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Des ailes sur le coeur, et des papillons dans l'estomac

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Ma mère ne m’a jamais aimé, il parait même qu’elle ne m’a pas accordé un regard lorsque je suis venu au monde.
Mon père m’a toujours ignoré et mes deux sœurs ainées m’ont toujours considéré comme un boulet, un poids mort.
L’école, ne m’intéressait pas, j’étais toujours seul et la récréation ne signifiait rien pour moi. Personne ne m’a jamais fréquenté et je ne fréquentais personne. J’étais souvent au fond de la classe, près des cancres et des élèves à problèmes pour être tranquille et rêvasser. Je ne cherchais jamais à attirer l’attention, ni à paraître plus intéressant que je ne l’étais. Mes notes étaient médiocres et j’avais toujours le nez plongé dans un bouquin, essayant de me faire le plus petit possible, d’être discret, invisible.
Nous habitions à Paris, dans le 19ème arrondissement d’un quartier chinois. Je détestais ces odeurs d’échalote et de pollution combinées, qui empuantissaient l’air que je respirais quand je traversais les rues à pied en rentrant d’une école où je n’avais rien appris.
Aujourd’hui je vis à Nice, dans un petit appartement près du centre-ville, où je gagne ma vie comme libraire.
Mes yeux cachés derrière des lunettes de myope à grosse monture sont toujours baissés, mes cheveux sont ternes et la forme de ma bouche n’a rien d’agréable ou de sensuel.
Je suis chétif et pâle, ma peau est si transparente qu’on voit mes veines au travers. Autant dire que je suis laid. Laid à faire peur, repoussant et inquiétant.
Autant le dire tout de suite, la seule chose qui à fait des vagues dans ma vie c’est mon coming out. Personne dans cette ville ne sait qui je suis, ou plutôt, pour parler comme ma défunte mère, ce que je suis, ce qui est tout aussi bien.
D’aussi loin que je m‘en souvienne, les garçons m’ont toujours attiré. Ce n’était pas comme si je me mentais à moi-même comme tant d’autres se plaisent à faire, mais je n’osais pas me lancer tout simplement. C’est lorsqu’un soir, près d’un bar gay, je suis sorti d’une ruelle après m’être fais « visiter », que j’ai tout avoué à mes parents et que je suis devenu la honte de la famille.
Ce n’est pas comme si ce rejet ne me touchait pas, je dirais même que j’étais peiné. Mais à vingt-deux ans et vivant encore chez mes parents, il m’était d’avis qu’il fallait que je dégage un jour, et que celui-ci était manifestement le bon. J’ai fait mes bagages et je suis parti dans la plus grande indifférence et le  plus grand dégoût de la famille. Déjà que je ne valais pas grand-chose à leurs yeux...
Je me souviens même d’avoir laissé la porte ouverte en partant, histoire de les faire chier un coup et de me venger du manque si cruel d’amour dont-ils ont fait preuve durant toute mon enfance.
Alors pendant dix ans, j’ai fait comme tout le monde et j‘ai « volé de mes propres ailes ». J’ai tout essayé: les coucheries dans les fêtes et les parties spéciales, j’ai goûté à la drogue des plus insignifiantes aux plus dures, j’ai tenté des tas d’expériences sexuelles non-protégées et j’ai même failli attraper le SIDA. Je sais que je risque ma peau avec toutes ces conneries, mais j’en ai assez d’être un mec banal à qui il n’arrive jamais rien que des emmerdes, et qui n’a jamais rien vécu de palpitant.
Un client m’a dit un jour qu’il faudrait que je tombe amoureux de quelqu’un. Le bougre m’a assuré qu’avec des ailes sur le cœur et des papillons dans l’estomac, je verrais ma vie se teinter de couleurs et prendre un autre éclat. Je lui ai rendu son sourire avec sa carte bancaire, mais je n’ai pas poussé la discussion plus loin. Cela ne m’intéressait pas.
Les pauvres types comme moi ne tombent pas amoureux, ils se languissent, c’est différent. Mais comment expliquer ça à un mec marié depuis trente ans, père de quatre enfants, et grand-père de six petits-enfants? Tenter de raisonner ce genre de patriarche est inutile, alors à quoi bon perdre mon temps et mon argent dans ces conneries? J’ai bien mieux à faire.
Après cet épisode tristement remarquable de ma triste vie, le cour de mon existence ne s’est pas modifié. Comme tous les jours avant lui, j’ai continué de me lever, de me doucher, de petit déjeuner de café et de tartines au miel, de me brosser les dents et ce qui me sert de cheveux avant de partir travailler, de mettre mon manteau, d’ouvrir les portes de ma boutique, d’y passer un coup de balais et de me poster derrière ma caisse enregistreuse pour y mourir d’ennui durant dix heures environ. Jamais ma routine n’a connu de changement notable après cette édifiante entrevue, au fur et à mesure que les jours passaient, j’ai fini par cesser d‘espérer qu‘il y en ait un.

Un jour pourtant, alors que je faisais l’inventaire dans la réserve, un homme est entré dans ma boutique, et s’est baladé entre les rayonnages sans se presser du tout. Il était beau et de taille moyenne, ses courts cheveux blonds étaient taillés en brosse, et il avait noué ses mains derrière son dos. Il portait un par-dessus sale et déchiré, mais ses chaussures en cuir noires brillaient de mille feux, et son complet bleu était si impeccable que j’en avais presque mal aux yeux. Sur son visage s’inscrivait l’expression tranquille de celui qui sait qu’il a le temps devant lui, et chacun de ses mouvements semblait trahir cette insondable assurance. Mon inconnu savait à l’avance qu’il lui était inutile de se presser, et il ne s’en cachait pas.
