les tremblements de son corps.
- Il y a…il y a quelque chose qui rôde dans ce château. Une chose horrible et monstrueuse qui nous fait tous disparaitre les uns après les autres. Personne ne sait ce qu’elle est, car personne ne l’a jamais vue ni n’a réussi à survivre assez longtemps à ses assauts pour en réchapper et dévoiler son…son identité.
Elle se tamponna les yeux à l’aide d’un mouchoir, puis repris d’une voix tremblante:
- Les élèves comme les serviteurs sont menacés, mais étrangement, les professeurs ne semblent pas s’en préoccuper. C’est à peine s’ils s’en inquiètent ! Personne ne peut prévoir qui sera la prochaine cible de cette chose, ni le moment qu’elle va choisir pour passer à l’attaque. La dernière agression remonte à deux jours. Alors la prochaine peut tout aussi bien se dérouler cette nuit, demain ou dans une semaine! Je ne sais pas comment cette…cette créature fait pour pénétrer dans nos chambres sans que l’on s’en aperçoive! C’est vraiment terrifiant Elizia! Si vous aviez vu ce que j’ai vu… Tout ce sang…Tous ces cadavres….Oh mon Dieu!
Olivia serra son amie dans ses bras lorsque les sanglots la submergèrent, continua le récit à sa place, espérant lui apporter un peu de réconfort et un semblant de sécurité.
- Excusez-nous du spectacle que nous vous offrons Elizia, mais ces temps derniers ont été très éprouvants. Comme Celly vient de vous l’expliquer, nous courrons tous un horrible danger, et la peur est devenue notre lot quotidien depuis quelques mois. Il nous est devenu très difficile de ne pas sursauter en entendant un claquement de porte, ou de ne pas trembler en apercevant des ombres sur les murs. Chaque soir, je dors la lumière allumée, je ne sors jamais dans les couloirs à moins d’être accompagnée, et je reste le plus souvent possible dans les classes. Je suis persuadée que l’isolement est ce qui favorise les attaques de cette bête. Si nous restons groupés, nos chances de survie seront meilleures!
Le visage strié de larmes de Célestina était encore lové contre la poitrine d’Olivia, mais son murmure étouffé était porteur de tant de peur qu’Elizia en frémit de la tête aux pieds.
- Mais malgré toutes ces précautions, j’ai parfois l’impression de sentir sa présence derrière moi, de percevoir son souffle sur ma nuque. Alors je courre et je crie. Je pars me cacher pour pleurer et prier le Ciel de me préserver. Mais ce n’est pas assez, ça ne m’empêche pas d’avoir ce mauvais pressentiment, ce sentiment que quelque chose de mauvais est en train de se passer, que quelque chose de mal va m’arriver et me faire souffrir…tellement souffrir…
Le jeune homme écoutait en silence, l’effrayant récit de ces évènements. Le cœur et les poings serrés, il maudissait son impuissance face à leur détresse. Il n’avait pas les mots qui auraient pu les réconforter, les rassurer. En tant que simple spectateur de leur malheur, il se sentait plus impuissant que jamais.
Mais ils étaient dans une école nom de Dieu! Comment de telles choses comme des démons incubes et des meurtres à répétition, pouvaient arriver? Rien de tout cela n’était normal, ni naturel, ni….
C’est alors qu’il se souvint. Il avait déjà ressenti ce malaise, ce sentiment d’anormalité, pas plus tard que ce matin. Lors du petit déjeuner, en observant chacun des élèves présents à la table, il avait remarqué les mines effrayés, les regards fuyants, et les dos courbés par la crainte d’une menace quelconque. Dans les couloirs également, il en avait surpris quelques-uns en train de raser les murs, et de regarder sans arrêts derrière eux, comme s’ils étaient poursuivis.
Tous sursautaient à chaque bruit suspect, arboraient d’immenses cernes à cause de leurs insomnies, et ne faisaient que picorer lors des repas. Il avait eu le loisir d’observer chaque personne qu’il croisait, relevant au passage les mêmes symptômes, et à présent qu’il y réfléchissait, il n’avait pas non plus aperçu les domestiques en livrée, qui les servaient habituellement lors des repas. Tout comme à aucun moment il n’avait aperçu Friedrich.