- Je peux vous aider?
Ma voix ne chevrotait pas, mais j’avais la désagréable sensation qu‘elle n’était pas aussi ferme que d‘habitude. Mes mains étaient moites, et mes aisselles n’étaient pas plus sèches. Une telle nervosité allait surement me faire faire de grosses tâches sur ma chemise, mais ce n‘était pas très grave. Je portais encore mon pull par-dessus elle, alors je pouvais transpirer autant que je le voulais, rien ne serait visible.
- Bonjour. C‘est très gentil de me le proposer, mais je crois que je saurais me débrouiller. Merci.
Un refus poli donc. Pourquoi pas? Après tout, il valait mieux ça qu’un regard et un comportement dédaigneux.
- Mais de rien. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, je suis au fond de la boutique.
- J’en prends note.
Et distingué avec ça. D’où pouvait bien sortir cet extraterrestre de perfection?
Planqué derrière mes cartons et la porte de la réserve, j’observais cet Apollon avec discrétion, mais ma curiosité était très forte, et je me sentais presque sur le point de haleter.
Quelque chose, que ce soit visible ou pas, devait forcément clocher avec cet homme. Il était trop beau, trop propre sur lui, et bien trop maniéré pour ne pas avoir un défaut majeur. Et selon mon expérience, ce genre d’individu trop parfait parait possédait toujours quelque chose tenant du vilain crapaud, du style mauvaise haleine, ou tendance à l‘hétérosexualité. Vue ma position, je ne pouvais évidemment pas trancher la question sans vérifier, mais comme je n’avais aucune intention de le faire, je terminais rapidement mon inventaire sans rien dire, et scellais la porte avec le cadenas.
Il me restait encore bien du travail à terminer sur les étagères des romans de gare, et les cartons remplis de Dickens, de Nora Roberts, et de je ne sais qui d’autre encore, attendaient patiemment que je les déballe. Pourtant, je n’en avais aucune envie.
Rester là, derrière ma caisse, à rêvasser était une chose que j’aimais faire - cela me permettais de me souvenir à quel point ma vie était merdique -, mais mon client était là, et je n’avais pas envie que mes méditations morbides, aussi captivantes soient-elles, fichent en l’air mes chances de gagner facilement une vingtaine d’euros. Surtout que le manque d’argent commençait doucement à se faire sentir dans mon compte en banque, alors chaque nouvelle vente était une aubaine que je bénissais au centuple.
- Excusez-moi?
L’avant de mon corps était courbé sur les cartons de telle sorte que je ne voyais pas mon inconnu en imper, aussi, je dû me redresser entièrement pour lui faire face et lui sourire.
- Oui?
- Pardonnez-moi de vous déranger, mais j’ai rejeté votre assistance un peu trop vite, et j’aurais finalement besoin d’un ou deux de vos conseils. J’ai cru en entrant ici que je saurais trouver ce livre seul, mais j’imagine que j’ai eu les yeux plus gros que le ventre. Je me sens un peu perdu, alors pourriez-vous m’aider à le trouver?
En face de moi, son joli visage rond aux traits délicats me souriait gentiment, et c’est bêtement que je me sentis rougir. Baissant les yeux sur le titre élégamment inscrit sur le morceau de papier qu’il me tendait, j’eus l’impression d’être un novice dans l’art et la manière de réagir lorsque l’on est abordé, et résistais à l‘envie de me mettre des baffes. J’étais en train de me ridiculiser devant un homme qui ne me draguait même pas, et pourtant ce n’était pas comme si je n’avais jamais dragué, ou été dragué par l’un d’eux!
Les joues brûlantes de gêne, je bafouillais deux ou trois excuses malhabiles et m’élançais entre les rayons pour dénicher la commande de mon client. A vue d’œil, cet homme devait avoir dans les trente-cinq ans, mais je ne le connaissais pas assez pour en être certain, et pour être franc, je doutais que ce soit réellement le cas. Souvent, les gens que l’on croise dans la rue fon rarement leur âge.
Dénichant une œuvre de Tolstoï entre deux polars qui n’avaient rien à faire dans ce coin de la librairie, je retournais auprès de l’homme qui m’attendais devant la réserve, et lui tendit ma trouvaille.
-Tenez, je crois que c’est le dernier qu’il me reste. Les pages sont un peu racornies, mais si vous le voulez vraiment, je pense que je peux vous faire un prix dessus.
- Oh, non, c’est très bien ainsi, merci. Faites-moi payer votre prix de base, les pages racornies ne me dérangent pas. Elles me donnent l’impression d’avoir un vécu.
- Comme vous voulez.
Cet homme était décidément bien étrange. Mais il me plaisait également, et de plus en plus. Sa vision positive des choses était contagieuse, et son sourire était si doux qu’il me donnait des envies bizarres. Que m’avait donc dit ce quadragénaire sur les papillons qui lui chatouillaient l’estomac déjà?
- Cela vous fera cinq euros quarante.
- Hum. Pas très cher pour un Tolstoï.
- Je vous l’ai dit, je vous ai fait un prix.
Le regard gris qu’il posa sur moi brilla de surprise.
- Ah? Et bien merci. Je croyais pourtant vous avoir dit de ne rien en faire. Pour tout vous dire, ce n’était pas nécessaire. Si c’est ce qui vous inquiète, j’ai largement de quoi payer, alors inutile de me le faire au rabais.
- Je ne vous le fais pas au rabais, je me fais plaisir. Comme je pense que vous prendrez grand soin de ce livre, je me suis dis que je pouvais faire un petit geste. Ne le prenez pas mal, c’est ma façon de fidéliser ceux qui me font vivre.
- Je ne le prends pas mal. Au contraire, je trouve cela très intéressant.
- Alors tant mieux.
Levant les yeux vers lui pour lui tendre son paquet, je vis son regard curieux posé sur moi, devenir de plus en plus sérieux. Et alors que je détournais les yeux, je perçus dans sa voix la détermination qui affectait l‘ensemble de sa personne.
- Déjeunez avec moi.
Surpris, je marquais un arrêt.
- Pardon?
Le sourire qu’il m’offrit fut merveilleux. Visiblement, mon incrédulité l’amusait.
- Je vous ai demandé de déjeuner avec moi.
- Donc c’est bien ce que j’ai entendu. Mais pourquoi?
- Parce que vous me plaisez.
- Je vous plais?
- Oui.
- C’est impossible.
- Et pourquoi donc?
- Parce que… Je ne suis pas beau.
Il éclata d’un rire sonore.
- Ca c’est la meilleure! On ne me l’avait encore jamais faite celle-ci, merci beaucoup! Sérieusement, vous ne savez pas que la beauté d’une personne ne fait pas d’elle tout ce qu’elle est? Votre personnalité me plait, et puis votre visage, et votre corps aussi. En vérité, j’apprécie tout de vous, et j’aimerais vraiment apprendre à vous connaitre, autour d’un délicieux repas que nous partagerions ensemble. Enfin, si l’idée vous en dit, n‘êtes-vous pas tenté?
Je restais silencieux un moment.
- Désolé, mais les hommes ne m’intéressent pas. Je préfère les femmes.
Quel mensonge.
- Ah oui vraiment?
- Oui vraiment.
Il s’approcha du comptoir et y appuya ses deux bras.
- Vous me mentez.
- Comment ça?
- Après ma demande, un véritable hétérosexuel m’aurait plutôt rit au nez d’un air dégoûté, avant de éconduire gentiment, sinon très sèchement. Vous, en revanche, vous vous êtes contenté d’être incrédule, et de vous dénigrer ensuite, comme si cela pouvait vous servir de refus. Alors désolé, mais je ne suis pas convaincu. J’admets néanmoins que c’était bien essayé, mais j’ai bien trop l’habitude de ce genre de choses pour me faire avoir de cette façon. Ce n’est pas de chance, mais vous allez devoir essayer autre chose.
Gêné de m’être fait percer à jour, je baissais les yeux sur mes mains abîmées, et rougissais comme une pivoine. Ce type faisait de l’humour alors que c’était lui qui me mettait dans une situation pareille, et j’avais envie de le frapper pour le forcer à partir, et lui donner l’envie de ne plus revenir.
Rencontrer quelqu’un et prendre le risque de m’attacher à lui n’étaient pas dans mes projets d’avenir. J’avais déjà essayé de le faire une fois, avec mes parents, et le résultat aujourd’hui était désastreux.
Je n’avais plus envie de connaitre ça. Plus jamais.
- Ecoutez, vos explications sont très intéressantes, mais je vous assure que c’est la vérité.
- Ah bon.
- Oui. Alors cessez ce petit jeu qui n’amuse que vous, et sortez de ma boutique. J’ai du travail à terminer, et vous me mettez en retard sur mon planning.
Il resta silencieux un court moment.
- Vous me mentez encore.
- Pardon?
Je devais être positivement ridicule avec mes yeux écarquillés, mais c’était plus fort que moi, l’audace de ce type m’estomaquait! D’ailleurs ce fut pire lorsqu’il reprit la parole. Je failli m’étouffer!
- Vous me mentez encore mais ce n’est pas grave. Je vais vous laisser tranquille puisque c’est ce que vous dites vouloir. Néanmoins ne faites pas l’erreur de croire que vous m’avez fait fuir pour de bon. Je reviendrai.
Et sur ces mots débordant d’arrogance, mon bel inconnu prit son livre et tourna les talons, passant la porte de ma boutique sans un regard en arrière. Je ne devais pas le revoir de la semaine.

Ou tout du moins, c’est ce que j’ai cru qu’il allait ce passer, parce que la semaine suivante, M. Audacieux passa le seuil de ma boutique. On était mardi, et la dernière fois que je l’avais vu, c’était également un mardi. Merde. Ce type allait me harceler jusqu’à ce que je cède, se pointer tous les mardis jusqu’à ce que j’accepte sa proposition à déjeuner? Mais qu’avais-je fais pour me coltiner un cas pareil? Mauvais karma ou quoi?
Planté derrière la barrière illusoire de ma caisse enregistreuse, je grognais quelque chose d’inintelligible pour toute oreille humaine et gardais les yeux baissés sur mes mains. La cliente en face de moi devait me prendre pour un attardé mental, mais je m’en fichais. Tout valait mieux que l’attention de M. Audacieux braquée sur moi.
Une fois les achats encaissés, madame me jeta un étrange coup d’œil et s’en alla prestement. Je soupirais. Voilà encore un porte-monnaie et une parcelle de tranquillité d’esprit que je venais de perdre bêtement. Cette femme avait tout à fait la tête de celle qui papote du matin au soir avec la voisine et la copine de la voisine, sans parler des vieux du quartier avec qui elle devait sûrement prendre le thé chaque dimanche après-midi après la messe. Tss! Les langues iraient bon train sur mon compte pendant un moment à cause de mon attitude. Dans les rues et les allées, on parlerait de moi comme étant « le libraire louche ». Ah! Mais quelle aille au diable la bonne catho, j’ai déjà assez de problèmes effectifs comme ça sans que je me soucie de ceux qu’elle pourrait - et allait sûrement - me causer d‘ici quelques heures!