Peut-être l’évitait-il encore à cause de leur précédente querelle? Elizia le savait doté d’un caractère fort, héritage de ses illustres ancêtres celtes, alors peut-être était-il excessivement rancunier?
Mais en réfléchissant à la situation, le jeune homme ne put parvenir à cette conclusion, car même en ayant un tel comportement asocial, l’écossais n’aurait pas pu passer toute la journée sans être vu à cause des cours qu’ils partageaient et des repas qui se déroulaient à heures fixes. Elizia l’aurait alors obligatoirement aperçu, même furtivement.
Mais ça n’avait pas été le cas. Son ami était resté introuvable jusqu’à ce soir, et encore une fois, ce n’était pas normal.
Alors l’aura glacée de la crainte l’enlaça lorsqu’il se souvint du jour où il avait reçu la rose de l’incube et ce qui en avait résulté. Il avait blessé Friedrich après les soins que celui-ci lui avait prodigué, piétinant sans vergogne son amitié, et récoltant de ce fait un hématome dû à un coup de poing à la mâchoire.
Avec du recul, Elizia jugeait que son ami aurait pu lui faire d’avantage, il l’aurait mérité. Néanmoins, le Maître n’avait pas été de cet avis, et avait promis une punition exemplaire à celui qui avait osé toucher son bien. Mais avait-il mit sa menace à exécution? La réponse l’effrayait bien trop, mais il n’avait pas le choix. Si jamais les jeunes filles n’en savaient pas plus que lui sur la question. Il ne pourrait pas se défiler une seconde fois, et devrait signer le Pacte de Sang afin d‘obtenir les réponses qu‘attendaient si désespérément ses questions.
Déglutissant avec difficulté, il prit soin d’articuler lentement sa question, sans montrer aucune émotion alarmante.
- Olivia, Célestina, je ne sais pas quoi faire pour vous venir en aide, moi-même, je ne sais même pas comment je puis vous être utile. En revanche, vous pouvez m’aider. Je sais que votre situation est terriblement dangereuse, et que vous pensez à bien autre chose, mais, j’ai besoin de savoir où est passé Friedrich.
Dans l’obscurité, il remarqua difficilement la lueur peinée dans leurs regards surpris.
- Alors vous ne savez pas?
- Qu’est-ce que je ne sais pas? Tout ce que je sais, c’est que je ne l’ai pas vu de la journée, et qu’il n’était pas auprès de vous alors qu‘il ne vous quitte habituellement jamais d‘une semelle. Savez-vous où il se trouve?
Olivia baissa les yeux, et en voyant la tristesse de leur visage, il eut sa réponse. Sauf qu’elle n’était pas ce qu’il espérait.
- Je suis désolée Elie mais, Friedrich n’est plus de ce monde. Il a disparu, il y a quelques semaines, et depuis, il n’est plus revenu. Tous ceux qui disparaissent n’ont jamais plus donné de signe de vie, alors nous supposons qu’il est mort.
Le jeune homme ferma les yeux, résigné.
Alors tout était fini.
Le Maître avait gagné la partie.
Le pauvre pion qu’il était n’avait plus qu’à s’incliner, car c’est-ce qu’il devrait faire s’il voulait cesser de cheminer dans le brouillard, et entrevoir enfin la lumière.

***

Quelqu’un l’attendait déjà dans la pièce.
Il le sentit dès qu’il posa le pied sur la dernière marche le ramenant à la chambre.
- Ah! Te voilà enfin de retour!
Son ami, Belzébuth, le Prince des Ténèbres et Héritier du Trône des Enfers, se prélassait entre les draps de soie rouge rubis de son lit sans aucune gêne, ni aucun savoir-vivre. Mais il était un démon sans foi ni loi après tout.
Retenant une moue dégoûtée, Idalgo referma la porte, dissimulant avec précaution l’odeur et les dernières traces de son festin derrière les tâches de sang de Friedrich.
- Oui, je suis de retour. Désolé pour l’attente, mais il se trouve que l’animal s’est révélé être plus difficile à dompter que je ne l’avais prévu.
Et c’était en partie vrai.