Baissant à nouveau le regard sur mes mains, j’hésitais finalement quant à la marche à suivre. Devais-je ignorer mon beau mais si agaçant client, ou devais-je le menacer de porter plainte pour harcèlement? Cette dernière éventualité était très tentante, néanmoins, elle n’était pas très applicable pour le moment. Cet homme n’était venu me voir qu’une seule fois, deux si l’on comptait celle-ci en plus de la fois dernière, et pour l’instant, il ne m’avait encore rien dit, ni forcé à rien. Du coup, il me faudrait attendre qu’il fasse le pas de trop pour que je puisse vraiment le menacer. C’était embêtant.
Ayant longuement gardé mes yeux fixés sur les cuticules de mes ongles, je compris que mon fameux harceleur attendait sagement que je l’encaisse qu’après avoir perçu le raclement de sa gorge. Surpris, je levais brusquement la tête, et piquais un fard. Décidément, ce type me faisait perdre tous mes moyens. Je détestais ça.
L’ouvrage qu’il achetait était du même auteur que la dernière fois. Il avait également choisit la même édition. Seul le titre changeait : Guerre et Paix. Choix intéressant dans l’ordre des lectures, j’espérais simplement qu’il ait déjà Anna Karénine, lui qui avait acquis Résurrection la semaine dernière.
Gardant toujours les yeux baissés le plus possible sur les mouvements de mes mains, je failli gémir de peur lorsque sa voix me fis sursauter.
- Comment allez-vous aujourd’hui Olivier? Vous évitez mon regard, que se passe-t-il?
Bien malgré moi, j’eus un nouveau sursaut.
Comment diable cet homme savait-il comment je m’appelais? J’avais pris grand soin en arrivant, de ne pas me lier d’amitié avec qui que ce soit dans le quartier. Et je l’avais si bien fait que beaucoup dans mon immeuble, ignoraient jusqu’à mon existence avant d’entrer ici et de faire le lien entre leur libraire et leur voisin de palier.
Une fois le premier choc passé, je rassemblais mon courage et levais les yeux vers lui. L’expression de son visage était douce et calme. Trop douce et trop calme. Ses beaux yeux gris luisaient d’un drôle d’éclat. Trop brillant.
- Comment connaissez-vous mon nom?
Merde. Ma voix chevrotait.
Il ne me répondit pas tout de suite. Préférant m’offrir son merveilleux sourire avant de murmurer:
- Je sais beaucoup de choses sur vous Olivier.
- Ce qui est un problème. Moi je ne sais rien de vous.
Visiblement amusé, mon client haussa un sourcil.
- Bien sûr que si. Depuis que je suis entré ici, vous savez à quoi je ressemble, vous connaissez mes goûts en matière de lecture, et vous savez que je désire partager un repas en votre compagnie. N’est-ce pas suffisant pour le moment?
C’était en effet, une très bonne question. Est-ce que, oui ou non, savoir aussi peu de choses sur cet homme était, oui ou non, suffisant pour accepter de déjeuner en tête-à-tête avec lui?
Bien sûr que non.
Honnêtement, je ne savais pas comment réagir, mais si une chose était bien sûre, c’était que son sourire charmeur me troublait. Scruter son regard et l’expression de son visage pour détecter le canular me parut bien inutile, mais c‘était plus fort que moi, je ne pouvais pas m‘en empêcher.
J’eus un petit sourire malgré moi.
- Et je sais aussi que vous êtes quelqu’un de très coriace et de très obstiné. Ah, et puis vous êtes aveugle aussi, parce que vous ne savez pas distinguer le beau du laid. Autrement, vous ne seriez pas ici, à continuer d’essayer de me faire plier.
Dans son regard, je crus déceler une lueur taquine, mais avant que je puisse m’attarder sur elle, il posa les coudes sur le comptoir et approcha son visage de moi, un drôle de petit sourire aux lèvres.
- Je vous entends bien mais, qu’est-ce qui vous fait croire que je suis revenu pour vous convaincre de me dire oui? Peut-être ne suis-je venu que dans l’optique d’acheter un second livre. Qu’en pensez-vous? Peut-être ne suis-je pas le seul à me montrer arrogant dans cette boutique.
Pour la seconde fois en moins de quinze minutes, je devins plus rouge qu’un piment. M. Audacieux venait de me retourner la politesse avec une élégance toute relative, et il l’avait fait avec brio. C’était très habile de sa part, je m’étais fait avoir comme un bleu.
- Sortez de ma boutique.
Il eut un regard surpris et se recula.
- Pardonnez-moi, vous aurais-je vexé? Ce n’était pas mon intention. Je voulais simplement jouer un peu avec vous. Je croyais que vous aviez le sens de l’humour plus développé.
Des insultes maintenant? Quel idiot! Décidément, ce type enchainait gaffes sur gaffes!
- Ecoutez, sens de l’humour ou pas, je ne veux plus vous voir dans ma boutique c’est clair? Sinon je vous attaque pour harcèlement!
Le son qui jaillit alors hors de sa gorge fut si clair et si viril que je ne compris pas tout de suite qu’il s’agissait de son rire. Dieu du ciel, ce mec avait un rire merveilleux. Si merveilleux que j’en eus des frissons sur tout le corps. Littéralement, de la tête aux pieds!
- Arrêtez ça!
- Excusez-moi, mais vous êtes irrésistible!
Irrésistible? Qui ça, moi? Ce type avait vraiment besoin de lunettes à triple, voire quadruple foyers!
- Arrêtez!
- Oui, oui. Pardon. Voilà, j’arrête.
- Bien, maintenant fichez le camp. J’ai d’autres clients.
Les lèvres serrées, visiblement pour retenir le rire qui menaçait de s’échapper de sa bouche, mon beau client parcourut la boutique du regard avant de reporter son attention sur moi. Il n’y avait personne.
Son regard si fit alors de nouveau sérieux et intense. Moi, je rougissais à nouveau. Une vraie pivoine.
- Comme il est facile pour vous de mentir. Il faudra que vous m’expliquiez comment vous vous y prenez parce que pour moi c’est un mystère complet.
Perplexe, que luttais contre moi-même pour ne pas laisser mes yeux s’écarquiller. Comment, cet homme n’avait-il donc jamais menti? Impossible. De nos jours, tout le monde mentait. Le mensonge le plus basique débutant par « oui » à un « ça va? » désintéressé auquel on aurait dû répondre « non » parce qu’en vérité on se sent mal, mais qu’en expliquer les raisons serait trop long.
Je le regardais pendant un long moment puis secouais la tête. Ce type me rendait chèvre.
- Qu’est-ce que vous voulez?
D’un air nonchalant, il se pencha à nouveau sur le comptoir.
- Je pense vous l’avoir déjà dit.
- Vous désirez déjeuner avec moi.
Son regard se fit soudain brillant.
- Et bien, je ne désire pas que cela, mais déjeuner avec vous serait un bon début en effet. J’attends simplement que vous me donniez la réponse à laquelle j’aspire. Ensuite, vous vous laisserez guider.
Le cœur battant à s’en arracher de ma poitrine, je reculais jusqu’au mur qui entourait le coin caisse.
Bon sang de bonsoir! Comment autant de séduction pouvait tenir dans un corps aussi étroit? C’était métaphysiquement impossible. Im-po-ssi-ble!
- Olivier, regardez-moi. Je ne vous mens pas. Je suis incapable de mentir, alors vous pouvez me croire lorsque je vous dis que j’ai réellement envie de partager ce moment avec vous.
Réalisant que je retenais ma respiration, je la relâchais par petits coups.
Seigneur! Il avait dit ce pas un moment! Cette tournure de phrase impliquait-elle qu’il y en aurait d’autres? Pouvais-je y croire? Le pouvais-je réellement?
C’était absolument dingue à voir, mais cet homme fabuleusement beau ne plaisantait pas, et semblait sincèrement vouloir que moi, je déjeune dans deux heures avec lui, en face de lui, et pour de vrai. C’était incroyable, et pourtant je n’eus rien d’autre à lui répondre que :
- Pourquoi?
- Parce que vous me plaisez beaucoup. Autrefois, cette vieille librairie a appartenu à ma famille, et voir de quelle façon vous lui avez donné un nouveau souffle de vie, m’a donné envie de rencontrer celui qui était à l’origine de sa renaissance. D’après ce que j’en ai vu, je peux vous dire que vous êtes réellement quelqu’un d’adorable et de gentil, et j’apprécierais vraiment de passer un moment avec vous.
Ses paroles étaient plaisantes à entendre, et le bougre savait comment formuler ses phrases pour les rendre agréables. Mais j’avais aussi compris que ce n’était pas parce que je lui plaisais physiquement qu’il souhaitait m’inviter. Ce qu’il désirait par-dessus tout, c’était connaître le libraire pas l’homme, satisfaire sa curiosité à propos du nouveau propriétaire de son ancien bien familial, pas me faire du gringue, et malheureusement pour lui, cela ne m’intéressais pas.
Dommage pour lui.
Redressant mon corps tremblant, je lui adressais un regard dur et lui désignait la porte. La déception a un goût très déplaisant quand on la goûte de force : un étrange mélange entre la sciure de bois et l’amertume.
- Non merci, votre proposition ne m’intéresse pas. Maintenant sortez d’ici.
- Olivier, je…
- Ne m’appelez pas par mon prénom! Nous ne sommes pas intimes, et nous ne le serons jamais. Partez!
Dans son regard, il y eut tout à coup une étrange lueur triste. L’avais-je blessé? J’aurais bien aimé le savoir, mais je n’eus pas l’occasion de le lui demander, car l’instant d’après, il ouvrit la porte d’un geste ferme et s’engouffra dans la fraicheur matinale du dehors.

La semaine suivante, je m’étais déjà fait à l’idée que mon beau client en imper ne viendrait pas. Mais évidemment, il trouva le moyen de me démontrer le contraire, et d‘une façon plutôt bruyante.
Alors que je rangeais des manuels sur des étagères déjà à moitié remplies, il fit irruption dans la boutique comme un diable surgissant de sa boite. Je sursautais tellement fort que je manquais de tomber de mon tabouret. Furieux, je lui lançais un regard assassin. Regard qu’il ignora d’ailleurs superbement.
L’enfoiré.
Descendant en trombe de mon perchoir, je fonçais vers lui comme un taureau et lui plantait mon doigt sur la poitrine. Son corps était chaud et dur sous mon index. Un pur délice.
- Qu’est-ce que vous faites ici? Je vous ai déjà dis de vous en aller!
Ses grandes mains enrobèrent la mienne, transmettant leur chaleur de façon si intime, que j’en rougissais. Cette gêne décupla ma colère, à quoi jouait-il?
- Je suis revenu parce que je voulais vous voir. J’ai tenté de rester en colère contre vous Olivier, mais je n’ai pas réussi.
La moutarde me monta au nez.
- Ne m’appelez pas Olivier!