Friedrich avait montré une force de caractère hors du commun, et son incroyable volonté de vivre l’avait impressionné. Mais il avait été fou de vouloir combattre ce qui était indéniablement plus puissant que lui, et son agonie avait été lente et cruelle. Le Maître avait eu presque pitié de lui, presque.
Mais l’incube n’avait pas passé tout son temps à jouer avec le feu écossais. Il s’était assuré du bon déroulement du processus régénérateur des cocons et s’était nourri de leurs fluides vitaux. Les Eléments en léthargie étaient dorénavant sous leur forme originelle. Ils étaient faibles, sans défenses, et dépourvus de tout moyen de réincarnation dans un nouveau corps humain. Ils étaient piégés, et voués à la mort.
Ou à la Fusion dans son corps à lui.
Belzébuth retira un tendon d’entre ses crocs, avant de grogner:
- Je te comprends. Parfois les humains ont la dent dure, c’est presque aussi agaçant que de perdre une griffe. Ca coupe l’appétit.
- Si tu le dit.
Le Maître s’approcha d’une petite table, et se servi un verre de whisky.
Il observa un moment le liquide ambré onduler doucement dans le verre, avant de le vider d’une seule gorgée. L’alcool ne lui faisait aucun effet, mais il appréciait le goût corsé du liquide, et le chemin brûlant qui enflammait son gosier à chaque gorgée prononcée. Il avait récemment pris l’habitude d‘en boire un verre après chaque repas, et son côté reptilien en raffolait.
- Puisque tu ne sembles pas vouloir aborder le sujet, permets-moi de le faire à ta place! Je viens te faire mon rapport, et je pense que tu vas être plutôt content.
Le Maître faillit renifler de dédain. En quoi savoir le nombre d’humain qu’il avait dévoré le rendrait-il content? Il se fichait éperdument de ses exploits voraces! Depuis qu’il ne restait qu’une étape avant la Grande Fin, savoir ce genre de chose lui devenu était bien égal. Belzébuth aurait pu se manger lui-même, que ça ne lui aurait fait ni chaud ni froid!
- Ah oui?
Tout ce qui lui importait, c’était de revoir Elizia pour mettre à exécution la dernière phase de son plan. Celui-ci avait eu bien assez de liberté, il était temps qu’il revienne au bercail et se souvienne du rôle qu’il devait tenir.
Mais bien sûr, il ne montra rien de ses pensées, et joua le démon intéressé.
- Et bien je t’écoute.
Le sourire malsain de Belzébuth s’élargit.
- L’ambiance là-haut n’est pas des plus joyeuses. Tout le monde est terrifié et est à deux doigts de céder à la panique. Je trouve ça très drôle pas toi? Enfin, depuis qu’ils sont arrivés ici, j’ai réussi à réduire leur nombre au trois quart de ce qu’ils étaient à l’initial. Avoue que c’est plutôt pas mal en si peu de temps! Je suis plutôt fier de moi.
Et c’était ça qui le ravissait? Idalgo retint un soupir blasé.
Mais que faisait donc ce prince inutile durant son temps libre?
Belzébuth dû comprendre le cheminement de ses pensées car, son sourire disparu, laissant la place à une lueur sombre et froide au fond de ses yeux sans pupilles.
- Je tiens quand même à signaler que je ne suis pas un ventre à pattes, mais un démon qui a de gros besoins alimentaires. Je suis encore ton prince, il me semble, alors je te prierais de ne pas m’insulter.
Le Maître retint un signe d'étonnement.
Depuis quand ne se considérait-il plus comme un vortex ambulant et glouton? Ce genre de changement soudain, était plutôt rare. D’où venait donc cette nouvelle considération de lui-même?
Contrarié, il posa son verre et alla s’asseoir sur le divan en face du lit. Croisant ses longs doigts longilignes, il plongea son regard de glace dans celui du prince et murmura doucement:
- N’aurais-tu pas récemment fait un voyage dans les souterrains Belzé? Parce que j’ai la nette impression que tu ne me dis pas tout.
Cette façon de penser ne pouvait venir que d’une seule personne au monde, et il lui était extrêmement désagréable d’imaginer que son ami - et plus fidèle serviteur jusqu‘à présent -, puisse l’avoir adoptée avec tant de zèle.