Arrachant violemment ma main des siennes, je me dirigeais à grand pas derrière la caisse. Des calculs. Il n’y avait que les calculs qui pouvaient me calmer lorsque je j’étais hors de moi.
- Mais alors, comment dois-je vous appeler?
Il m’avait suivit. Levant les yeux vers sa haute silhouette, je me retins de lui hurler ma rage au visage. Ne comprenait-il pas que j’avais besoin d’air? J’allais exploser s’il gardait encore son sale petit sourire collé sur la tronche!
- Ne m’appelez pas du tout! Allez-vous-en!
Durant un long moment, il n’y eut plus que le silence entre nous. Puis il esquissa un mouvement, et avant même que je comprenne ce qu’il était en train de faire, la séparation du comptoir fut rabattue, et son grand corps pénétra dans mon espace réservé pour s’approcher de moi.
Je bondis.
- Hé! Vous n’avez pas le droit d’entrer ici! Vous devez rester de l’autre côté du comptoir!
S’immobilisant alors brusquement, mon client retourna derrière le meuble et croisa les bras.
- Je vous fais peur?
- Quoi? Mais pas du tout!
- Alors pourquoi cette distance?
Me posait-il réellement la question, ou était-il en train de se payer ma tête?
- Je pense que la réponse à votre question est évidente. Moi, je suis un vendeur, et vous, vous êtes un client. Nos relations ne sont donc pas assez étroites pour que je vous autorise à passer de l’autre côté de ma caisse, alors à l’avenir, ne tentez plus de le faire sans ma permission.
Se sentant visiblement peu concerné par ce que je venais de lui dire, mon inconnu haussa les épaules d’un air blasé.
- Cette question de proximité pourrait facilement se résoudre autour d’une table, si vous vous décidiez à accepter ma proposition à déjeuner. Nous pourrions ainsi faire plus ample connaissance, et je n’aurais pas à rester là derrière votre comptoir pour vous parler.
Furieux, je serrais les poings sur les hanches.
- Ah oui? Et si je vous dis que je ne veux pas de ce tête-à-tête? Je que veux que vous partiez et que vous disparaissiez de ma vie? Que je veux que vous ne reveniez plus?
Il eut un agréable haussement d’épaules.
- Je vous répondrais que vous croyez à ce que vous dites, que vous pensez que c’est réellement ce que vous voulez. Mais que vous vous mentez à vous-même. Que vous me désirez, mais que vous refusez de l’admettre.
Choqué au-delà de tout ce que j’aurais pu imaginer, je restais un instant sans voix. Ce type dépassait tellement de bornes que je ne pouvais plus compter les kilomètres!
- Vous mentez! C’est absolument faux! Vous n’êtes qu’un odieux personnage! Comment pourrais-je vous désirer?
Il m’offrit un sourire condescendant.
- Olivier, cessez de lutter contre vous-même. Je sais que vous me voulez, ça se lit dans vos yeux. Et puis je ne suis pas un menteur je vous l’ai déjà dit.
- Ah! Comme si j’allais vous croire!
- Olivier, cessez de me fuir.
- Pardon? Moi vous fuir? Je ne vous fuis pas! Au contraire, je vous demande de partir!
- Tenez, vous voyez comme vous me mentez encore?
- N’importe quoi!
Suite à mon éclat très immature, mon harceleur resta silencieux un long moment. Mais lorsqu’il reprit la parole, ce fut d’une voix profonde et si lasse qu’elle me fit frissonner.
- Depuis notre première rencontre, vous ne faites que vous chercher des excuses pour ne pas accepter mon invitation, et j’ai l’intime conviction que vous essayez à tout prix de me faire partir.
Bon sang! Cet homme était devin ou quoi?
- Vous racontez n’importe quoi.
- Pas du tout, ce que je dis est même très sensé. Apparemment - et ce même si j‘ignore totalement les raisons qui vous ont poussé à être si refermé sur vous-même -, vous semblez fuir toute marque d’attention que l’on pourrait vous montrer. C’est assez triste, mais au fond, je trouve cela assez attendrissant aussi. Voir comme vous prenez la mouche alors que je n’ai fait que vous proposer de partager un déjeuner avec moi... Ce n’est pourtant pas comme si je vous avais demandé si vous vouliez emménager dans mon appartement ou si vous souhaitiez que l’on adopte un chien!
Vu sous cet angle, je ne risquais en effet pas grand-chose, mais je savais déjà comment ce genre d’histoire finissait.
Débuter les hostilités par un repas d’apparence innocent avec un être aussi séduisant, conduirait inévitablement à un deuxième rendez-vous, puis à un troisième, puis à un quatrième, et ainsi de suite. D’ailleurs si le bougre habitait à côté, il passerait certainement me voir assez souvent pour que son image ne puisse plus quitter mes pensées, et de fil en aiguille, nous finirions par nous faire des confidences, par échanger des baisers qui nous exciteraient les sens, et par conclure cette belle escapade sous les draps. Naturellement, je serais le pauvre idiot qui se serrait attaché, et mon beau prince charmant que voilà se ferait une joie de m’expliquer à quel point j’ai été bête de croire qu’entre nous, il y aurait davantage que du cul. Lui ne savait pas pourquoi j’étais ce que j’étais, mais sa curiosité n’avait pas d’importance car il était hors de question qu’il se passe quoi que ce soit entre nous. J’avais déjà assez donné dans les liens affectifs, et je n’avais pas la moindre envie de recommencer avec qui que ce soit. Qu’il semble tout droit sortit d’un magazine de charmes ou non.
- Bon, écoutez, vous avez tout à fait raison en ce qui concerne votre appartement ou le chien, mais vraiment, j’ai le droit de refuser votre invitation. Sortir avec les clients n’est absolument pas professionnel, et c’est une chose que je ne veux pas faire, je me dois de refuser
Le petit rire qui agita ses épaules me surprit beaucoup. Je m’attendais à ce qu’il capitule et s’en aille la queue entre les jambes, mais au lieu de ça, il enfonça ses mains dans ses poches et me regarda d’un drôle d’air.
- Décidément, c’est une habitude chez vous. Mais finalement, elle est assez drôle quand on y pense.
- De quelle habitude parlez-vous?
- Celle de me mentir aussi facilement que vous respirez. Il faudrait vraiment que vous m’appreniez. Je n’ai jamais su mentir, alors j’ai abandonné l’idée. Mais peut-être qu’avec vous, je ferais des merveilles!
Vexé, je fronçais les sourcils.
- Ce que vous dites est absolument faux!
Son visage eut un air taquin.
- Sur quoi donc ai-je tord? Sur le fait que je n’ai jamais su mentir, ou sur les progrès que je ferais avec vous?
- Ne faites pas l’idiot!
Son air amusé disparut alors, laissant derrière lui tout le sérieux d’une grande personne. Il eut un soupir.
- Je ne vous raconte pas de salades Olivier. Prétendre ne pas pouvoir sortir avec moi, au lieu de dire que vous ne le voulez pas, aurait été un peu plus convainquant, or ce que je devine, c’est que vous n’en pensez pas un traître mot. La lueur dans vos yeux est bien trop expressive, et je lis en vous comme dans un livre ouvert! Vous et moi ressentons exactement la même attirance depuis que j‘ai posé le pied dans cette librairie, et croyez-moi, ce que vois en vous, c’est du désir, pas du rejet. Voilà pourquoi je m’obstine.
Reculant de quelques pas pour me soustraire à son regard brûlant, je me détournais et croisais les bras sur mon torse. Jamais personne ne m’avait dit de telles choses, et j’en avais presque les larmes aux yeux.
- Sortez d’ici! Vous…Vous racontez vraiment n’importe quoi!
Quelle réplique mémorable! J’avais l’impression de radoter.
- Non je ne te raconte pas n’importe quoi. Et pour te prouver que j’ai raison, je vais te montrer à quel point il peut être bon de se donner corps et âme à quelqu‘un. Viens ici, et laisse-toi faire…
Passant derrière moi pour m’enlacer de ses bras, mon audacieux client me tourna face à lui pour plaquer mon corps contre le sien. A ce stade de notre rapprochement, j’aurais aisément pu m’éloigner, et lui demander de tout arrêter, mais étrangement, je n’en avais aucune envie.
Le baiser qu’il me donna alors, fut bien plus tendre que ce à quoi je m’attendais, et je dus m’accrocher à son imper pour ne pas m’effondrer. Tout désir de fuir m’avait quitté pour aller se terrer je ne sais où, laissant du même coup toute la place à la douleur sourde que j’avais toujours pris soin de faire taire et d’enfouir profondément en moi. Cette douleur atroce née d’une faim dévorante d’être aimé qui n’avait jamais été satisfaite, m’envahit et se propagea à nouveau en moi comme autrefois, sapant mes barrières, et éclatant mes défenses à grands coups de butoir.
L’intensité et la violence de cette souffrance auraient dû, logiquement, me mettre à terre avec des larmes plein les yeux. Mais pour la première fois depuis des années, recevoir cette douleur et la remanier à ma façon pour ne plus en faire qu‘une boule compacte et minuscule ne me parut plus aussi insurmontable. Ce fut même presque facile. Tellement facile d’ailleurs, que je mis longtemps avant de comprendre que je n’éprouvais plus aucune crainte. Oh la douleur était toujours là, bien tapie dans le fond de mon âme et bien présente. Mais elle était bien moindre qu’auparavant, et beaucoup plus facile à ignorer.
Un tel changement venait-il de M. Audacieux? Je n‘osais l‘espérer.
Sa bouche happait doucement la mienne comme si elle baisait quelque chose de fragile, et sa langue, si chaude, se pressait sur mes lèvres pour en mendier l’entrée sans même chercher à forcer. Son corps tendu et dur, était plaqué contre le mien jusqu’à se fondre sous ma peau, et j’avais si chaud que je me demandais à quel moment j’allais commencer à me liquéfier.
Qu’une telle transformation provienne d’un homme en particulier pouvait impliquer que j’en devienne dépendant, et cela je m’y refusais. Néanmoins, il se pouvait aussi que le phénomène soit seulement un déclic provoqué par son toucher, et qu’il ne soit pas intrinsèquement lié à lui. Alors peut-être qua dans ce cas, je pouvais me laisser aller.
Car peut-être était-il le bon, ou peut-être n’était-il qu’une simple transition entre cette mauvaise période de ma vie et la nouvelle qui s’annonçait, mais quoi qu’il soit, j’aimais ça. C’était agréable et léger, et pour la première fois en quinze ans, j’envisageai de me confier à quelqu’un, de lui raconter mes déboires, de lui donner les raisons qui faisaient que j’étais ce que j’étais, car je me sentais bien avec quelqu’un. Je me sentais bien avec lui.
Jamais encore, on ne m’avait embrassé de cette façon, et de drôles de frissons m‘envahissaient le corps, me faisant trembloter de la tête aux pieds. Chacun de mes membres frémissait sans que je puisse y faire grand-chose, et lorsque je sentis mon estomac fourmiller, et mon cœur s’affoler, je sus que dans l’un virevoltaient des papillons, et que sur l’autre, s‘agitaient des ailes avec énergie.