- Je pense finalement que ton rapport ne va pas du tout me rendre content.
Longtemps, ils se mesurèrent du regard, tels deux loups dominants dans la même meute. Mais sans doute conscient de son désavantage – il était dans la chambre d’Idalgo et non dans son antre -, Belzébuth baissa les yeux, et lui raconta tout.
Lilith était venue de nombreuses fois au château pour lui rendre visite, et tenter de le persuader encore et encore de venir avec elle. Devant ses refus successifs, elle avait peu à peu abandonné pour mieux revenir à la charge avec d’autres arguments de poids : en tant que prince héritier et futur souverain des Limbes, il était inconcevable qu’il se laisse dominer par un démon de basse classe. Ce n’était pas normal, et il se devait de donner l’exemple à ses sujets.
Elle avait tenté de lui enfoncer dans le crâne, que punir Idalgo pour son impudence à lui donner des ordres et à le considérer comme un laquais destiné à ne se servir que de son estomac, était la meilleure solution pour obtenir leur soumission à tous.
Belzébuth leva vers le Maître un regard peiné, avant de grommeler :
- J’ai bien sûr refusé de l’écouter. Une fois de plus. Mais comme tu le sais, ma mère est tenace. Elle m’a dit de te transmettre un message : elle t’a à l’œil.
L’incube préféra ne rien dire, et lui intima de partir d’un signe de tête.
Une fois le Prince sorti de la pièce, Idalgo laissa éclater sa colère, poussant des cris de rage et de frustration qui firent trembler les murs. Ivre de rage et de colère, il se sentait comme sur le point de réduire en miettes le monde entier et ses souterrains. Il ne savait plus de quelle façon maudire cette harpie, et il bouillonnait tant de haine envers elle, que s’en était presque physique.
Il fulminait rien que de penser à elle et à ses ruses mises en place pour le contrer dans tout ce qu’il entreprenait. Ne pourrait-il donc jamais se libérer d’elle? Ses attaques ne cesseraient-elles donc jamais?
Se levant, puis se dirigeant vers les immenses fenêtres de sa chambre, il leva ses yeux de glace, et contempla la nuit étoilée d’un regard vide. Un voile de fatigue lui battre les paupières, et excédé, il se passa une main sur le visage.
La nuit dernière avait été des plus éprouvantes, peuplée de rêves étranges et de visions terrifiantes qui l’avaient déstabilisé par leur violence. Il reconnaissait là les inconvénients du pouvoir des Eléments, dont les fluides, trop riches en vies successives et en souvenirs de leurs existences passées, ne pouvaient qu’affecter celui qui les absorbait en quantité conséquentes.
Mais il lui était impossible de prévoir les séquelles. Car tout en lui était en train de changer, et jamais il ne s’était senti aussi faible, aussi exposé. L‘essence même de son être se modifiait, et se sentir si vulnérable commençait sérieusement à l’effrayer.
Ajouter à cela, sa rage colérique envers la reine, ne faisait qu’aggraver considérablement son état déjà instable, et s’il ne se déchargeait pas bientôt de cette tension, il allait devenir fou.
Caressant le verre des vitres du bout de ses doigts, il ressenti une crampe insidieuse endolorir les parois sensibles de son estomac, et se propager vers d’autres muscles, les rendant tout aussi douloureux. C’étaient les signes avant-coureurs de la faim, et il soupira à l’idée que cela aussi était un problème qu’il faudrait régler au plus vite.
Cela faisait des mois qu’il ne s’était repu du corps d’Elizia, et tout son être réclamait à grands cris sa chaleur, ses cris et sa résistance farouche.
Bien qu’il ait réussi à dominer sa faim jusqu’ici, à museler ses pulsions animales, ses sens avaient gagné en force et en puissance, et à ce stade, il ne pourrait plus se maîtriser très longtemps.
Mais il se devait d’abord de procéder par étape, d’être patient et méthodique, car s’il précipitait tout par manque de réflexion, il courrait à sa perte. Et échouer était tout simplement hors de question.
Avant toute chose, il allait régler ses problèmes de sommeil, en allégeant son esprit de tous ces songes indésirables grâce à Tessa. Puis il accueillerait Elizia comme il se devait, et accomplirait la dernière phase de son plan.