C’était fou. C’était une sensation complètement dingue. Mais c’était génial. J’étais en train de ressentir les émotions exactes que mon quadragénaire m’avait décrites, et j’adorais ça. J’avais effectivement des ailes sur le cœur et des papillons dans l’estomac, et j’étais prêt à parier qu’en ouvrant les yeux, je verrais ma vie prendre un autre éclat, et se teinter de milliers de couleurs différentes.
En gros, je venais de m’enticher comme un idiot, et je ne connaissais même pas le nom de mon Roméo. Si on m’avait raconté cette histoire avant que je ne la vive, j’aurais certainement ris de la plaisanterie. Jamais de ma vie, je n’ai cru à l’amour, aux histoires bateaux de tous ces films romantiques qui font pleurer et croire en l’homme parfait - d‘ailleurs, ça perdure un chouïa aujourd‘hui encore.
Depuis l’adolescence, j’ai toujours été sceptique, et j’avais cru toujours devoir l’être. Mais aujourd’hui, j’avais enfin ces foutues ailes sur le cœur et des papillons dans l’estomac. Tout était différent, ou presque, et j‘aimais ça.
Plantés comme des perdus en plein milieu de ma boutique, lui et moi nous embrassions sans faire attention au temps qui filait, ni aux passants qui pouvaient nous voir depuis la vitrine. Tous les deux nous étions seuls au monde, et alors que nos lèvres se séparaient, je remerciais le destin de me l’avoir envoyé.
- Alors, c’était comment?
- C’était…intéressant.
Il eut un sourire amusé.
- Intéressant dans quel sens?
- Dans celui que tu veux en réalité. J’ai apprécié chaque seconde de ce que tu m’as fait ressentir, et pour être honnête, j’aimerais beaucoup recommencer. Néanmoins, ce qui est dommage, c’est que je ne sais pas qui remercier. Tu ne m’as pas donné ton nom, alors peut-être pourrais-tu me donner un coup de main?
Son sourire s’élargit encore plus.
- Je m’appelle Eddy.
- Ravis de te rencontrer.
- Tout le plaisir est pour moi.
- C’est effectivement ce que j’ai remarqué. Tu es quelqu’un de très têtu.
- Oui, mais je suis aussi très déterminé.
- La détermination peut avoir du bon quelques fois.
- Surtout lorsqu’un mec qui me plait et à qui je plais, refuse mon invitation à déjeuner.
- Ouh, voilà qui est très grossier!
- N’est-ce pas? Que dis-tu d’accepter?
- J’accepte!
- Alors me voilà comblé.

 


 

Billet :

Cet OS est un drôle d'oiseau. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'il a été rédigé en deux parties avec un certain écart de quatre à six années entre les deux. La première partie s'arrête juste avant qu'Eddy ne débarque dans la librairie, et donc dans la vie d'Olivier. Je l'ai rédigée après un instant de colère noire, où douleur et tristesse se mêlaient au sentiment de rejet et d'incompréhension. J'étais une ado, et ma vie familiale était difficile à supporter. C'est donc en tant que défouloir que sont nées ces lignes. Je n'avais pas prévu d'en faire une histoire, juste un début de quelque chose d'indéfini que j'ai tenu à garder majoritairement parce que je ne savais pas comment le terminer. Puis, des années plus tard, la seconde partie à vu le jour. Cette période-là était plus positive. J'allais mieux dans ma tête, mon corps et ma famille, et j'avais vraiment trouvé ma place dans l'écriture. En farfouillant dans mes dossiers sur l'ordi, je suis retombée sur mes vieux brouillons, et l'envie m'est venue de remanier le premier jet de ce début d'histoire, de le terminer pour en faire une histoire complète qui aurait un début malheureux mais une fin plus joyeuse (tout en incomporrant une partie de ma personnalité comme d'habitude : Olivier me ressemble beaucoup. Sa résistence face à l'insistence d'Eddy, son manque d'assurance, son exigence, sa mentalité... et j'aime Eddy parque qu'il se comporte exactement comme je rêve que le fasse un homme envers moi) . L'effet est un peu bizarre - enfin, de mon point de vue - à cause du contraste "le monde est laid, personne ne m'aime" du début et le "tout est beau, ça papillonne" de la fin, mais bon, quelque part je suis satisfaite de ce texte. Malgré les quelques extrêmes, j'ai réussi à en faire une histoire "potable". Ce n'est clairement pas la meilleure que j'ai faite, mais elle passe.

 

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I
Salut Je t'ai promis des commentaires, en voilà. Je sais pas si j'aurai le temps de me replonger dans TMA en fait mais comme j'ai encore deux semaines de glande devant moi, pourquoi pas... Pour le moment je me plonge dans tes OS qui sont toujours aussi réussis j'aime beaucoup celui là qui reflète assez bien la peu qu'on a tous de s'attacher à qui que ce soit et le manque de confiance en nous... Très bien continue comme ça <3
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E
La fin est trop mignonne, le fait de partir d'un personnage qui se mépris m'a fait pensé une fic d'une autre auteur : LoalAnn dans '' Hey Babe '' je sais pas si tu connais ^^
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K
J'ai beaucoup apprecié, c'était très mignon :3
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G
C'est ce qui s'appelle de l'insistance ! Pour notre plus grand bonheur Très touchant, transmettant joliment les sentiments d'Olivier, j'ai beaucoup apprécié (Je crois qu'il fait parti de mon top 3 ;D)
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C
En voilà un qui a eu raison d'insister. Comme quoi parfois être têtu est une bonne chose.
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