***

La tension qui régnait dans la chambre s’accroissait au fil des heures, et Adonis avait les nerfs à vif. Il mourait d’envie de se jeter sur ce sale petit blond arrogant pour lui arracher les yeux et les lui faire bouffer, mais il ne le pouvait pas, il avait besoin de lui pour survivre.
Depuis leur première fois dans les cachots, Adonis avait repris du poil de la bête et se sentait mieux que jamais. Son teint pâle avait retrouvé ses reflets de nacre, ses yeux bleus recommençaient à briller, ses joues se paraient à nouveau de leur couleur rosée, et son corps était redevenu aussi fort et svelte qu’autrefois. L’énergie circulait à nouveau dans ses veines, moins puissante que celle qu’il ingérait habituellement, mais elle le régénérait, et c’était l’essentiel.
Il savait qu’il aurait dû remercier le destin ou une divinité quelconque pour cette aubaine, mais en cet instant, tout ce qu’il désirait ardemment était de réduire à néant la suffisance effrontée du petit con assit en face de lui et qui l’ignorait avec un flegme désarment.
Les mains crispées sur les draps de soie bleu de son lit, Adonis regardait, avec une haine grandissante, Florent terminer son repas avec calme et s’essuyer tranquillement la bouche comme s‘il ne sentait pas brûler sur lui un regard meurtrier. Son air serein et indifférent étaient insupportables, et il lui démangeait d’activer le sort qui brûlait en lui pour le soumettre à sa volonté.
La Brume du Désir était un pouvoir de moindre puissance que ceux du Maître, mais il était efficace et permettait d’obtenir d’excellents résultats en peu de temps. Il n’y avait qu’à voir la rapidité à laquelle Florent y avait succombé pour comprendre que même les esprits les plus récalcitrant faisaient le gros dos une fois sous son emprise.
Aujourd’hui encore, il usait de cet unique pouvoir hérité lors de sa création, et qu‘il chérissait plus que tout. Surtout pendant leurs ébats, lorsque la docilité de Florent était un plaisir pour les yeux…et les sens.
Mais à cette heure nocturne, nulle docilité n’était au rendez-vous.
La rébellion et l’indifférence qu’affichaient Florent à son égard, étaient révoltantes et le blessaient cruellement dans sa fierté. Il détestait l’indifférence. Surtout lorsqu’elle était dirigée contre lui.
Trois petits coups se firent entendre à la porte, forçant Adonis à éloigner son attention de ses sombres pensées. Il ordonna au visiteur d’entrer, et offrit un doux sourire à celle qui ne l’avait jamais trahi.
La longue silhouette féline de Tessa s’insinua entre les battants entrouverts, et pénétra dans la pièce d’un pas souple et silencieux. Elle trottina vers le lit où se tenait le Pantin de Luxure, sauta et y atterri d’un bon gracieux toujours silencieux.
Ouvrant grand les bras, Adonis serra contre elle la panthère aux yeux de braise, qui ronronnait et frissonnait de satisfaction à son contact.
- Comment te sens-tu petit homme?
- Je me porte à merveille! Il y a un moment que tu n’es pas venue me rendre visite, je me languissais de toi.
- Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Mais le Maître rêve beaucoup ces temps-ci, et tu sais qu’ingérer ses rêves me demande un certain temps. Ils sont de plus en plus difficiles à assimiler, un peu comme s’ils m’opposaient une sorte de résistance. C’est assez troublant.
Il n’avait pu empêcher un frisson de le parcourir au moment où elle avait mentionné leur créateur. La cicatrice au fond de son cœur, symbole de leur rupture brutale et cruelle, n’avait pas encore guéri, et suintait comme une blessure infectée par la gangrène.
Tessa l’observait de ses yeux rouges, et il y décela une lueur bien connue. Elle s’inquiétait pour lui.
- Tout va bien? Tu m’as dit te porter à merveille, mais j’ai plutôt l’impression que c’est tout le contraire. Adonis prit une grande inspiration pour se calmer.
- Je sais que ça fait déjà plusieurs mois, mais…C’est juste que, je ne me suis pas encore remis de son rejet. Et…
Il jeta un long regard noir à Florent, à présent allongé sur une ottomane près de la fenêtre. Celui-ci semblait admirer les étoiles, mais cela se voyait parfaitement qu’il écoutait leur conversation. Il jouait les indifférents, mais il restait un homme curieux, et ce trait de caractère le trahissait indéniablement.
- Et celui-là ne me facilite pas la tâche!
Compatissante, Tessa hocha la tête, et lui lécha affectueusement la joue.
Ce geste le surpris. Il était extrêmement rare qu’elle témoigne son affection de cette manière, jugeant bien trop vulgaire pour la créature qu‘elle était d’agir ainsi. Elle lui jeta un regard provoquant et ronronna joyeusement :
- Et oui, je suis un être plein de surprises!
Puis reprenant un ton plus sérieux :
- Tu veux que j’aille lui parler? Je sens de la tension entre vous.
Il ne répondit pas. Alors elle insista:
- Tu ne penses pas qu’être en bons termes avec lui simplifierait les choses? Sans vous en rendre compte, vous empruntez le même chemin qu’Elizia et le Maître. Deux relations conflictuelles sous le même toit n’est pas bon pour le karma!
Amusé, Adonis glissa ses longs doigts fins dans l’épaisseur moelleuse de son pelage noir.
- Tu es mal placée pour parler de karma ma chère. En tant que Pantins, nous en sommes totalement dénués. Mais si tu aimes à croire que tu peux en avoir un, je t’encourage à suivre cette voie qu’est l’auto-persuasion. Je t’assure que ça fonctionne, et je parle en toute connaissance de cause.
Exaspérée, elle leva les yeux au ciel, et le mordilla la main.
- Alors? Veux-tu que j’aille lui parler?
Le Pantin exhala un soupir, et rendit les armes.
- Fais comme tu veux ma belle. De toute façon, tu l’aurais fait, avec ou sans mon accord.
- Très bien.
- Je vais aller me promener. Si je reste ici encore une seconde de plus avec lui, je pense que je vais l'étrangler.
Tessa le regarda s’éloigner en direction de la porte, et murmura une fois qu’il l’eu refermée derrière lui:
- Amuse-toi bien.

***

Chaque marche de l’escalier qu’il descendait lui rappelait les questions que ses amies lui avaient posées au moment où il allait partir, et chacune d’entre elles lui martelait un peu plus le cœur.
« - Je vais partir.
- Oh! Mais attendez! Et nous alors?
- Oui! Nous avons aussi des questions à vous poser!
- Voyons mesdames, je…
- Où étiez-vous passé?
- Qu’avez-vous fait pendant ce temps?
- Savez-vous qui est derrière tout ça?
- Avez-vous au moins des soupçons?
- Je…Je ne peux pas répondre à vos questions, je suis désolé. Je…je dois m’en aller…
- Non! Vous comptez nous abandonner encore une fois? Mais vous n’avez pas le droit! Friedrich n’est plus là pour nous, alors vous avez le devoir de nous protéger!
- Vous devez rester près de nous! Sinon qui sera là quand on sera agressées?
- Je suis vraiment désolé. Mais je dois partir.
- Peut-être ne sommes-nous pas vos amies en définitive.
- Oui, si finalement notre sécurité vous importe si peu…
- Peut-être préférez-vous finalement notre mort. »
Cette dernière phrase avait suffi à le briser, parce que justement, il ne voulait pas leur mort. Il souffrait déjà assez d’avoir causé celle de Friedrich, et il ne tenait pas à ce que la leur s’ajoute à la sienne.
Il savait que tout cela était injuste pour elles. Elles avaient satisfait sa curiosité sans recevoir de retour de sa part. Elles avaient bravé leur fatigue, et osé espérer pour finalement n’obtenir que rejet et déception. Quelle humiliation avaient-elles dû ressentir! Elles lui avaient ouvert leurs cœurs, déposés leurs espoirs, leurs larmes et leurs peurs à ses pieds, et lui qu’en avait-il fait? Il les avait piétinés sans compassion.
Mais qu’aurait-il pu leur dire?
Leur mentir aurait été exclu après tant de franchise.
Mais quoi alors?
Aurait-il dû leur dire qu’il soupçonnait un incube malfamé d’être derrière toute cette histoire? Que des démons leurs courraient après, qu’elles ne pouvaient pas s’enfuir de cet endroit maudit et qu’elles étaient destinées à mourir loin de leurs proches? Que lui-même était pieds et poings liés à cause d’un contrat démoniaque instauré par son propre père qui l’obligeait à faire des choses indécentes? Qu’il était à l’origine du meurtre prémédité de leur ami?
Bien sûr que non, et tout le problème était là. Il ne pouvait parler de ce qu’il savait à personne, sous peine de passer pour un fou. Celly et Ollie ne l’auraient pas cru, c’était sûr, et le résultat en aurait été catastrophique.
Mais à présent, il réalisait une chose qu’il n’avait pas encore comprise avant: le nombre de victimes impliqué dans toute cette histoire surnaturelle venait de passer de deux à une centaine de personnes. Il n’était plus seulement question de lui et de Florent, mais de tous les élèves enfermés et menacés de mort dans cette prison dorée, et s’il ne prenait pas l’initiative de tous les sauver, quel qu’en soit le prix, personne ne le ferait.
Le hall aux huit portes était, comme toujours, plongé dans une obscurité totale, et Elizia dû s’appuyer aux murs afin de pouvoir se repérer. Ne sachant pas quoi faire maintenant qu’il était au point de rendez-vous habituel, il attendit que le Maître lui fasse un signe.
Il n’eut pas à patienter longtemps, et un fil doré apparut sur le sol.
Scintillant de mille feux dans l’obscurité profonde, et disparaissant dans la bouche béante d‘une porte qui venait de s‘ouvrir.
Il se demandait encore ce qu’il devait en faire, quand une voix basse et séductrice résonna dans un coin de sa tête :
« Suis le fil d’Ariane Elie, sa dorure te mènera jusqu’à moi. Ah, et n’essaie pas de le récupérer, c’est inutile, sa lumière disparaitra à chacun de tes pas. »
Elizia obéit donc aux directives, suivant le fil chatoyant jusqu’à sa prochaine destination. La porte se referma derrière lui, l’enfermant dans une obscurité absolue qui l’emplit d’un sentiment d’oppression.
Son trajet ne ressemblait en rien du précédent qu’il avait effectué avec Tessa. Il n’y avait pas de pièces éblouissantes de lumières, ni de couloirs mouvants et mystérieux. Tout était néant et obscurité, ne permettant pas de distinguer le haut du bas, ni la droite de la gauche.
Pendant de longues minutes, Elizia ne put que suivre la direction du fil, en tentant de repousser l’entêtante impression d’être épié. Mais alors qu’il allait entrer dans le halo scintillant émis par la dorure de la porte de la Chambre des Plaisirs, la lueur du fil d’Ariane s’éteignit, le plongeant dans l’obscurité la plus totale.
Alors la peur le saisit aux tripes, et la puissance de ce qui se tapissait dans l’ombre, le fit hurler de terreur, lorsqu’il s’aperçut qu’elle fondait sur lui. Il ne savait pas ce qu‘elle était, mais la chose était rapide, terrible, monstrueuse. Il sentait presque la vitesse à laquelle elle se précipitait vers lui, grondante et gémissante à la fois, paraissant réunir en son sein les pires fléaux que la Terre ait portés.
Il était à deux doigts de s'enfuir en courant, mais son corps entier se figea d'horreur, lorsqu'il sentit son souffle putride s'enrouler sournoisement autours de son corps tremblant. Aucun muscle de son corps ne daignait bouger, et pourtant ses membres étaient courus de tressautements violents.
Il se savait assez proche de la lumière, et devinait qu’en un bond il y aurait atterrit au centre. Mais il n’arrivait pas dépasser sa peur, et se voyait déjà mourir.
Non!…Pas toi!…S’il-te-plait mon amour bats-toi!…Ne meurs pas, je t’en supplie!
A ce simple cri d’amour venu de nulle part, son cerveau émergea brutalement du brouillard, et repris les commandes de ses membres.
De nouveau maître de son mouvement, Elizia plia les genoux, et bondit de toutes ses forces vers la lumière. Au même moment, les mâchoires de la bête se refermèrent sur du vide, et elle manifesta sa frustration à grand coup de hurlement sourds et caverneux avant de s'éloigner en grommelant.
Une fine pellicule de sueur couvrait le corps encore tremblant d'Elizia, et il ne put s’empêcher d’adresser un remerciement silencieux à celui qui l’avait aidé.
Pendant un court instant, il avait cru reconnaitre la voix de Florent. Mais il savait parfaitement que c’était impossible.
Aucun des deux ne savait où se trouvait l’autre, alors comment aurait-il pu savoir qu’il avait été en danger de mort?

 

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L
Alala non ne t'inquiètes pas je ne te laisse pas tomber! Comme tu as vu j'ai lu récemment les deux derniers chapitres que j'ai aussi commentés d'ailleurs, j'avais précieusement gardé les 3 derniers mails pour le moment où j'aurais le temps! Donc voilà j'ai enfin rattrapé mon retard énoooOOOOoooorme surtout avec ce chapitre qui est effectivement un peu plus long que d'habitude! C'est pas gênant du tout mais bon il faut prendre le temps quoi ^^ (ce qu'on a pas tout le temps, surtout que je déteste devoir m'arrêter eu milieu d'un chapitre! Donc je préfère attendre pour pouvoir tout lire d'un coup.) Bon donc voilà, le pauvre écossais est décédé, limite j'aurais aimé savoir ce que le maître lui a fait subir (comment ça je suis une grosse sadique? Meuuuuuh non xD) Sinon pour le coup je n'ai pas de blagues de ouf à faire (l'inspiration n'est pas au rdv aujourd'hui... =/) mais je remarque que ça fait longtemps qu'on a pas entendu parler du mondrose, surtout depuis que Florent en est sorti, j'aimais bien quand il trainait là-dedans, parceque la chambre d'Adonis ça craint! Moi non plus je suis pas fan de lui =P Et comme lilly je croyais aussi que le maître avait déjà obligé élizia à passer un pacte de sang (enfin obligé, il l'a fait à son insu quoi =P) (haha sinon le maître bourré ça aurait pu être funky Et sa colère si Belzé avait tué Elizia aussi...)
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L
Toujours en retard mais toujours là Quel long chapitre ! On n'avance pas énormément dans l'histoire, il est plus porté sur les relations tendues des différents personnages, non ? Tout le monde apparaît et les tensions sont bien là ! Je n'aimerais pas être à la place de Celly et Ollie, totalement impuissantes et à la merci du maître mais peut-être se révéleront-elles des alliées de poids pour Ely. Quoique ce dernier a plutôt l'air d'être bien parti pour un long séjour dans la chambre du maître. Etait-ce Florent qui a redonné courage à Elie ? Peut-être par l'intermédiaire de Tessa ? J'aime pas Adonis en tout cas mais j'adore l'attitude de Florent ! Enfin, quelqu'un qui résiste un peu ! Hum, en tout cas, malgré les inquiétudes du maître à propos de Lillith, rien ne semble entraver sa montée en puissance. J'ai hâte de voir comment tu vas débrouiller tout ça ! Ah, au fait, je croyais qu'il avait déjà passé un pacte de sang ?
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L
^^ jaime bien il ya du suspens lol mais quelle est cette chose horrible et monstrueuse ?? va tu nous le révéler la prochaine fois? on verra!! j'ai particulièrement bcp aimé ce chapitre en tout cas ! allez je te fais des kissouilles ma cherie! ps: pauvre écossais!
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I
Pas eu le temps de te commentariser avant... Bha comme d'hab c'est très bien... Haha ordinosaure c'est pas moi qui te l'ait sortis ça ?? En tout cas j'avoue les ordis du cdi c'est pas la joie pour commencer c'est pas des Apple XD... Pour en revenir au chapitre (t'aimes ça les comms à ralonge ha ouais) ça devient de plus en plus glauque je trouve j'espère quand même qu'Elizia et Florent vont se retrouver j'ai trop de la peine pour eux ='(... Voili voilou =)
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W
En référence à ce que vient de poster à l'instant ...... MAZETTE c'est LONG XD
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